Un choix décisif pour une ONU en quête de crédibilité
L’élection du dixième Secrétaire général de l’ONU, appelé à succéder à António Guterres le 1er janvier 2027, s’annonce comme l’une des plus stratégiques de la décennie. Dans un contexte marqué par des crises financières, des conflits prolongés et une fragmentation croissante du multilatéralisme, le futur chef de l’Organisation devra incarner à la fois autorité, neutralité et capacité de réforme.
Les auditions des candidats, tenues en avril 2026, ont permis de dégager quatre profils majeurs : Michelle Bachelet (Chili), Rafael Grossi (Argentine), Rebeca Grynspan (Costa Rica) et Macky Sall (Sénégal).
Michelle Bachelet : l’expérience institutionnelle face aux sensibilités politiques
Ancienne présidente du Chili et ex-Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Michelle Bachelet apparaît comme une candidate solide sur le plan institutionnel. Son parcours international et sa connaissance des rouages onusiens constituent des atouts majeurs.
Mais sa candidature se heurte à des lignes de fracture politiques, notamment à Washington, où certaines de ses positions progressistes, en particulier sur les droits reproductifs, suscitent des réserves. Dans une ONU où le consensus des grandes puissances est déterminant, ces divergences idéologiques pourraient peser lourd.
Rafael Grossi : le profil du technicien apprécié par Washington
Directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Grossi est souvent décrit comme le candidat du pragmatisme. Sa gestion des crises nucléaires et sa capacité à dialoguer avec des puissances antagonistes lui valent une réputation de technicien efficace.
Aux yeux des États-Unis, son profil rassure : gestion de crise, diplomatie technique et absence de positionnement politique clivant. Dans une ONU en quête de résultats concrets, il incarne une option de stabilité administrative.
Rebeca Grynspan : la voie du compromis multilatéral
Ancienne vice-présidente du Costa Rica et actuelle figure du système onusien, Rebeca Grynspan mise sur une approche consensuelle. Son parcours dans les institutions internationales et son image de diplomate du développement durable renforcent sa crédibilité.
Elle bénéficie également de l’argument de la rotation géographique en faveur de l’Amérique latine et d’une forte attente pour une direction féminine de l’ONU. Toutefois, son manque d’expérience dans la gestion de crises sécuritaires majeures pourrait limiter son attractivité auprès des membres permanents du Conseil de sécurité.
Macky Sall : une candidature politique contestée
Ancien président du Sénégal, Macky Sall représente une candidature politique assumée. Son expérience de chef d’État et son implication dans les dossiers africains lui donnent une stature internationale certaine.
Cependant, sa candidature suscite des tensions au sein même de l’Union africaine, où certains États n’ont pas affiché un soutien unanime. Cette division continentale pourrait affaiblir son poids diplomatique, notamment face aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité.
Le facteur décisif : le veto américain
Au-delà des profils, l’équation centrale reste géopolitique. Les États-Unis jouent un rôle clé dans la sélection finale et cherchent un Secrétaire général capable de restaurer l’efficacité d’une ONU fragilisée, sans remettre en cause les équilibres stratégiques mondiaux.
Le choix de Washington pourrait donc s’orienter vers un profil technocratique et opérationnel, à l’image de Grossi, plutôt que vers une candidature politique ou symbolique.
Une élection entre principes et réalpolitik
Entre équilibres régionaux, pressions pour une représentation féminine et impératifs de gestion de crise, l’élection de 2026 dépasse largement la simple compétition de personnalités.
Elle révèle surtout une ONU à la croisée des chemins : soit un choix symbolique répondant aux attentes de représentativité mondiale, soit une décision pragmatique dictée par les puissances permanentes.
Dans tous les cas, le prochain Secrétaire général héritera d’une institution sous tension, où chaque compromis diplomatique sera déjà un test de survie politique.

