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“France dégage” : une victoire politique, mais un coût économique pour l’AES

Lundi 11 Mai 2026 - 16:00

Entre rupture politique avec Paris et difficultés économiques croissantes, les pays de l’AES cherchent encore leur nouvel équilibre stratégique.


À Nairobi, Emmanuel Macron confirme le recentrage économique de la France vers les marchés africains jugés plus stables et attractifs.
À Nairobi, Emmanuel Macron confirme le recentrage économique de la France vers les marchés africains jugés plus stables et attractifs.
 

Depuis trois ans, les régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont fait de la rupture avec la France leur principal carburant politique. Dans les rues de Bamako, Ouagadougou ou Niamey, le slogan “France dégage” est devenu à la fois un cri populaire, un outil de propagande et un instrument de légitimation des coups d’État. À entendre les juntes, tous les maux du Sahel porteraient la signature de Paris : insécurité, pauvreté, terrorisme, dépendance économique, instabilité politique.
 

Cette rhétorique a produit des résultats immédiats. Elle a permis aux militaires de canaliser la colère populaire contre un ennemi extérieur plus facile à désigner que les défaillances internes des États sahéliens. Elle a aussi renforcé un sentiment souverainiste largement partagé dans une partie de l’opinion africaine, lassée des ambiguïtés de la relation franco-africaine.
 

Mais pendant que les régimes de l’AES construisent leur discours contre la France, Paris semble déjà regarder ailleurs. La visite d’Emmanuel Macron à Nairobi pour le sommet “Africa Forward” illustre un basculement discret mais profond de la stratégie française en Afrique. Désormais, les priorités économiques françaises se trouvent davantage du côté du Kenya, du Nigeria, de l’Afrique du Sud ou encore de la Côte d’Ivoire : des marchés plus dynamiques, plus intégrés à l’économie mondiale et surtout plus prévisibles politiquement.

La vérité est brutale : la France peut survivre économiquement sans le Mali, le Burkina Faso ou le Niger. Ces pays ne représentent qu’une part marginale des échanges commerciaux français en Afrique. Les grands contrats énergétiques, technologiques, aériens ou industriels se négocient désormais ailleurs. Airbus n’a pas besoin de Bamako pour vendre ses avions. Les grands groupes français n’attendent pas Ouagadougou pour investir dans les infrastructures africaines.
 

En revanche, les pays de l’AES, eux, restent confrontés à une dépendance économique et financière difficile à contourner rapidement. Malgré les discours de rupture, leurs économies demeurent fragiles, peu industrialisées et fortement exposées à l’aide extérieure, aux investissements étrangers et aux partenariats internationaux. Or, l’instabilité politique et sécuritaire réduit considérablement l’attractivité de ces États.
 

Le paradoxe est là : les juntes ont remporté une bataille symbolique contre la France, mais elles peinent encore à gagner la bataille économique et sécuritaire. Pendant que Paris diversifie ses alliances, le Sahel continue de s’enfoncer dans les attaques terroristes, les crises humanitaires et l’incertitude financière.
 

Cela ne signifie pas que la France sort victorieuse sans dégâts. Son influence politique et militaire dans le Sahel a incontestablement reculé. Son image s’est dégradée auprès d’une partie de la jeunesse africaine. Mais croire que Paris serait aujourd’hui la principale perdante relève davantage du discours militant que de la réalité géoéconomique.
 

Au fond, la vraie question n’est peut-être plus de savoir si la France a besoin de l’AES, mais plutôt si l’AES peut construire un avenir stable sans partenaires solides, sans sécurité durable et sans stratégie économique crédible au-delà du rejet de la France.

 
Félix N'Guessan

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