Élu député en 2016 puis maire de Prikro en 2023 sous la bannière du PDCI, comment analysez-vous aujourd’hui votre parcours politique et la confiance durable que vous témoignent les populations ?
Pour comprendre mon parcours, il faut revenir à mon engagement politique à Prikro. J’ai véritablement commencé en 2010 au sein du PDCI. En 2011, j’étais suppléant du candidat du parti, mais nous avons perdu la députation, puis la mairie en 2013. Après ces défaites, sous la conduite du doyen Koumoué Moïse, nous avons mené un diagnostic profond pour repositionner le PDCI dans le département.
Nous avons alors privilégié le travail de proximité. En 2016, n’ayant pas été retenu par l’alliance RHDP (RDR-PDCI), je me suis présenté en indépendant et j’ai été élu député grâce à ma proximité avec les populations. J’ai été réélu en 2021, contribuant au repositionnement du parti dans la région.
En 2023, feu le président Bédié m’a sollicité pour conquérir la mairie de Prikro, encore détenue par le RHDP. Les populations nous ont fait confiance. Mon ancrage est réel : j’ai aussi été troisième puis premier vice-président du Conseil régional de l’Iffou. Malgré les difficultés liées aux longues années d’opposition du PDCI, nous poursuivons notre engagement pour maintenir le parti vivant dans le département.
En deux ans de mandat, de nombreuses actions ont vu le jour. Parmi elles, quelle réalisation symbolise le mieux la transformation de Prikro ?
Il y a des réalisations visibles et d’autres essentielles. Celle dont je suis le plus fier reste le retour de l’eau potable dans les robinets. Depuis 2014, la commune souffrait d’une grave pénurie. Même avant d’être maire, je me battais déjà pour ce dossier.
Une fois élu, nous avons trouvé les financements nécessaires pour raccorder deux forages, un investissement estimé à 260 millions de FCFA. Grâce au soutien de l’État et de partenaires, l’eau est revenue dans les foyers. Aujourd’hui, les bidons jaunes ont disparu des rues et les populations ne vont plus dans les marigots et les rivières au péril de leur santé.
Nous avons également étendu le réseau d’eau, assaini la ville en supprimant les dépôts sauvages d’ordures, reprofilé des voies, installé des feux tricolores et renforcé l’électrification dans certains quartiers.
Les feux tricolores installés ont-ils permis de réduire significativement les accidents de la circulation ?
Nous avons obtenu deux feux tricolores grâce à un important plaidoyer. Selon les témoignages, notamment concernant les motos, les accidents ont diminué. Je ne dispose pas de statistiques précises, mais l’impact est réel.
Cependant, les infrastructures seules ne suffisent pas : nous allons lancer de vastes campagnes de sensibilisation au civisme routier et installer des ralentisseurs sur les axes principaux afin de réduire davantage les accidents.
Le commissariat en construction semble très avancé. Quelles sont les étapes restantes avant sa mise en service ?
Le bâtiment existe déjà, il a été fait par mon prédécesseur. Mais il ne respectait pas certaines normes techniques, notamment pour les cellules de garde à vue. Nous travaillons actuellement à sa mise en conformité, avec les recommandations du ministère de l’Intérieur. L’ouverture pourrait intervenir très prochainement. Et je peux vous rassurer que nous aurons le plus beau commissariat de la région de l’Iffou. Le principal défi reste aujourd’hui le logement des forces de sécurité. Nous recherchons des partenaires pour construire une cité des fonctionnaires, et particulièrement pour nos Forces de Défense et de Sécurité de la ville. Mais ce déficit en logement ne pourra retarder l’arrivée des premiers policiers. Nous avons un plan pour les loger.
Avant même votre mandat de la mairie, vous avez financé des mini-châteaux d’eau dans plusieurs villages. Quelle était votre motivation et comment ce projet a-t-il vu le jour ?
L’accès à l’eau est le principal problème du département. Les pompes manuelles épuisaient nos mamans qui passaient des nuits entières pour obtenir une cuvette d’eau.
