C’est une affaire qui met en lumière les dérives inquiétantes du crédit numérique en Afrique de l’Ouest. Au Sénégal, la Division spéciale de lutte contre la cybercriminalité (DSC) a démantelé le réseau HICASH, une plateforme de prêts en ligne accusée d’avoir escroqué des milliers de personnes pour un montant dépassant les 3 milliards de FCFA.
Derrière cette application, la société Level Technologie aurait mis en place un mécanisme redoutablement efficace. Les emprunteurs, attirés par des crédits rapides, recevaient en réalité des montants bien inférieurs à ceux demandés. Pour un prêt de 10 000 FCFA, seuls 6 500 FCFA étaient effectivement versés, alors que le remboursement exigé restait fixé à 10 000 FCFA en seulement une semaine. Un système qui équivaut à un taux exorbitant, très loin des conditions affichées.
Mais l’aspect le plus alarmant réside dans les méthodes de recouvrement. En cas de retard, les responsables exploitaient les données personnelles des utilisateurs pour exercer des pressions : appels aux proches, diffusion d’informations privées, menaces répétées. Un véritable chantage numérique transformant les victimes en cibles vulnérables.
L’enquête a conduit les autorités à Liberté 6, où un centre d’opérations structuré employait près de 70 personnes, majoritairement affectées au recouvrement agressif. Les investigations ont également révélé l’utilisation de dispositifs techniques et de services de paiement mobile pour dissimuler les flux financiers.
Au total, plus de 100 000 demandes de crédit ont été traitées. Si le préjudice provisoire est estimé à 1 milliard de FCFA, l’ampleur des transactions témoigne d’un système industriel bien rodé. Exerçant sans autorisation, la société opérait en violation des règles de la BCEAO.
Les principaux responsables, dont la directrice générale, ont été déférés devant la justice. Cette affaire relance le débat sur la régulation des fintechs et la protection des consommateurs face aux dérives du crédit numérique.

