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Mondial 2026 : l’Afrique s'aime-t-elle encore ?

Jeudi 2 Juillet 2026 - 10:00

Au Mondial 2026, les réactions sur les réseaux sociaux et dans certains quartiers ont mis en lumière des tensions entre supporters africains.


Supporters sénégalais : photo d’archives
Supporters sénégalais : photo d’archives
 

Le Mondial 2026 n’est plus une fête, c'est un tribunal. Il n'est plus une communion, il est le révélateur brutal et obscène de nos fractures les plus profondes, le miroir déformant d’une Afrique qui se déchire sous les yeux du monde.

À mesure que la compétition avance, une réalité tragique s’impose : derrière la ferveur du ballon rond se cache un monstre de ressentiment et de xénophobie numérique. J'accuse le football africain d'être devenu le déversoir de nos aigreurs et le théâtre d'un règlement de comptes fratricide.


L’élimination du Sénégal contre la Belgique a montré le pire côté de notre continent. Voir des gens fêter la défaite des Lions de la Teranga en plein cœur d’Abidjan est une honte qui doit nous faire réfléchir. Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Comment la défaite d’un frère africain face à une équipe européenne peut-elle rendre d'autres Africains aussi heureux ? Ce comportement est inacceptable. Il prouve que la solidarité africaine n'existe plus, totalement détruite par de petites rivalités ridicules.


Mais les véritables coupables de ce naufrage ne sont pas seulement dans la rue ; ils pullulent sur nos écrans. J'accuse ces marchands de haine, ces influenceurs et activistes sans foi ni loi qui soufflent sur les braises de la division pour quelques mentions "j'aime". Qu'il s'agisse de Zaparo 2026 du Burkina Faso ou de Bintou de la Guinée, distillant son venin depuis la France, le mot d'ordre est clair : humilier le voisin pour exister. La Côte d’Ivoire subit un lynchage systématique orchestré pour briser sa dignité.

Le summum de l’indécence a été franchi par la Camerounaise Mayole Francine, osant écrire après l'élimination des Éléphants : « Élysée, Dieu a fait ton palabre... Allez dans votre poussière ehhh ». Ce ne sont plus des taquineries, c’est une entreprise de déshumanisation pure et simple.

Le plus grave, c’est que cette folie toxique contamine désormais les acteurs du terrain. Quand la paranoïa gagne les vestiaires, le sport s'éteint. En affirmant de manière irresponsable que « la Côte d'Ivoire était plus favorisée que nous », l'international sénégalais Krépin Diatta a choisi la voie du complotisme plutôt que celle de l'autocritique. En pointant du doigt le pays frère, il légitime, consciemment ou non, la violence verbale des supporters. Quand les icônes du football alimentent les rancœurs, le chaos n'est plus très loin.

C’est ici que je veux lancer un avertissement solennel : attention au réveil de l'histoire. À force de banaliser cette haine sportive, à force de tolérer ces lynchages virtuels, nous sommes en train de fabriquer une génération de citoyens incapables de faire bloc face au reste du monde.

Si le football, qui devait être le ciment de notre unité, devient le burin qui élargit nos fossés, alors la fracture ne restera pas virtuelle. Prenez garde : après les insultes sur les réseaux sociaux viennent souvent les crises réelles dans nos rues. Le Mondial 2026 nous pose une question existentielle : l’Afrique s'aime-t-elle encore ? Si la réponse est non, ce suicide collectif ne connaîtra aucun vainqueur, seulement des ruines.

 

 

Félix N'Guessan

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