À Bouaké, la prostitution s’est progressivement installée dans le quotidien urbain. Bars, maquis, night-clubs et certains carrefours sont devenus des espaces où se croisent jeunes filles, clients et intermédiaires, dans un écosystème informel en pleine mutation.
La décennie de crise qu’a connue la ville a profondément bouleversé son tissu social et économique. Dans ce contexte, de nombreuses jeunes filles, âgées pour certaines de moins de vingt ans, se retrouvent engagées dans des activités sexuelles tarifées. Elles proviennent de divers horizons et se concentrent dans plusieurs zones stratégiques de la ville, notamment autour des lieux de forte fréquentation commerciale et nocturne.
Selon les observations recueillies sur le terrain, les pratiques varient selon les lieux et les profils des clients. Les tarifs ne sont pas fixes et s’adaptent à la demande, que ce soit pour des rencontres rapides ou des services nocturnes. Cette activité, bien que discrète par endroits, s’est largement déplacée vers des espaces festifs mais aussi vers les réseaux sociaux, où de nouvelles formes de mise en relation apparaissent.
Les profils des personnes impliquées sont diversifiés. On y retrouve des jeunes déscolarisées, des élèves, des étudiantes ainsi que des jeunes femmes sans emploi stable. La précarité économique est souvent citée comme facteur déterminant, aux côtés de situations familiales fragiles, de grossesses précoces, de ruptures scolaires ou encore de déceptions personnelles. D’autres facteurs comme la recherche d’autonomie financière rapide ou l’influence de l’entourage sont également évoqués.
Dans cet environnement, la concurrence entre actrices du milieu s’est intensifiée, notamment avec l’arrivée de plus jeunes profils, ce qui accentue la pression économique sur les plus anciennes. Parallèlement, certains espaces de travail comme les bars ou maquis deviennent des lieux d’opportunités et de risques, où les interactions avec la clientèle peuvent déboucher sur des relations transactionnelles.
Les acteurs indirects de cette économie informelle sont également concernés, des tenanciers d’établissements aux petits vendeurs ambulants, chacun tirant profit d’un système devenu structuré autour de la fréquentation nocturne.
Face à cette situation, les conséquences sociales inquiètent. Les observateurs alertent sur une fragilisation des valeurs familiales, une exposition accrue des jeunes filles à divers dangers et une reproduction du phénomène dans les zones urbaines.
Des pistes de solutions sont évoquées, notamment le renforcement du rôle éducatif des familles, l’amélioration de l’encadrement social, la lutte contre la pauvreté et la promotion de l’entrepreneuriat des jeunes. Les efforts des autorités sont également mentionnés dans la lutte contre ce phénomène, même si les défis restent importants face à une réalité en constante évolution.
