Menu

1963–2012 : l’Azawad, chroniques d’un conflit annoncé

Dimanche 17 Mai 2026 - 14:00

Entre accords frontaliers contestés et rébellions touarègues, retour sur une fracture sahélo-saharienne née dans les années 1960.


La Mauritanie a été contrainte par le Mali à céder plus de 80 000 kilomètres carrés de son territoire, une zone devenue aujourd’hui l’Azawad, principal foyer des crises au Mali.
La Mauritanie a été contrainte par le Mali à céder plus de 80 000 kilomètres carrés de son territoire, une zone devenue aujourd’hui l’Azawad, principal foyer des crises au Mali.
 

Pendant plus d’un demi-siècle, le nord du Mali, appelé Azawad par une partie des populations touarègues et arabes, a été marqué par des révoltes, des tensions et des conflits armés. Pour comprendre cette crise, il faut revenir à l’année 1963, quelques années seulement après les indépendances africaines.
 

Cette année-là, le président malien Modibo Keïta reçoit à Kayes son homologue mauritanien Mokhtar Ould Daddah pour discuter des frontières entre les deux pays. Selon plusieurs récits historiques et politiques, les échanges sont très tendus. La Mauritanie, encore fragile sur le plan diplomatique et sécuritaire, finit par accepter les conditions imposées par Bamako. Une vaste zone saharienne de plusieurs milliers de kilomètres carrés, située dans l’espace aujourd’hui associé à l’Azawad, passe alors sous contrôle malien. Pour de nombreux Mauritaniens, ce territoire aurait été cédé sous forte pression politique, sans débat parlementaire ni consultation populaire. Ironie de l’histoire, cette région devenue au fil du temps l’un des principaux foyers de rébellion et d’instabilité du Mali apparaît aujourd’hui, pour certains observateurs mauritaniens, comme « un os dans la gorge » de Bamako.
 

À l’époque, Mokhtar Ould Daddah cherche surtout à éviter un isolement régional. Il redoute notamment un rapprochement entre le Mali et le Maroc, avec lequel la Mauritanie entretient alors des relations difficiles. Pour préserver une certaine stabilité, Nouakchott choisit donc l’apaisement.
 

Mais dans le nord du Mali, les conséquences sont lourdes. Les populations touarègues dénoncent rapidement leur marginalisation. Elles accusent Bamako de négliger la région et de gouverner par la force. Plusieurs témoignages de l’époque évoquent des arrestations arbitraires, des humiliations publiques et une forte présence militaire. Beaucoup de familles quittent alors les villes pour retourner vivre dans des zones désertiques plus reculées.
 

Au fil des années, le mécontentement grandit. En 1990, une importante rébellion éclate sous la direction de Iyad Ag Ghali. Les rebelles réclament plus de justice, une meilleure représentation politique et davantage de développement pour l’Azawad. Un accord de paix est signé avec l’aide de l’Algérie, mais les promesses faites ne seront jamais totalement appliquées.
 

D’autres rébellions suivent dans les années 2000. Puis en 2012, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) lance une nouvelle offensive. Le groupe proclame l’indépendance de l’Azawad après plusieurs victoires militaires. Mais la situation se complique rapidement avec l’arrivée de groupes islamistes armés, qui prennent le contrôle de plusieurs villes du nord malien.
 

Malgré les divisions et les échecs politiques, l’idée de l’Azawad reste vivante chez une partie des populations du Sahara. Pour beaucoup, cette longue crise est le résultat de décennies de frustrations, de promesses non tenues et de tensions historiques jamais réellement réglées.

 
 
 
 
Félix N'Guessan

Lu 42 fois

Actualités | Politique | Femmes d'Afrique | Le Dossier | Interview | Faci | Police | Gendarmerie | Cafop | Ens | Autres concours administratifs | Infas



Hantavirus : la Côte d’Ivoire renforce la surveillance sanitaire après l’alerte de l’OMS

Titres publics : 22 milliards FCFA levés par le Benin auprès des investisseurs régionaux

Théâtre scolaire : N’Guessan Koffi mise sur les valeurs citoyennes pour former la jeunesse

Lutte contre la corruption : la HABG se dote d’un guide pour renforcer les enquêtes

Mali : une commission de suivi hebdomadaire pour sécuriser les corridors routiers

Mali : blocus de Bamako par le JNIM, le centre et le nord sous forte tension sécuritaire

RDC/Ituri : des cas d’Ebola signalés, plus de 65 décès enregistrés





Recherche

Inscription à la newsletter

Les News

Partager ce site


Partager ce site
Flux RSS
Galerie
Liste de liens