Vingt-deux ans après, le souvenir reste vif dans la mémoire collective ivoirienne. Le 25 mars 2004 demeure une date marquante, symbole d’une crise politique profonde et d’un recours à la force qui a profondément marqué le pays. Ce jour-là, une manifestation dite « grande marche pacifique », organisée par les partis de l’opposition regroupés au sein du G7, a été violemment réprimée à Abidjan.
À l’origine de cette mobilisation, une revendication claire : l’application des accords de Linas-Marcoussis, signés en 2003 pour mettre fin à la crise politico-militaire. Mais très vite, la situation échappe au contrôle. Les autorités interdisent la marche, et les forces de sécurité sont massivement déployées dans plusieurs quartiers de la capitale économique.
Des zones entières sont bouclées, la place de la République est déclarée « zone rouge », tandis que des blindés et des hélicoptères de type MI-24 survolent la ville. L’armée intervient pour disperser les manifestants. Le bilan humain reste controversé : 37 morts selon le pouvoir, près de 500 selon l’opposition et 120 d’après une enquête des Nations unies menée plusieurs mois plus tard.
Malgré les efforts de médiation, notamment du président ghanéen John Kufuor et de plusieurs acteurs internationaux, la tension ne retombe pas. Le président Laurent Gbagbo maintient l’interdiction des manifestations jusqu’au 30 avril 2004, revendiquant une victoire face à ce qu’il considère comme une tentative de déstabilisation.
Cette décision accentue la fracture politique. En réaction, plusieurs partis d’opposition, dont le PDCI, le RDR, les Forces nouvelles, l’UDPCI et le MFA, suspendent leur participation au gouvernement de réconciliation nationale, fragilisant davantage le processus de paix en cours.
Plus de deux décennies après, cette journée du 25 mars 2004 continue d’alimenter le devoir de mémoire. Elle rappelle les tensions d’une époque où le dialogue politique peinait à s’imposer face à la confrontation, et souligne l’importance de préserver les acquis démocratiques pour éviter que de tels événements ne se reproduisent.