N’ayant pas les moyens de construire de grands châteaux, nous avons transformé les pompes existantes en systèmes motorisés. Avec 2 à 2,5 millions de FCFA par installation, nous avons pu améliorer rapidement la situation. Au total, nous avons installé environ sept mini-châteaux dans la commune et trois hors commune, avec le soutien discret de partenaires. L’objectif reste que l’État réalise à terme des infrastructures plus importantes.
Après deux mandats de député, vous avez été battu aux législatives. Comment analysez-vous ce revers ?
Cette défaite aussi a une histoire. Après deux mandats, je souhaitais me retirer. La campagne à Prikro est coûteuse et exigeante. Mais pour des raisons politiques, j’ai dû me présenter à la dernière minute, environ un mois avant les élections. Malgré le manque de préparation et de moyens, nous avons obtenu 44,5 %, un score honorable et mon adversaire 52 % ;Je remercie les populations pour leur confiance renouvelée.
Un mois après votre défaite, vous avez été accueilli chaleureusement au village. Comment expliquez-vous cet attachement ?
Cet accueil spontané m’a profondément touché. Mon lien avec les populations dépasse les élections. Avant d’être élu, j’étais déjà engagé à leurs côtés.
Ils m’ont rappelé que je reste leur enfant, indépendamment des résultats électoraux. Cet amour réciproque est la véritable richesse de mon parcours.
Isac Adi et Prikro, est-ce une histoire d’amour de longue date ?
Pour moi, comme je l’ai souvent dit, mon engagement pour le département ne date pas d’hier. Je ne savais même pas qu’un jour je deviendrais député. Dès 2005-2006, j’ai commencé à investir dans des projets de développement à Prikro : soutien aux coopératives, réhabilitation d’écoles, de pompes hydrauliques et de centres de santé, promotion de programmes agricoles. Je n’ai pas attendu d’être élu pour agir ; je l’ai fait bien avant. Je ne suis pas un politicien de circonstance ou d’occasion. J’aime profondément mon département, ma terre natale et mes populations, et je l’ai toujours démontré chaque fois que l’opportunité s’est présentée.
Nous avons participé à une élection : elle est désormais derrière nous. Il y a un gagnant, il y a un perdant ; il faut l’accepter et continuer d’avancer. Mais une défaite n’enlève rien à l’amour que je porte à mes parents et à mes populations. Tant que nous en aurons les moyens, nous continuerons à les accompagner. Nous tirerons également les leçons de cette expérience : comprendre ce que nous aurions dû faire et ce que nous n’avons pas pu accomplir, afin de nous améliorer et d’aborder les prochaines échéances avec plus de maturité et d’efficacité.
Votre mandat met fortement l’accent sur l’éducation. Quel regard portez-vous sur la situation scolaire à Prikro ?
L’école est essentielle pour l’avenir d’un pays. À Prikro, l’enseignement est arrivé tardivement, ce qui explique une partie des retards que nous observons aujourd’hui. Pendant longtemps, envoyer un enfant à l’école était perçu comme une punition ; on y envoyait parfois les orphelins, tandis que les familles préféraient garder leurs propres enfants auprès d’elles. Cette perception a considérablement freiné l’expansion du système éducatif dans la région.
Aujourd’hui, notre système éducatif reflète, à bien des égards, les défis que connaît l’ensemble de la Côte d’Ivoire. Certes, des efforts importants sont consentis avec la construction d’universités et d’écoles, mais cela reste insuffisant. Dans le département comme dans la commune, élèves et enseignants travaillent encore dans des conditions extrêmement difficiles : manque de tables-bancs, de matériel didactique et parfois même de craie pour écrire au tableau.
Dès notre arrivée, nous avons donc fait de l’éducation une priorité de notre programme triennal. Il était impensable pour nous de voir des enfants assis à même le sol pour apprendre. Malgré des moyens limités, nous avons lancé une action concrète : cette année, près de 788 tables-bancs ont été distribuées, ainsi que du matériel pédagogique pour soutenir enseignants et élèves. Certaines localités hors de la commune, confrontées aux mêmes difficultés, ont également été appuyées avec l’accord de Mme l’Inspectrice.
