La Gambie franchit une nouvelle étape dans sa quête de justice transitionnelle. Le gouvernement a annoncé la nomination d’un procureur spécial chargé de poursuivre les crimes commis sous le régime de Yahya Jammeh.
Le Britannique Martin Hackett, expert en crimes de guerre, génocide et terrorisme, a été désigné à ce poste, près de deux ans après sa création. Il devrait entrer en fonction avant la fin du mois. Cette nomination intervient dans un contexte de critiques croissantes émanant de parlementaires et d’organisations de défense des droits humains, qui dénonçaient la lenteur du processus.
Arrivé au pouvoir par un coup d’État en 1994, Yahya Jammeh a dirigé le pays jusqu’en 2017. Selon la Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC), entre 240 et 250 personnes ont été tuées par l’État durant cette période, marquée par des actes de torture, des disparitions forcées et d’autres violations graves des droits humains. Dans son rapport publié en 2021, la commission a recommandé des poursuites contre l’ancien chef d’État et 69 autres suspects.
Le procureur spécial aura pour mission de traiter environ 70 dossiers identifiés par la TRRC. Son mandat, renouvelable tous les quatre ans, prévoit également la possibilité de saisir un tribunal spécial en cours de création.
En avril 2024, le Parlement gambien a adopté une loi instituant le Bureau du procureur spécial ainsi qu’une juridiction dédiée aux crimes de l’ère Jammeh. En parallèle, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a soutenu la création d’un tribunal spécial hybride en partenariat avec la Gambie, un projet encore en attente de financement.
Selon les experts, les procès pourraient se tenir soit sur le territoire gambien, soit devant cette future juridiction régionale. Pour les défenseurs des droits humains, cette nomination constitue une avancée majeure vers la justice pour les victimes.
Après sa défaite à l’élection présidentielle de 2016 face à Adama Barrow, Yahya Jammeh vit en exil en Guinée équatoriale. Avec cette nouvelle dynamique, les autorités gambiennes entendent accélérer les poursuites et répondre aux attentes des victimes, près d’une décennie après la fin du régime.

