La disparition de Toumba Diakité, survenue le 25 mars 2026 à Conakry, referme l’un des chapitres les plus complexes et controversés de l’histoire récente de la Guinée. Officier, médecin militaire et acteur politique, son parcours aura été à la fois marqué par l’engagement, la loyauté, mais aussi par des zones d’ombre qui ont profondément divisé l’opinion.
Né le 30 avril 1968 dans la capitale guinéenne, Toumba Diakité grandit dans un environnement militaire, influencé par la figure paternelle. Formé à la médecine à l’Université Gamal-Abdel-Nasser de Conakry, il choisit très tôt de servir sous l’uniforme, alliant discipline militaire et vocation médicale. Cette double identité, rare, forge chez lui une personnalité rigoureuse, engagée et profondément attachée à son pays.
Son destin bascule véritablement à la faveur du coup d’État de 2008, lorsqu’il devient l’un des hommes de confiance du capitaine Moussa Dadis Camara, dont il est l’aide de camp et le chef de la garde présidentielle. Dans un contexte politique tendu, il se retrouve au cœur des événements tragiques du 28 septembre 2009, une page sombre de l’histoire guinéenne. Accusé d’y avoir joué un rôle central, Toumba Diakité n’aura de cesse de clamer sa version des faits, affirmant avoir été désigné comme bouc émissaire.
Le 3 décembre 2009, dans un geste spectaculaire qui marquera durablement les esprits, il ouvre le feu sur le président Dadis Camara, le blessant gravement. Cet acte, interprété tour à tour comme une tentative de survie, de rébellion ou de règlement de comptes, précipite sa fuite et son long exil, avant son arrestation en 2016 à Dakar et son extradition en 2017.
Durant son incarcération, loin de disparaître de la scène publique, Toumba Diakité surprend en se réinventant politiquement. Depuis sa cellule, il fonde en 2024 le Parti démocratique pour le changement (PDC), affichant son ambition de peser dans le débat national et de proposer une alternative politique. Une trajectoire singulière, qui témoigne d’une volonté de résilience et d’un attachement persistant à la vie publique, malgré les épreuves.
Condamné en juillet 2024 à dix ans de prison pour crimes contre l’humanité à l’issue du procès du massacre du 28 septembre 2009, il reste une figure controversée, à la fois critiquée et soutenue. Pour certains, il incarne une responsabilité lourde dans des événements tragiques ; pour d’autres, il demeure un homme au destin brisé, pris dans les turbulences d’une période troublée.
Son décès, à l’âge de 57 ans, des suites de complications médicales, met fin à une vie marquée par les contrastes : entre honneur militaire et accusations graves, entre chute brutale et tentative de renaissance politique.
Toumba Diakité laisse derrière lui le souvenir d’un homme dont le parcours, aussi singulier que tumultueux, continuera d’alimenter les débats en Guinée et au-delà. À travers lui, c’est aussi une page de l’histoire politique et militaire guinéenne qui se tourne, invitant à la réflexion, à la mémoire et, peut-être, à la réconciliation.
