Alors que la Côte d’Ivoire préside les travaux de la 13e Conférence annuelle sur le sucre en Afrique à Nairobi, vantant innovation, souveraineté alimentaire et transformation des chaînes de valeur, une question dérangeante s’impose à Abidjan : que fait-on réellement des innovations locales déjà disponibles ?
Dans les tiroirs du Centre national de recherche agronomique (CNRA), dort depuis plusieurs années une avancée scientifique majeure portée par le Dr Okoma Djéya Muriel Joëlle et son équipe : la production de sucre cristallisé à partir de la sève de l’inflorescence du cocotier. Après sept années de recherche, le « phyto-sucre de coco » a vu le jour, un édulcorant naturel, riche en polyphénols et vitamines, présenté comme une alternative crédible au sucre de canne raffiné.
Au-delà de son intérêt nutritionnel, notamment pour les personnes soucieuses de leur glycémie, cette innovation porte une promesse économique forte : jusqu’à 16 000 à 19 000 kg de sucre par hectare de cocoteraie et une valorisation intégrale d’une filière encore sous-exploitée. Pourtant, malgré ces résultats documentés, le projet semble aujourd’hui confiné aux rapports scientifiques et aux rayonnages administratifs.
Ce contraste interroge. Comment un pays qui ambitionne de peser dans la transformation agro-industrielle continentale peut-il laisser en sommeil des innovations issues de ses propres chercheurs ? À quoi servent les conférences internationales si les solutions locales peinent à franchir les portes des laboratoires ?
Le CNRA est ainsi interpellé sur sa capacité à faire évoluer ses recherches vers l’industrialisation. Les autorités ivoiriennes, elles aussi, sont face à leurs responsabilités : financer, accompagner et surtout intégrer ces innovations dans une véritable stratégie de souveraineté alimentaire et de diversification agricole.
Le sucre de coco du Dr Okoma n’est pas seulement un produit scientifique. Il est le symbole d’un potentiel national en attente de décision politique. Entre Nairobi et Abidjan, le paradoxe est désormais évident : l’Afrique avance dans les discours, mais risque de piétiner ses propres solutions.
