L’administration de Donald Trump examine la possibilité d’une opération militaire directe au Mali contre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Selon le Washington Post, des responsables américains actuels et anciens confirment que des discussions sont en cours au sein de l’exécutif, sans qu’aucune décision finale n’ait encore été arrêtée.
Au cœur du débat à Washington : la nécessité de contenir l’expansion d’un groupe jihadiste devenu l’une des principales menaces sécuritaires en Afrique de l’Ouest, face aux risques politiques et militaires qu’impliquerait une intervention américaine sur le terrain malien.
Sebastian Gorka, responsable du contre-terrorisme au Conseil de sécurité nationale, serait parmi les principaux défenseurs d’une action armée contre le JNIM. Une telle opération ferait du Mali le huitième pays ciblé par des frappes américaines depuis le début du second mandat de Donald Trump.
Le JNIM, une menace régionale grandissante
Créé en 2017 au Mali, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans s’est progressivement imposé comme l’organisation jihadiste la plus influente du Sahel. Profitant de l’instabilité politique et sécuritaire dans la région, le mouvement a étendu ses opérations au-delà des frontières maliennes vers le Burkina Faso, le Niger et certains pays côtiers d’Afrique de l’Ouest.
Classé organisation terroriste étrangère par les États-Unis, le JNIM dispose aujourd’hui de réseaux opérationnels, de capacités militaires et d’une implantation locale qui en font l’un des groupes armés les plus puissants du continent.
Le facteur russe complique l’équation
Une éventuelle intervention américaine au Mali poserait toutefois un défi majeur : la présence des forces russes aux côtés de l’armée malienne. Depuis le rapprochement entre Bamako et Moscou, des combattants russes, notamment issus de structures paramilitaires, accompagnent les forces maliennes dans leurs opérations contre les groupes armés.
Une confrontation directe entre forces américaines et russes apparaît peu probable, mais Washington pourrait être contraint de mettre en place des mécanismes de coordination militaire, similaires à ceux utilisés en Syrie pour éviter des incidents entre puissances rivales.
Entre lutte antiterroriste et controverses
La situation malienne reste particulièrement sensible. L’armée malienne et ses alliés russes sont régulièrement accusés par des organisations internationales de graves violations des droits humains. Selon les données du projet ACLED, les forces gouvernementales et leurs partenaires auraient été responsables de davantage de morts civiles que les groupes jihadistes au cours de la dernière année recensée.
Cette réalité complique le positionnement américain, alors que Washington tente depuis plusieurs mois de renouer le dialogue avec Bamako et de renforcer le partage de renseignements avec les autorités maliennes.
Le Sahel, nouveau terrain de rivalités internationales
En proie aux violences jihadistes depuis 2012, le Mali demeure au centre des bouleversements sécuritaires du Sahel. Entre montée en puissance des groupes armés, retrait progressif des partenaires occidentaux et rapprochement avec la Russie, le pays est devenu un espace stratégique où se croisent les enjeux de sécurité, d’influence et de souveraineté.
Une intervention américaine contre le JNIM, si elle venait à être décidée, marquerait un nouveau tournant dans l’engagement des grandes puissances au Sahel. Elle pourrait aussi ouvrir une nouvelle phase d’incertitudes dans une région déjà profondément fragilisée.




