Locanto, Jedolo, massages à domicile… quand le sexe tarifé envahit le net ivoirien

Samedi 4 Avril 2026 - 22:52

Le sexe tarifé migre vers le numérique en Côte d’Ivoire, via sites et réseaux sociaux, entre dérives, exploitation et défis pour les autorités.


Entre précarité économique, dérives digitales et responsabilité collective, le « bizi » révèle les failles d’un système où le virtuel amplifie des réalités bien réelles.
Entre précarité économique, dérives digitales et responsabilité collective, le « bizi » révèle les failles d’un système où le virtuel amplifie des réalités bien réelles.
 

Derrière l’essor des plateformes numériques en Côte d’Ivoire, une économie parallèle du sexe se développe à grande vitesse. Entre sites d’annonces et réseaux sociaux, le phénomène inquiète autant qu’il interpelle.
 

À l’ère du numérique, des plateformes comme Facebook, TikTok ou encore des sites d’annonces tels que Locanto et Jedolo sont devenus des outils du quotidien pour des milliers d’Ivoiriens. Mais derrière cette banalisation se cache une réalité plus sombre : la montée en puissance d’un marché du sexe digitalisé, accessible en quelques clics.
 

Ce phénomène, communément appelé « bizi », s’est progressivement imposé dans les grandes villes, notamment à Abidjan, Yamoussoukro, Bouaké, Daloa, Séguéla et Abengourou. De jeunes filles, parfois mineures, utilisent ces plateformes pour proposer des services sexuels, souvent sous couvert d’activités anodines comme le massage à domicile ou les rencontres amicales. Une mutation silencieuse qui déplace la prostitution traditionnelle vers des espaces virtuels plus discrets et difficiles à contrôler.
 

Dans certains quartiers comme Marcory, Zone 3 ou Zone 4, mais aussi dans des communes comme Cocody, Yopougon ou Koumassi, cette pratique ne se limite plus à la rue. Elle s’infiltre dans des résidences, des studios meublés ou des instituts de massage, où le bien-être affiché masque parfois des prestations à caractère sexuel. Une dérive qui brouille les frontières entre activité légale et exploitation déguisée.
 

L’essor de ce marché repose en grande partie sur une demande croissante. Hommes mariés ou célibataires, cadres, expatriés ou étudiants : la clientèle est variée. Le numérique facilite les contacts, garantit un certain anonymat et accélère les transactions. En quelques messages via WhatsApp ou Telegram, un rendez-vous est fixé.
 

Mais derrière cette apparente simplicité se cache une réalité bien plus préoccupante. Nombre de ces jeunes filles sont poussées par la précarité, les pressions familiales ou l’attrait d’un gain rapide. Certaines tombent sous la coupe de réseaux organisés, alimentant ainsi le proxénétisme, pourtant sévèrement réprimé par le code pénal ivoirien.
 

Plus grave encore, l’implication de mineures expose ces pratiques à des qualifications pénales lourdes : détournement de mineur, viol, exploitation sexuelle. Dans ces cas, la loi est sans équivoque : les clients, les intermédiaires et les exploitants sont tous passibles de sanctions.
 

Dans les résidences meublées, la Côte d’Ivoire a également enregistré plusieurs cas d’assassinats de jeunes filles, soulevant de sérieuses inquiétudes quant à la sécurité dans ces lieux privés. Par ailleurs, les arnaques se multiplient derrière ces annonces en ligne. Certains auteurs proposent des tarifs attractifs pour attirer les clients, puis exigent des frais de transport, souvent compris entre 2 000 et 3 000 FCFA, via des applications de mobile money. Une fois le paiement effectué, le numéro devient injoignable.
 

Autre dérive inquiétante, certains escrocs utilisent désormais des outils d’intelligence artificielle pour générer de fausses vidéos à caractère pornographique à partir d’images ou d’échanges, afin de faire chanter leurs victimes et leur soutirer de l’argent.
 

Face à cette situation, les autorités sont interpellées. La régulation des contenus en ligne et le contrôle des établissements de massage apparaissent comme des priorités. Faut-il aller jusqu’à fermer les plateformes qui facilitent ces pratiques ? La question reste posée. Toutefois, la réponse ne saurait être uniquement répressive, elle doit également être sociale.
 

Des initiatives existent, notamment à travers les programmes du ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, visant à offrir des alternatives aux jeunes en situation de vulnérabilité. Centres d’accueil, filets sociaux, accompagnement éducatif : autant de leviers pour briser ce cercle vicieux.
 

Car au-delà du phénomène numérique, c’est une véritable question de société qui se pose. Entre précarité économique, dérives digitales et responsabilité collective, le « bizi » révèle les failles d’un système où le virtuel amplifie des réalités bien réelles.
 

Il devient urgent d’agir, non seulement pour encadrer ces pratiques, mais surtout pour protéger une jeunesse en quête d’avenir, loin des illusions dangereuses du gain facile.

Félix N'Guessan

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