Vivre caché ou fuir : le dilemme des LGBT au Sénégal

Jeudi 16 Avril 2026 - 12:33

Au Sénégal, la répression de l'homosexualité s'intensifie. Menaces, arrestations et exils forcés poussent de nombreux LGBT à fuir le pays selon ONG. ici


Au Sénégal, une première condamnation liée à la loi anti-LGBT+ accroît la peur.
Au Sénégal, une première condamnation liée à la loi anti-LGBT+ accroît la peur.
 

Sous le nom d’emprunt Assane, un trentenaire sénégalais a choisi de raconter son histoire depuis la France. Pour lui, « fuir n’est pas une joie », mais une nécessité vitale. Il dit avoir quitté son pays après avoir fait face à des menaces liées à son orientation sexuelle, dans un contexte qu’il décrit comme marqué par le rejet familial et la stigmatisation sociale.
 

« J’ai dû prendre la fuite pour venir ici en France », confie-t-il, évoquant une spirale de peur qui l’a progressivement isolé de son entourage et de son environnement quotidien au Sénégal.
 

Dans ce pays majoritairement musulman et conservateur, l’homosexualité reste largement condamnée dans l’opinion publique et assimilée, par une partie de la société, à une influence étrangère. Les personnes concernées font souvent face à des pressions familiales, sociales et judiciaires.
 

Le climat s’est récemment durci. Un jeune homme de 24 ans a été condamné à six ans de prison ferme et à une lourde amende par un tribunal de la banlieue de Dakar. Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, il s’agirait de l’une des premières applications d’un texte récemment renforcé, qui alourdit les peines encourues.
 

Sur le terrain, des ONG alertent sur une intensification des arrestations et des méthodes d’enquête jugées intrusives, comme la fouille de téléphones, permettant parfois d’identifier d’autres personnes suspectées. Cette situation alimente un climat de peur généralisé.

Selon Larissa Kojoué, chercheuse associée à Human Rights Watch, de nombreuses personnes concernées n’envisagent plus de solution interne. Beaucoup privilégient désormais l’exil, parfois dans l’urgence. « Pour eux, la seule solution, c’est de quitter le pays », explique-t-elle, évoquant des demandes d’aide pour obtenir des visas humanitaires et des départs précipités.
 

Mais partir reste difficile. D’autres, comme un proche d’Assane resté au pays, vivent cachés, confrontés au harcèlement et à l’isolement. Les lignes d’écoute internationales rapportent une hausse des sollicitations, souvent motivées par une même urgence : survivre.
 

Plus largement, la situation au Sénégal s’inscrit dans un contexte continental où plus de la moitié des pays criminalisent l’homosexualité, certains allant jusqu’à prévoir des peines extrêmement lourdes.
 

Pour Assane et d’autres, la réalité est désormais celle d’un choix contraint : se cacher ou partir. Et pour beaucoup, l’exil devient la seule issue pour continuer à vivre.

Félix N'Guessan

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