Bien entendu, l’État ne peut pas tout faire à la fois. C’est pourquoi, à notre niveau, nous apportons notre contribution chaque année afin d’améliorer progressivement les conditions d’apprentissage. Ce que vous avez vu aujourd’hui n’est qu’un échantillon de nos actions, et nous comptons poursuivre ces efforts pour soulager durablement l’école à Prikro.
Comment comptez-vous aider les élèves sans extrait de naissance à passer leurs examens ?
Nous avons pris ce dossier à bras-le-corps. En étroite collaboration avec l’Inspection de l’enseignement primaire et les autorités administratives, nous travaillons activement à la régularisation de la situation de ces enfants, avec une priorité accordée à ceux qui sont en classes d’examen. L’objectif est clair : leur permettre de composer dans les délais et dans les meilleures conditions possibles.
C’est une démarche qui demande des moyens financiers et beaucoup d’engagement, mais elle est nécessaire. Vous savez, je préfère souvent travailler dans l’ombre et laisser les résultats parler d’eux-mêmes. Ce qui compte aujourd’hui, c’est que ces enfants puissent poursuivre leur parcours scolaire sans être pénalisés par des difficultés administratives.
J’en appelle également à la mobilisation de tous : cadres de la région, bonnes volontés, acteurs sociaux, qu’ils soient engagés en politique ou non. Il ne s’agit pas d’une question partisane, mais d’une responsabilité collective envers nos enfants et l’avenir de notre département. Parmi eux se trouvent peut-être les futurs cadres, ministres ou même dirigeants de demain. Le développement ne peut pas reposer sur quelques individus seulement ; il doit être porté par toute une communauté. C’est ensemble que nous réussirons à accompagner durablement notre jeunesse.
Pourquoi intervenez-vous aussi sur les routes situées hors de votre commune ?
Lorsque certains de mes détracteurs affirment qu’Isac Adi utilise les machines de la mairie pour réaliser des routes dans des villages situés en dehors de la commune — allant même jusqu’à menacer de me poursuivre — je leur réponds simplement : non, vous n’avez pas compris. Une femme est décédée en couches, faute de route praticable pour la transporter vers un centre de santé adapté. Face à une telle réalité, le développement des populations dépasse largement les limites administratives.
Avec l’appui du Conseil régional et grâce à l’acquisition progressive d’engins municipaux, nous avons déjà contribué au désenclavement de plusieurs villages. Notre ambition est claire : dans les prochaines années, rendre l’ensemble du département accessible afin de faciliter l’accès aux soins, à l’éducation et aux marchés. De nouvelles machines viendront d’ailleurs renforcer notre capacité d’intervention à l’horizon 2028.
Quel regard portez-vous sur l’avenir du PDCI après de longues années dans l’opposition ?
Malgré 26 années passées dans l’opposition, le PDCI demeure un grand parti politique. Je crois profondément au dialogue politique permanent. Dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, plusieurs figures majeures ont eu recours à la négociation pour surmonter des périodes de crise ou d’exil. À l’époque du président Félix Houphouët-Boigny, alors que Laurent Gbagbo était dans l’opposition, son retour en Côte d’Ivoire s’est fait à la suite de discussions politiques. Plus tard, le président Henri Konan Bédié, après le coup d’État du général Robert Guéi, a lui aussi négocié son retour avec le président Gbagbo. Le président Alassane Ouattara, également, lorsqu’il était en exil, a dû engager des discussions pour revenir sur la scène politique nationale. Laurent Gbagbo également après son procès à la Haye a négocié avec le président Alassane pour son retour.
Dans ce contexte, je considère que négocier pour faciliter le retour de Tidjane Thiam ne constitue en rien un signe de faiblesse. Bien au contraire, le parti gagnerait à engager des discussions sérieuses avec le pouvoir en place. La négociation demeure un levier essentiel pour résoudre les crises, consolider l’organisation du parti et permettre à ses dirigeants d’être effectivement au contact des militants. Certains diront que le dialogue a déjà été tenté à plusieurs reprises. Peut-être. Mais je pense que nous devons persévérer, autant de fois que nécessaire, jusqu’à parvenir à une solution négociée permettant à notre leader de rentrer et d’assumer pleinement ses responsabilités. On ne peut pas diriger efficacement un parti à des milliers de kilomètres de sa base militante.
