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Avril 1990 – Avril 2026 : 36 ans après, de la rue au pouvoir, les enfants de la FESCI face à la paix

Jeudi 7 Mai 2026 - 11:00

Née dans les luttes estudiantines de 1990, la FESCI a révélé plusieurs figures politiques majeures, souvent dans les périodes de crise et de confrontation.


Guillaume Soro et Charles Blé Goudé, deux anciens leaders de la FESCI devenus des figures centrales de la crise ivoirienne, chacun dans un camp opposé.
Guillaume Soro et Charles Blé Goudé, deux anciens leaders de la FESCI devenus des figures centrales de la crise ivoirienne, chacun dans un camp opposé.

Née dans les luttes estudiantines de 1990, la FESCI a révélé plusieurs figures politiques majeures, souvent dans les périodes de crise et de confrontation.
 

Créée en avril 1990 dans le contexte des revendications estudiantines et de l’ouverture au multipartisme, la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) s’est imposée comme l’une des organisations les plus influentes de la vie sociopolitique ivoirienne. Pendant plus de trois décennies, jusqu’à sa dissolution en 2024, le syndicat étudiant a été à la fois une école de militantisme, un tremplin politique et un acteur régulièrement associé aux violences en milieu universitaire.
 

À sa naissance, la FESCI incarne les aspirations d’une jeunesse qui réclame davantage de libertés dans une Côte d’Ivoire encore dominée par le parti unique. Dans les universités et les grandes écoles, les amphithéâtres deviennent des espaces de contestation politique. Les grèves, marches, meetings et boycotts de cours rythment alors la vie estudiantine.
 

Très tôt, l’organisation se rapproche de l’opposition incarnée par Laurent Gbagbo. Dans l’imaginaire collectif, la FESCI apparaît comme une structure de lutte, forgée dans le rapport de force. Les revendications estudiantines se mêlent progressivement aux combats politiques nationaux.
 

Le premier secrétaire général, Martial Ahipeaud, ouvre une longue série de leaders qui marqueront l’espace public ivoirien. Après lui, Eugène Djue et Jean Blé Guirao participent à renforcer l’influence du syndicat sur les campus. Mais déjà, la FESCI traîne une réputation de syndicat radical, où la confrontation devient souvent un mode d’expression privilégié.
 

Au fil des années, la violence s’installe dans les méthodes de lutte : blocages des universités, affrontements entre étudiants, gestion musclée des cités universitaires, intimidations syndicales, destruction de biens publics, notamment des bus de transport universitaire. Dans plusieurs établissements, la FESCI finit par exercer une forme d’autorité parallèle.
 

Mais c’est surtout la crise militaro-politique de 2002 qui révèle au grand jour les figures les plus emblématiques de l’organisation.
 

Guillaume Soro, ancien secrétaire général surnommé “Bogota”, quitte définitivement le terrain syndical pour prendre la tête de la rébellion armée. La guerre le propulse au sommet de l’État ivoirien : Premier ministre, puis président de l’Assemblée nationale. Son ascension politique reste indissociable de la période de conflit qui a bouleversé le pays.
 

Dans le camp opposé, Charles Blé Goudé devient le visage de la mobilisation patriotique en soutien au régime de Laurent Gbagbo. À travers meetings géants, manifestations de rue et mobilisations contre la présence française, il s’impose comme l’un des acteurs centraux des années de crise. Son influence grandit dans un climat de confrontation permanente.
 

À travers ces trajectoires, un constat revient souvent : les grandes figures de la FESCI ont été révélées dans les périodes de tensions, de violences ou de ruptures politiques. La paix, en revanche, semble avoir réduit l’audience et l’influence de l’organisation.
 

Dans cette période de stabilité retrouvée, les trajectoires des deux anciens leaders illustrent aussi les recompositions du champ politique ivoirien. Guillaume Soro, en rupture avec le pouvoir d’Abidjan, s’éloigne progressivement de la scène nationale et entre en exil depuis 2019, après des années de tensions politiques et judiciaires. De son côté, Charles Blé Goudé, revenu de La Haye après près de dix années de procédure devant la Cour pénale internationale, prend également ses distances avec son ancien mentor Laurent Gbagbo, dans un contexte où les alliances d’hier se fissurent. Comme si, pour chacun d’eux, le cycle politique issu des années de crise avait atteint son terme, laissant place à de nouvelles réalités politiques, plus fragmentées et moins militantes.
 

Après la fin des crises, plusieurs anciens secrétaires généraux disparaissent progressivement de la scène publique. Jean-Yves Dibopieu et Kouyo Jean Serge décèdent. Serge Théodore Yao, dit “Sroukou STT”, et Augustin Mian, alias “Manicongo”, voient leur notoriété s’effacer avec le retour de la stabilité politique.
 

Dans les années post-crise, Assi Assi Fulgence, dit “AFA”, tente de redonner une image plus syndicale à la FESCI. Sous son mandat, l’organisation recentre davantage son discours sur les conditions de vie et d’études des étudiants. Beaucoup reconnaissent alors une période d’accalmie relative. Mais cette tentative de mutation peine à effacer des décennies de réputation conflictuelle.
 

Les dirigeants suivants ne retrouveront jamais l’aura de leurs prédécesseurs. Allah Saint Clair, dit “Makélélé”, reste discret sur la scène nationale. Quant à Kambou Sié, dernier secrétaire général avant la dissolution, il est aujourd’hui en détention dans une affaire de meurtre.
 

Au fil de son histoire, la FESCI aura produit des leaders politiques, influencé des mouvements nationaux et pesé sur plusieurs épisodes majeurs de la vie ivoirienne. Mais elle aura aussi incarné, pour beaucoup, la normalisation de la violence comme mode de revendication et d’ascension.
 

Dissoute en 2024, l’organisation laisse derrière elle un héritage profondément contrasté. Pour certains, elle demeure un symbole des luttes démocratiques et de l’engagement de la jeunesse. Pour d’autres, elle représente l’échec d’un syndicalisme étudiant progressivement happé par les logiques de confrontation politique.
 

Trente-six ans après sa création, une interrogation persiste encore dans le débat public ivoirien : la FESCI savait-elle exister autrement que dans le conflit ?

 
 
Félix N'Guessan

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