Le premier coup de tonnerre est venu du Burkina Faso. À l’approche de la fête musulmane, Ouagadougou a décidé de suspendre l’exportation du bétail afin de préserver son marché intérieur. Une décision brutale pour les commerçants ivoiriens, longtemps dépendants des troupeaux burkinabè pour satisfaire la forte demande de Tabaski. La Côte d’Ivoire faisait alors face à un déficit estimé à plus de 372.000 béliers.
Pour éviter une flambée des prix, Abidjan s’est tournée vers d’autres pistes : les éleveurs locaux ont été fortement sollicités, tandis que des fournisseurs venus de Mauritanie ont commencé à alimenter le marché ivoirien. Le ministre ivoirien du Commerce s’est voulu rassurant ces derniers jours, affirmant que le marché restait correctement approvisionné, avec des moutons vendus entre 75.000 et 250.000 FCFA selon les gabarits.
Mais derrière ces assurances officielles, la tension reste palpable aux frontières. Sur l’axe ivoiro-burkinabè, plusieurs dizaines de camions chargés de bétail auraient été interceptés par les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) alors qu’ils tentaient de rejoindre clandestinement la Côte d’Ivoire. Immobilisés durant plusieurs jours sous une chaleur écrasante, sans eau ni nourriture suffisante, des centaines d’animaux ont péri. Une catastrophe économique pour de nombreux éleveurs burkinabè déjà fragilisés par l’insécurité et la baisse des revenus.
C’est dans ce climat tendu que le Mali a choisi de jouer sa carte. Après avoir temporairement suspendu ses exportations vers la Côte d’Ivoire, Bamako a finalement rouvert ses frontières commerciales au bétail ivoirien. Une décision stratégique pour les autorités maliennes, confrontées à d’importantes difficultés financières et conscientes de l’opportunité créée par le retrait burkinabè.
Dans les marchés de Bamako et d’autres villes sous contrôle gouvernemental, les convoyeurs s’activent désormais jour et nuit pour acheminer les troupeaux vers le sud. L’objectif est clair : faire arriver les moutons avant la Tabaski afin de profiter de la forte demande ivoirienne. Pour les éleveurs maliens, cette réouverture représente un espoir de revenus rapides dans une conjoncture économique difficile.
Au-delà du commerce, cette bataille du mouton révèle les nouvelles réalités économiques de l’AES. Entre protection des marchés nationaux et nécessité de faire entrer des devises, chaque capitale tente désormais de défendre ses intérêts sans perdre son influence régionale. Et pendant que le Burkina verrouille ses frontières, le Mali, lui, transforme la pénurie ivoirienne en opportunité économique.


