Darfour : au cœur des camps de déplacés, l’espoir fragile des enfants du Soudan

Mercredi 18 Février 2026 - 03:18

Dans l’ouest du Soudan, la guerre a jeté des centaines de milliers de familles sur les routes. À Tawila, dans la région du Darfour, un immense camp de déplacés abrite plus d’un demi-million de personnes. Parmi elles, Doha, 17 ans, incarne la résilience d’une jeunesse privée d’école, de sécurité et d’enfance, mais qui refuse de renoncer à ses rêves.


Arrivée à Tawila après trois jours d’un périple éprouvant depuis El Fasher, Doha a fui une ville devenue invivable. À pied et en charrette tirée par un âne, elle et ses frères et sœurs ont quitté leur maison menacée par les combats, la faim et l’effondrement des services essentiels. Les installations sanitaires avaient été détruites, la nourriture se faisait rare et l’école — autrefois au centre de sa vie — avait disparu.

Dans le camp, les familles survivent dans des huttes de fortune faites de bâtons, de paille et de bâches en plastique. Certaines vivent dans ces conditions depuis des mois, parfois plus d’un an.

« Cette fille a attiré notre attention parce qu’elle souriait », raconte Eva Hinds, porte-parole de l’UNICEF au Soudan. « Elle voulait désespérément parler anglais. Je suis toujours très émue quand je vois quelqu’un rayonner au milieu d’un environnement aussi difficile. »

Le prénom Doha — ou Duha — signifie « matin » en arabe, cette lumière entre l’aube et le lever du soleil. « La lumière dans ses yeux montrait qu’elle était à la hauteur de son nom », confie Mme Hinds.

Avant la guerre, Doha étudiait l’anglais. À Tawila, elle cherche à savoir si elle pourra poursuivre son apprentissage. Elle rêve même, un jour, d’enseigner à son tour.


Un conflit aux conséquences dévastatrices

Selon un rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, plus de 6 000 personnes auraient été tuées en trois jours lorsque les Forces de soutien rapide (RSF) ont pris le contrôle d’El Fasher l’an dernier. La ville, stratégique au Darfour, a subi un siège de 18 mois.

Des millions d’enfants ont dû fuir à plusieurs reprises. Arrachés à leurs repères, ils vivent désormais dans des camps surpeuplés où l’accès à l’eau potable, à la nourriture et à l’éducation est extrêmement limité. Beaucoup ont été témoins de violences qu’aucun enfant ne devrait voir.

« Leur sentiment de sécurité a été ébranlé », souligne Eva Hinds. « Ils ont vu leur quotidien, leurs amitiés et leurs habitudes totalement bouleversés. »


L’aide humanitaire sous pression

Sur le terrain, l’UNICEF et ses partenaires apportent une assistance vitale : soins de santé, soutien nutritionnel et espaces sûrs pour offrir un accompagnement psychosocial aux enfants traumatisés. Ces lieux permettent aux plus jeunes de jouer, d’apprendre et de retrouver un semblant de normalité.

Mais l’ampleur de la crise dépasse les capacités disponibles. Près de 34 millions de personnes au Soudan ont aujourd’hui besoin d’une aide humanitaire. Dans les zones de conflit, les risques de violences, notamment sexuelles, augmentent considérablement.

L’UNICEF s’efforce d’identifier les enfants séparés de leurs familles, de les réunifier lorsque c’est possible et d’offrir des refuges sécurisés, en particulier pour les femmes et les filles.

« Les besoins explosent et les financements diminuent. Ce sont souvent les enfants qui paient le prix le plus lourd », alerte la porte-parole.


Protéger les filles, préserver l’avenir

Dans un pays où persistent les mutilations génitales féminines, l’UNICEF et le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) poursuivent un programme conjoint pour éradiquer cette pratique. Des clubs pour filles sont mis en place dans les camps : des espaces sûrs où elles peuvent apprendre, se soutenir et renforcer leur confiance.

Ces initiatives encouragent également la poursuite de la scolarité, considérée comme une protection essentielle contre les pratiques néfastes et les violences.

« L’éducation est une bouée de sauvetage », insiste l’UNICEF.


Malgré la brutalité du conflit au Darfour et au Kordofan, l’espoir demeure. À Tawila, des milliers d’enfants comme Doha s’accrochent à leurs rêves d’école et de paix. Dans un pays déchiré par la guerre, leur sourire reste un acte de résistance — une promesse de lumière au cœur de l’obscurité.

Félix N'Guessan
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