Vous êtes planteur, membre du Conseil d’Administration d’APROMAC. Un mot donc sur votre filière hévéa.
La filière hévéa se porte globalement bien, avec une amélioration des prix et une demande soutenue. Cependant, je reste prudent face aux bonus actuellement versés par certains grands industriels. Si les transformateurs nationaux venaient à disparaître, le risque d’un monopole pourrait, à terme, fragiliser les planteurs et peser sur l’équilibre du marché.
Malgré ces réserves, les perspectives demeurent prometteuses, portées par d’importants projets d’extension des plantations. Il est notamment envisagé la création d’environ 500 000 hectares supplémentaires au cours des dix prochaines années, en plus des zones qui pourront être replantées.
Dans l’ensemble, je peux affirmer que la filière se porte bien, sous la conduite du président de l’APROMAC, Charles-Emmanuel Yassé, et du président des producteurs, M. Dali Jules.
Votre mot de fin
Nous envisageons d’organiser prochainement des rencontres de bilan ainsi que des assises de la jeunesse afin de construire ensemble l’avenir du département. Ces assises permettront d’écouter les jeunes, de mieux comprendre leurs difficultés et d’élaborer, avec eux, des propositions concrètes.
Prikro étant essentiellement une zone agricole, nous travaillons également au renforcement des capacités de production des populations, notamment à travers la construction de retenues d’eau destinées à favoriser l’émergence de nouvelles cultures, en particulier le maraîchage.
Aux militants du PDCI, je voudrais dire que, même si je ne siège plus aujourd’hui à l’Assemblée nationale, je demeure engagé à leurs côtés. Je les invite à ne pas se décourager. Les défis sont nombreux, mais c’est par le travail que nous parviendrons à développer notre département et à préparer le retour du parti au pouvoir.
J’adresse également un message d’encouragement aux populations de Prikro : les élections passent, mais le département de Prikro reste notre priorité. Nous poursuivrons nos actions en faveur de l’emploi des jeunes, de l’agriculture et des infrastructures.
Enfin, je formule le vœu que la paix, l’équité et le progrès continuent de guider notre pays.
Pour comprendre mon parcours, il faut revenir à mon engagement politique à Prikro. J’ai véritablement commencé en 2010 au sein du PDCI. En 2011, j’étais suppléant du candidat du parti, mais nous avons perdu la députation, puis la mairie en 2013. Après ces défaites, sous la conduite du doyen Koumoué Moïse, nous avons mené un diagnostic profond pour repositionner le PDCI dans le département.
Nous avons alors privilégié le travail de proximité. En 2016, n’ayant pas été retenu par l’alliance RHDP (RDR-PDCI), je me suis présenté en indépendant et j’ai été élu député grâce à ma proximité avec les populations. J’ai été réélu en 2021, contribuant au repositionnement du parti dans la région.
En 2023, feu le président Bédié m’a sollicité pour conquérir la mairie de Prikro, encore détenue par le RHDP. Les populations nous ont fait confiance. Mon ancrage est réel : j’ai aussi été troisième puis premier vice-président du Conseil régional de l’Iffou. Malgré les difficultés liées aux longues années d’opposition du PDCI, nous poursuivons notre engagement pour maintenir le parti vivant dans le département.
En deux ans de mandat, de nombreuses actions ont vu le jour. Parmi elles, quelle réalisation symbolise le mieux la transformation de Prikro ?
Il y a des réalisations visibles et d’autres essentielles. Celle dont je suis le plus fier reste le retour de l’eau potable dans les robinets. Depuis 2014, la commune souffrait d’une grave pénurie. Même avant d’être maire, je me battais déjà pour ce dossier.
Une fois élu, nous avons trouvé les financements nécessaires pour raccorder deux forages, un investissement estimé à 260 millions de FCFA. Grâce au soutien de l’État et de partenaires, l’eau est revenue dans les foyers. Aujourd’hui, les bidons jaunes ont disparu des rues et les populations ne vont plus dans les marigots et les rivières au péril de leur santé.
