Le 21 septembre 1995, le monde musical ivoirien perdait l’une de ses figures les plus singulières. Mian Banouakou Joseph Désiré, plus connu sous le pseudonyme de Scorpio, s’éteignait à l’âge de 27 ans. Une disparition prématurée qui mettait fin au parcours d’un artiste ayant marqué, avec le groupe RAS, les débuts du rap ivoirien.
Né en 1968 à Treichville, Scorpio doit son surnom à son signe astrologique. Après des passages au collège Saint-Paul puis à Saint-Michel, il poursuit sa scolarité en France. Mais en classe de 4e, ses parents décident de le rapatrier à Abidjan, après qu’il a cessé de fréquenter les cours. Il rejoint alors le Collège d’orientation de Treichville.
C’est dans cet environnement qu’il fait la connaissance de Turbo et Power, deux jeunes réputés pour leur style et leur popularité auprès des filles. Le courant passe rapidement entre les trois garçons. Même sens du rythme, même attitude, même envie de s’exprimer autrement : le trio va progressivement prendre forme et devenir RAS.
En 1989, RAS connaît une véritable consécration avec la sortie de l’album « Agnangnan », produit par François Konian. Le disque rencontre un succès considérable, avec plus de 130 000 exemplaires vendus selon les données rapportées à l’époque, et s’installe pendant plusieurs mois au sommet des hits ivoiriens.
Durant l’été 1989, le titre « Agnangnan » résonne régulièrement sur la première chaîne de télévision ivoirienne, notamment à travers Variétoscope. RAS devient alors l’un des groupes emblématiques d’une jeunesse ivoirienne qui découvre de nouvelles sonorités et de nouvelles façons de raconter son quotidien.
En 1990, Scorpio choisit toutefois de quitter le groupe pour tenter l’aventure en solo. Il publie deux albums, mais ceux-ci ne rencontrent pas le même écho que les productions de RAS.
À partir de 1994, la trajectoire de l’artiste se fragilise. Tombé malade, Scorpio fait l’objet de nombreux commentaires et de récits parfois contradictoires sur son état. Certains vont jusqu’à affirmer qu’il aurait perdu la raison. Des témoignages qui, avec le temps, ont contribué à entourer ses dernières années de nombreuses zones d’ombre.
En février 1995, quelques mois avant sa disparition, Scorpio accorde une ultime interview au quotidien Ivoire Soir. Il disparaît finalement le 21 septembre 1995, à seulement 27 ans.
Trente et un ans après sa mort, son nom reste associé à l’histoire des premières grandes heures du rap ivoirien. Avec Turbo et Power, Scorpio aura contribué à installer RAS parmi les groupes qui ont ouvert la voie à une nouvelle génération d’artistes en Côte d’Ivoire.





