La santé rénale est une priorité mondiale dans la lutte contre les maladies non transmissibles. Au moment où l’on célèbre la Journée mondiale du rein, chaque deuxième jeudi du mois de mars, il convient de souligner les efforts entrepris en Côte d’Ivoire pour améliorer la prise en charge des patients souffrant d’insuffisance rénale et soulager leurs familles.
Le centre d’hémodialyse du Centre hospitalier régional (CHR) de Daloa a ouvert ses portes en septembre 2024. Il fait partie des nouveaux centres mis en place par le gouvernement pour renforcer la prise en charge des malades du rein. « Ici, 63 patients dialysés chroniques sont suivis », indique le chef du centre d’hémodialyse de Daloa, le Dr Dominique Koua.
Le président des dialysés du Haut-Sassandra, Faustin Y. Mambo, s’y rend régulièrement pour ses séances de dialyse. « Avant l’ouverture de ce centre, je me rendais à Yamoussoukro. C’était difficile à cause du transport et de la fatigue. La mise en service de ce centre a mis fin à ces difficultés. Aujourd’hui, je peux même travailler après mes séances », explique cet enseignant.
Même soulagement pour Massiata Koné, également en dialyse au CHR de Daloa. Cette commerçante, contrainte d’interrompre ses activités à cause de la maladie, devait elle aussi effectuer de longs déplacements vers Yamoussoukro. « Il fallait prendre le car à chaque fois. C’était très épuisant », confie-t-elle.
Le centre d’hémodialyse de Daloa vient ainsi renforcer le réseau national de prise en charge des malades du rein, déjà présent dans plusieurs villes du pays, notamment Abidjan, Aboisso, Adzopé, Bouaké, Gagnoa, Korhogo, Man et Yamoussoukro.
À Aboisso, dans la région du Sud-Comoé, la mise en service du centre d’hémodialyse de l’EPHR a également permis d’alléger le fardeau de la maladie. « Les personnes souffrant d’insuffisance rénale sont souvent affaiblies. Il est donc très avantageux pour elles de bénéficier d’une prise en charge sans parcourir de longues distances », souligne la néphrologue Dr Huram Annet. Le centre d’Aboisso suit une soixantaine de patients.
Le centre d’hémodialyse de Korhogo, situé dans l’enceinte du CHR, a quant à lui été ouvert en avril 2017. Il accueille près d’une centaine de patients, dont certains viennent de localités éloignées de la région nord. Avant son ouverture, ces malades devaient se rendre jusqu’à Bouaké.
Selon le bilan gouvernemental 2011-2025, la Côte d’Ivoire est passée de trois centres d’hémodialyse en 2011 à dix-huit en 2025. Le nombre de générateurs de dialyse est passé de 35 à 241, tandis que le nombre de patients dialysés pris en charge est passé de 280 à près de 1 400 sur la même période.
En plus de ces investissements visant à rapprocher les soins des populations, l’État subventionne fortement le coût de la dialyse. Dans le réseau public, chaque séance coûte au patient 1 750 FCFA.
« Sans cette subvention, de nombreux malades n’auraient pas accès à la dialyse. Dans le privé, une séance coûte entre 65 000 et 100 000 FCFA », explique Jean Boti, infirmier et lui-même patient dialysé à Aboisso.
Serge Souanga, un autre patient, salue également cette politique publique et se félicite de la qualité de la prise en charge. Une satisfaction partagée par plusieurs malades. « Le personnel de santé est à notre écoute. Nous bénéficions régulièrement de bilans de santé pour assurer un bon suivi », affirme le président des dialysés du Haut-Sassandra.
Chaque année, environ 12 000 nouveaux cas d’insuffisance rénale sont enregistrés en Côte d’Ivoire, dont près de 1 200 en phase terminale. Les causes sont notamment liées à l’hypertension artérielle, au diabète, aux hépatites B et C, aux cancers, à la drépanocytose, aux infections urinaires à répétition, au paludisme grave, à l’automédication ou encore à l’usage de certains médicaments traditionnels.
Pour le Dr Dominique Koua, chef du centre d’hémodialyse de Daloa, la prévention et le dépistage précoce restent essentiels. « Le traitement curatif coûte très cher », insiste ce spécialiste.
Sur le terrain, les autorités sanitaires peuvent également compter sur l’engagement de plusieurs organisations de la société civile, dont le Groupe santé rénale Côte d’Ivoire. Ces ONG multiplient les campagnes de sensibilisation et de dépistage, tout en prodiguant des conseils aux populations : adopter une bonne hygiène de vie, boire suffisamment d’eau (environ 1,5 litre par jour), éviter le tabac, limiter la consommation d’alcool et de sel, et lutter contre l’obésité.