Nous avons également étendu le réseau d’eau, assaini la ville en supprimant les dépôts sauvages d’ordures, reprofilé des voies, installé des feux tricolores et renforcé l’électrification dans certains quartiers.
Les feux tricolores installés ont-ils permis de réduire significativement les accidents de la circulation ?
Nous avons obtenu deux feux tricolores grâce à un important plaidoyer. Selon les témoignages, notamment concernant les motos, les accidents ont diminué. Je ne dispose pas de statistiques précises, mais l’impact est réel.
Cependant, les infrastructures seules ne suffisent pas : nous allons lancer de vastes campagnes de sensibilisation au civisme routier et installer des ralentisseurs sur les axes principaux afin de réduire davantage les accidents.
Le commissariat en construction semble très avancé. Quelles sont les étapes restantes avant sa mise en service ?
Le bâtiment existe déjà, il a été fait par mon prédécesseur. Mais il ne respectait pas certaines normes techniques, notamment pour les cellules de garde à vue. Nous travaillons actuellement à sa mise en conformité, avec les recommandations du ministère de l’Intérieur. L’ouverture pourrait intervenir très prochainement. Et je peux vous rassurer que nous aurons le plus beau commissariat de la région de l’Iffou. Le principal défi reste aujourd’hui le logement des forces de sécurité. Nous recherchons des partenaires pour construire une cité des fonctionnaires, et particulièrement pour nos Forces de Défense et de Sécurité de la ville. Mais ce déficit en logement ne pourra retarder l’arrivée des premiers policiers. Nous avons un plan pour les loger.
Avant même votre mandat de la mairie, vous avez financé des mini-châteaux d’eau dans plusieurs villages. Quelle était votre motivation et comment ce projet a-t-il vu le jour ?
L’accès à l’eau est le principal problème du département. Les pompes manuelles épuisaient nos mamans qui passaient des nuits entières pour obtenir une cuvette d’eau.
N’ayant pas les moyens de construire de grands châteaux, nous avons transformé les pompes existantes en systèmes motorisés. Avec 2 à 2,5 millions de FCFA par installation, nous avons pu améliorer rapidement la situation. Au total, nous avons installé environ sept mini-châteaux dans la commune et trois hors commune, avec le soutien discret de partenaires. L’objectif reste que l’État réalise à terme des infrastructures plus importantes.
Après deux mandats de député, vous avez été battu aux législatives. Comment analysez-vous ce revers ?
Cette défaite aussi a une histoire. Après deux mandats, je souhaitais me retirer. La campagne à Prikro est coûteuse et exigeante. Mais pour des raisons politiques, j’ai dû me présenter à la dernière minute, environ un mois avant les élections. Malgré le manque de préparation et de moyens, nous avons obtenu 44,5 %, un score honorable et mon adversaire 52 % ;Je remercie les populations pour leur confiance renouvelée.
Un mois après votre défaite, vous avez été accueilli chaleureusement au village. Comment expliquez-vous cet attachement ?
Cet accueil spontané m’a profondément touché. Mon lien avec les populations dépasse les élections. Avant d’être élu, j’étais déjà engagé à leurs côtés.
Ils m’ont rappelé que je reste leur enfant, indépendamment des résultats électoraux. Cet amour réciproque est la véritable richesse de mon parcours.
Isac Adi et Prikro, est-ce une histoire d’amour de longue date ?
Pour moi, comme je l’ai souvent dit, mon engagement pour le département ne date pas d’hier. Je ne savais même pas qu’un jour je deviendrais député. Dès 2005-2006, j’ai commencé à investir dans des projets de développement à Prikro : soutien aux coopératives, réhabilitation d’écoles, de pompes hydrauliques et de centres de santé, promotion de programmes agricoles. Je n’ai pas attendu d’être élu pour agir ; je l’ai fait bien avant. Je ne suis pas un politicien de circonstance ou d’occasion. J’aime profondément mon département, ma terre natale et mes populations, et je l’ai toujours démontré chaque fois que l’opportunité s’est présentée.
