Le manioc, tubercule stratégique pour la sécurité alimentaire ivoirienne, fait l’objet d’une alerte sanitaire majeure. La Direction générale des Productions et de la Sécurité Alimentaire (DGPSA) a confirmé la présence de la souche ougandaise du virus de la mosaïque du manioc de l’Afrique de l’Est (EACMV-Ug) dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire, par la circulaire n°1399 du 8 août 2022.
Cette souche virulente, transmise par les aleurodes et le matériel végétal infecté, provoque un nanisme des plants, la déformation des feuilles et peut réduire jusqu’à 90 % le rendement tubéreux. La crise ougandaise des années 1980, où des millions de tonnes de manioc ont été perdues, rappelle le danger que représente ce virus : famine, exode rural et pertes économiques colossales.
En Côte d’Ivoire, la menace est sérieuse : la production nationale annuelle avoisine 1,8 million de tonnes, et près de 35 % de la consommation calorique rurale repose sur le manioc et ses dérivés. Les 450 000 exploitants concernés pourraient voir leurs revenus, estimés à 180 milliards de francs CFA, fortement réduits. Les industries de transformation, notamment l’attiéké et la fécule, sont également à risque.
Face à cette menace, la DGPSA prescrit des mesures strictes : interdiction de circulation de boutures contaminées, destruction systématique des plants infectés, recours exclusif à des boutures certifiées saines et vigilance accrue dans les zones à risque, dont le Poro, le Haut-Sassandra et le Denguélé. Les instituts de recherche agricole sont mobilisés pour développer des variétés résistantes.
L’alerte nationale implique une coordination entre le Ministère de l’Agriculture, l’ANADER, les GIE de producteurs et la Fédération Nationale des Producteurs de Manioc. La détection précoce est cruciale pour contenir le virus avant qu’il ne se propage au reste du pays, évitant ainsi une crise alimentaire et économique majeure. La vigilance des producteurs et des autorités sera déterminante pour protéger le manioc ivoirien.

