À quelques semaines de la Tabaski, Bamako vit au rythme d’une flambée inédite du prix des moutons. Sur les marchés improvisés, aux abords des grandes artères ou dans plusieurs quartiers populaires de la capitale malienne, les béliers se font rares et deviennent très chers.
Joint par téléphone par Nouvelle Afrique, un habitant de Bamako décrit une situation devenue difficile pour de nombreuses familles. « Au marché de Lafiabougou, où j’habite, et dans plusieurs quartiers de la capitale, les béliers se négocient désormais entre 150 000 et 250 000 FCFA pour les petites tailles, notamment les jeunes béliers. Si vous voulez un bélier pour toute la famille, il faut prévoir entre 350 000 et 500 000 FCFA », confie-t-il.
Des montants largement supérieurs à ceux pratiqués actuellement à Abidjan, où certains moutons restent accessibles entre 70 000 et 120 000 FCFA. Face à cette envolée des prix, plusieurs chefs de famille disent être contraints de revoir leurs habitudes pour préserver l’esprit de la fête. « Mes amis et moi avons décidé de nous associer pour acheter un bœuf. Du vivant de notre père, nous avons toujours respecté la tradition de la Tabaski en immolant un mouton. Aujourd’hui, malgré mes responsabilités de chef de famille, les prix sont devenus trop élevés. Alors nous avons cotisé entre voisins pour acheter un bœuf afin de pouvoir au moins partager les repas de fête », raconte-t-il avec émotion.
Derrière cette flambée se cache une crise sécuritaire qui perturbe fortement l’approvisionnement de Bamako. Depuis plusieurs semaines, les combattants du Jnim, affilié à Al-Qaïda, multiplient les attaques contre les véhicules de transport sur la route nationale 6 reliant Ségou à la capitale. Plusieurs camions transportant des moutons ont été incendiés, alimentant la peur chez les transporteurs et les éleveurs.
Pour tenter de desserrer l’étau, l’armée malienne a intensifié les escortes militaires des convois de bétail vers Bamako, avec des opérations de sécurisation et des frappes aériennes sur les axes les plus exposés.
Mais malgré ces efforts, les conséquences économiques restent lourdes. Le coût du transport des moutons a presque quadruplé, passant de 2 000 FCFA à plus de 8 000 FCFA par tête. À cela s’ajoutent la hausse du carburant, celle des aliments pour bétail ainsi que la fermeture de plusieurs marchés à Bamako.
Afin d’atténuer la pression sur les ménages, le gouvernement malien prévoit de lancer dès le 22 mai une opération spéciale de vente promotionnelle de moutons à prix réduits sur plusieurs sites de la capitale.
