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Mossikro ou la colline de la mort : cinq années de drames sans véritables leçons

Mardi 30 Juin 2026 - 07:00

Éboulements meurtriers, maisons détruites, populations de retour : à Mossikro, les saisons des pluies se suivent et les tragédies se répètent.


À Mossikro, le danger est connu, mais les drames continuent
À Mossikro, le danger est connu, mais les drames continuent
 

Chaque hivernage replonge Mossikro dans l'angoisse. Au fil des ans, ce quartier d'Attécoubé est devenu le symbole des conséquences d'une urbanisation incontrôlée, de l'occupation persistante des zones à risque et des limites des politiques de prévention. Malgré les déguerpissements, les alertes répétées et les nombreuses pertes humaines, les populations reviennent s'installer sur ces pentes instables. Comme si la mémoire des drames s'effaçait au rythme des saisons sèches.
 

Lundi 29 juin 2026. À Abidjan, la pluie tombe sans interruption depuis les premières heures de la matinée. À Mossikro, les habitants observent avec inquiétude les versants de la colline. Certains savent que lorsque les pluies se prolongent, la terre finit toujours par céder. Vers huit heures, l'impensable se produit une nouvelle fois. Saturé d'eau, le sol se décroche brutalement. En quelques instants, des tonnes de terre engloutissent plusieurs habitations. Les cris des victimes se mêlent au fracas des murs qui s'effondrent. Lorsque les premiers secours arrivent, le quartier est plongé dans le chaos. Les sapeurs-pompiers, épaulés par des riverains, fouillent les décombres à la recherche de survivants. Le bilan provisoire est lourd : au moins douze morts, plusieurs blessés et des familles entières frappées par le deuil. 
À Mossikro, ce drame n'a malheureusement rien d'exceptionnel. Depuis plus de cinq ans, ce quartier vit au rythme des catastrophes. Chaque saison des pluies apporte son lot de victimes, de maisons détruites et de promesses de changement.
 

Une tragédie qui se répète

En juin 2022, un violent éboulement frappe le quartier Santé 3. Six personnes perdent la vie, dont un jeune couple et leur bébé. Le pays découvre avec émotion les images de maisons ensevelies sous des tonnes de terre. À peine un an plus tard, en juin 2023, Mossikro replonge dans le deuil. Un nouveau glissement de terrain tue plusieurs habitants, dont les membres d'une même famille. Les autorités ordonnent alors des évacuations d'urgence et annoncent des mesures fermes contre l'occupation des zones dangereuses.
 

En mai 2025, les fortes pluies provoquent un autre effondrement. Des habitations sont éventrées. Le bilan fait état de douze victimes, dont six décès. Puis vient ce lundi 29 juin 2026. Une nouvelle catastrophe. Un nouveau bilan humain. Une nouvelle douleur.
 

À chaque drame, les mêmes images défilent : des secouristes qui creusent dans la boue, des familles en pleurs, des maisons détruites, des autorités en visite sur les lieux et des promesses de renforcer les mesures de prévention. Pourtant, quelques mois plus tard, la vie reprend... jusqu'au prochain éboulement.
 

Pourquoi les habitants reviennent-ils ?

C'est la question qui hante chaque catastrophe. Après chaque déguerpissement, des maisons sont démolies. Des secteurs sont déclarés inhabitables. Des rubans de sécurité sont installés. Mais avec le temps, les terrains se repeuplent. 

Les raisons sont connues. À Abidjan, trouver un logement abordable relève souvent du parcours du combattant. Pour de nombreuses familles modestes, quitter Mossikro signifie s'éloigner de leur travail, des écoles des enfants ou des réseaux de solidarité qui leur permettent de survivre. D'autres reconstruisent simplement parce qu'ils n'ont nulle part où aller. 

Le danger est réel. Mais la précarité l'est tout autant. Dans ce choix impossible, beaucoup préfèrent affronter le risque plutôt que l'incertitude d'un avenir sans toit.
 

Les limites des réponses publiques

Depuis plusieurs années, les autorités multiplient pourtant les actions. Des campagnes de sensibilisation sont organisées avant chaque saison des pluies. Des opérations de déguerpissement sont menées dans les secteurs les plus exposés. Des habitations sont détruites pour empêcher toute réoccupation. Mais ces interventions peinent à produire des effets durables.

L'absence de solutions de relogement pour une partie des familles concernées favorise progressivement le retour des habitants. Certaines parcelles sont réoccupées discrètement. De nouvelles constructions apparaissent. Puis les pluies reviennent. Le cycle recommence. 
Les catastrophes de Mossikro illustrent ainsi les difficultés de concilier impératifs de sécurité, pression foncière et besoins sociaux dans une métropole qui continue de croître rapidement.
 

Des leçons encore inachevées

Après chaque drame, les mêmes constats reviennent : renforcer les ouvrages d'assainissement, empêcher toute construction dans les zones rouges, améliorer la cartographie des risques, reloger durablement les familles exposées et faire respecter les interdictions d'occuper les sites dangereux. Mais plus de cinq années de catastrophes montrent que ces mesures restent insuffisantes ou incomplètement appliquées. Le retour des populations sur les sites déguerpis traduit moins un refus du danger qu'une absence d'alternative durable. C'est là que réside sans doute la principale leçon de Mossikro.
 

On ne sécurise pas durablement un quartier uniquement avec des démolitions. On le fait aussi en offrant des solutions de relogement, en maîtrisant l'urbanisation et en créant les conditions pour que les familles n'aient plus à choisir entre leur sécurité et leur survie. Car tant que cette équation ne sera pas résolue, Mossikro risque de conserver ce triste surnom de « colline de la mort », où chaque saison des pluies vient rappeler que les leçons des drames passés restent encore à tirer.

Félix N'Guessan

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