Nous avons participé à une élection : elle est désormais derrière nous. Il y a un gagnant, il y a un perdant ; il faut l’accepter et continuer d’avancer. Mais une défaite n’enlève rien à l’amour que je porte à mes parents et à mes populations. Tant que nous en aurons les moyens, nous continuerons à les accompagner. Nous tirerons également les leçons de cette expérience : comprendre ce que nous aurions dû faire et ce que nous n’avons pas pu accomplir, afin de nous améliorer et d’aborder les prochaines échéances avec plus de maturité et d’efficacité.
Votre mandat met fortement l’accent sur l’éducation. Quel regard portez-vous sur la situation scolaire à Prikro ?
L’école est essentielle pour l’avenir d’un pays. À Prikro, l’enseignement est arrivé tardivement, ce qui explique une partie des retards que nous observons aujourd’hui. Pendant longtemps, envoyer un enfant à l’école était perçu comme une punition ; on y envoyait parfois les orphelins, tandis que les familles préféraient garder leurs propres enfants auprès d’elles. Cette perception a considérablement freiné l’expansion du système éducatif dans la région.
Aujourd’hui, notre système éducatif reflète, à bien des égards, les défis que connaît l’ensemble de la Côte d’Ivoire. Certes, des efforts importants sont consentis avec la construction d’universités et d’écoles, mais cela reste insuffisant. Dans le département comme dans la commune, élèves et enseignants travaillent encore dans des conditions extrêmement difficiles : manque de tables-bancs, de matériel didactique et parfois même de craie pour écrire au tableau.
Dès notre arrivée, nous avons donc fait de l’éducation une priorité de notre programme triennal. Il était impensable pour nous de voir des enfants assis à même le sol pour apprendre. Malgré des moyens limités, nous avons lancé une action concrète : cette année, près de 788 tables-bancs ont été distribuées, ainsi que du matériel pédagogique pour soutenir enseignants et élèves. Certaines localités hors de la commune, confrontées aux mêmes difficultés, ont également été appuyées avec l’accord de Mme l’Inspectrice.
Bien entendu, l’État ne peut pas tout faire à la fois. C’est pourquoi, à notre niveau, nous apportons notre contribution chaque année afin d’améliorer progressivement les conditions d’apprentissage. Ce que vous avez vu aujourd’hui n’est qu’un échantillon de nos actions, et nous comptons poursuivre ces efforts pour soulager durablement l’école à Prikro.
Comment comptez-vous aider les élèves sans extrait de naissance à passer leurs examens ?
Nous avons pris ce dossier à bras-le-corps. En étroite collaboration avec l’Inspection de l’enseignement primaire et les autorités administratives, nous travaillons activement à la régularisation de la situation de ces enfants, avec une priorité accordée à ceux qui sont en classes d’examen. L’objectif est clair : leur permettre de composer dans les délais et dans les meilleures conditions possibles.
C’est une démarche qui demande des moyens financiers et beaucoup d’engagement, mais elle est nécessaire. Vous savez, je préfère souvent travailler dans l’ombre et laisser les résultats parler d’eux-mêmes. Ce qui compte aujourd’hui, c’est que ces enfants puissent poursuivre leur parcours scolaire sans être pénalisés par des difficultés administratives.
J’en appelle également à la mobilisation de tous : cadres de la région, bonnes volontés, acteurs sociaux, qu’ils soient engagés en politique ou non. Il ne s’agit pas d’une question partisane, mais d’une responsabilité collective envers nos enfants et l’avenir de notre département. Parmi eux se trouvent peut-être les futurs cadres, ministres ou même dirigeants de demain. Le développement ne peut pas reposer sur quelques individus seulement ; il doit être porté par toute une communauté. C’est ensemble que nous réussirons à accompagner durablement notre jeunesse.
Pourquoi intervenez-vous aussi sur les routes situées hors de votre commune ?
Lorsque certains de mes détracteurs affirment qu’Isac Adi utilise les machines de la mairie pour réaliser des routes dans des villages situés en dehors de la commune — allant même jusqu’à menacer de me poursuivre — je leur réponds simplement : non, vous n’avez pas compris. Une femme est décédée en couches, faute de route praticable pour la transporter vers un centre de santé adapté. Face à une telle réalité, le développement des populations dépasse largement les limites administratives.
