Libreville change de visage. Ronds-points rénovés, routes en chantier, artères modernisées : la capitale gabonaise donne à voir une dynamique nouvelle. Un an après la présidentielle du 12 avril 2025, le président Brice Oligui Nguema incarne encore, pour une partie de la population, une promesse de renouveau.
« Il veut redonner leur fierté aux Gabonais », confie Romain Ndong, retraité, observant les transformations urbaines. Même son de cloche chez Mvé-Mvé, fonctionnaire : « Les chantiers avancent, les routes se construisent. C’est un bon début. » Dans ces témoignages, l’espoir demeure palpable, porté par des signes concrets d’action.
Mais derrière ces marqueurs visibles, le doute s’installe progressivement. Et il ne vient pas seulement de la rue.
Ancien Premier ministre sous Ali Bongo, Julien Nkoghe Bekale se montre particulièrement critique. « Je crois très sincèrement que la trajectoire de gouvernance que prend le Gabon aujourd’hui n’a pas de cap », tranche-t-il. Pour cet habitué des cercles du pouvoir, l’enjeu dépasse les réalisations matérielles : il s’agit désormais de lisibilité politique. « Que le président fixe le cap. Qu’il nous dise où il nous amène et avec qui. »
Loin de rejeter le projet présidentiel, qu’il juge « très intéressant », il pointe plutôt ses limites dans l’exécution. « C’est bien de construire des infrastructures de prestige, mais il faut aussi celles qui ont un impact direct sur la vie des gens », insiste-t-il.
Car sur le terrain, le quotidien reste difficile. Dans les quartiers populaires, les préoccupations sont moins esthétiques que vitales. Coupures d’eau, pénuries d’électricité, chômage persistant : autant de réalités qui fragilisent le crédit accordé au pouvoir.
Rodrigue Moussavou, sans emploi, évoque des interruptions de services « amplifiées ». « On accuse la SEEG, mais peut-être qu’elle aussi a des difficultés qui nous échappent », glisse-t-il, partagé entre résignation et incompréhension.
Pour la jeunesse, l’enjeu est encore plus pressant. Yannick, lui aussi sans emploi, résume une attente largement partagée : « Ce qu’on demande au président, c’est que la jeunesse puisse avoir du travail. Parce que seul le travail peut faire baisser la délinquance juvénile.»
Un constat que rejoint, une fois encore, Julien Nkoghe Bekale : « Les populations ont besoin d’eau au robinet, d’électricité tous les jours, de routes praticables en toute saison, de plateaux techniques dans les hôpitaux, d’universités qui accueillent nos étudiants. »
À mi-mandat, Brice Oligui Nguema apparaît ainsi sur une ligne de crête. Entre les signes visibles de transformation et les attentes sociales encore insatisfaites, entre l’adhésion populaire initiale et les interrogations croissantes sur la gouvernance, le président gabonais joue désormais une phase décisive de son mandat.
Plus que les chantiers, c’est désormais le cap qui est attendu.
Une correspondance particulière

