La Coupe d’Afrique des nations 2027, confiée au trio Kenya-Tanzanie-Ouganda, devait consacrer le retour du grand football en Afrique de l’Est. Mais à un peu plus d’un an du coup d’envoi, le projet paraît fragilisé par des retards persistants et des inquiétudes croissantes. Sous la bannière de l’unité régionale, les trois pays peinent à avancer d’un même pas, et c’est le Kenya qui polarise désormais les doutes.
Plusieurs chantiers de stades, censés symboliser la modernité du tournoi, connaissent des retards notables, notamment à Nairobi et Eldoret. Le paiement des frais d’organisation, estimés à environ 30 millions de dollars, reste lui aussi en suspens, faute de budget clair. Le Comité d’organisation kényan reconnaît des difficultés liées à la conjoncture politique et aux priorités nationales, le pays se préparant à des élections générales prévues en août 2027, un contexte qui complique l’engagement financier et la réussite du calendrier imposé par la Confédération africaine de football (CAF).
Pendant que Nairobi tâtonne, ses voisins paraissent mieux organisés. En Tanzanie comme en Ouganda, les préparatifs avancent : réfection des stades existants, budgets spécifiques votés par les Parlements, et mobilisation active des comités locaux pour respecter les normes de la CAF. Reste que la coordination entre les trois partenaires demeure complexe : chaque retard d’un pays rejaillit sur l’ensemble du calendrier.
Malgré ces signaux d’alerte, Patrice Motsepe, président de la CAF, reste inflexible. Depuis Dar-es-Salam, il a fermement démenti toute hypothèse de report ou de retrait d’organisation, assurant que la 36e édition se tiendrait bien à l’été 2027, du 19 juin au 18 juillet. « Les rumeurs de report sont infondées et malveillantes », a-t-il martelé, affirmant sa confiance envers les trois nations hôtes et leur capacité à livrer « l’une des meilleures éditions de l’histoire »
Pour l’Afrique de l’Est, la CAN 2027 est un pari à la fois sportif et symbolique. Cinquante et un ans après la dernière édition organisée dans la région, en Éthiopie, elle devait servir de catalyseur pour moderniser les infrastructures et redorer l’image du football est-africain, longtemps marginalisé sur la scène continentale. Mais le temps presse. Sans accélération nette dans les mois à venir, les doutes risquent de s’accumuler, et la CAN 2027 pourrait bien devenir un test grandeur nature pour la crédibilité organisationnelle du continent.
L’ambition demeure intacte, la confiance officielle aussi. Pourtant, derrière l’enthousiasme des discours, la réalité du chantier révèle une urgence : celle de passer des promesses à l’action, avant que le rêve de l’Afrique de l’Est ne se transforme en désillusion programmée.