Avec l’appui du Conseil régional et grâce à l’acquisition progressive d’engins municipaux, nous avons déjà contribué au désenclavement de plusieurs villages. Notre ambition est claire : dans les prochaines années, rendre l’ensemble du département accessible afin de faciliter l’accès aux soins, à l’éducation et aux marchés. De nouvelles machines viendront d’ailleurs renforcer notre capacité d’intervention à l’horizon 2028.
Quel regard portez-vous sur l’avenir du PDCI après de longues années dans l’opposition ?
Malgré 26 années passées dans l’opposition, le PDCI demeure un grand parti politique. Je crois profondément au dialogue politique permanent. Dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, plusieurs figures majeures ont eu recours à la négociation pour surmonter des périodes de crise ou d’exil. À l’époque du président Félix Houphouët-Boigny, alors que Laurent Gbagbo était dans l’opposition, son retour en Côte d’Ivoire s’est fait à la suite de discussions politiques. Plus tard, le président Henri Konan Bédié, après le coup d’État du général Robert Guéi, a lui aussi négocié son retour avec le président Gbagbo. Le président Alassane Ouattara, également, lorsqu’il était en exil, a dû engager des discussions pour revenir sur la scène politique nationale. Laurent Gbagbo également après son procès à la Haye a négocié avec le président Alassane pour son retour.
Dans ce contexte, je considère que négocier pour faciliter le retour de Tidjane Thiam ne constitue en rien un signe de faiblesse. Bien au contraire, le parti gagnerait à engager des discussions sérieuses avec le pouvoir en place. La négociation demeure un levier essentiel pour résoudre les crises, consolider l’organisation du parti et permettre à ses dirigeants d’être effectivement au contact des militants. Certains diront que le dialogue a déjà été tenté à plusieurs reprises. Peut-être. Mais je pense que nous devons persévérer, autant de fois que nécessaire, jusqu’à parvenir à une solution négociée permettant à notre leader de rentrer et d’assumer pleinement ses responsabilités. On ne peut pas diriger efficacement un parti à des milliers de kilomètres de sa base militante.
Vous êtes planteur, membre du Conseil d’Administration d’APROMAC. Un mot donc sur votre filière hévéa.
La filière hévéa se porte globalement bien, avec une amélioration des prix et une demande soutenue. Cependant, je reste prudent face aux bonus actuellement versés par certains grands industriels. Si les transformateurs nationaux venaient à disparaître, le risque d’un monopole pourrait, à terme, fragiliser les planteurs et peser sur l’équilibre du marché.
Malgré ces réserves, les perspectives demeurent prometteuses, portées par d’importants projets d’extension des plantations. Il est notamment envisagé la création d’environ 500 000 hectares supplémentaires au cours des dix prochaines années, en plus des zones qui pourront être replantées.
Dans l’ensemble, je peux affirmer que la filière se porte bien, sous la conduite du président de l’APROMAC, Charles-Emmanuel Yassé, et du président des producteurs, M. Dali Jules.
Votre mot de fin
Nous envisageons d’organiser prochainement des rencontres de bilan ainsi que des assises de la jeunesse afin de construire ensemble l’avenir du département. Ces assises permettront d’écouter les jeunes, de mieux comprendre leurs difficultés et d’élaborer, avec eux, des propositions concrètes.
Prikro étant essentiellement une zone agricole, nous travaillons également au renforcement des capacités de production des populations, notamment à travers la construction de retenues d’eau destinées à favoriser l’émergence de nouvelles cultures, en particulier le maraîchage.
Aux militants du PDCI, je voudrais dire que, même si je ne siège plus aujourd’hui à l’Assemblée nationale, je demeure engagé à leurs côtés. Je les invite à ne pas se décourager. Les défis sont nombreux, mais c’est par le travail que nous parviendrons à développer notre département et à préparer le retour du parti au pouvoir.
J’adresse également un message d’encouragement aux populations de Prikro : les élections passent, mais le département de Prikro reste notre priorité. Nous poursuivrons nos actions en faveur de l’emploi des jeunes, de l’agriculture et des infrastructures.
Enfin, je formule le vœu que la paix, l’équité et le progrès continuent de guider notre pays.
