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Burkina-Côte d’Ivoire : derrière les routes de la migration, une réalité qui dérange

Lundi 21 Septembre 2026 - 13:54

Dix-huit ans après le drame de Boromo, la route vers la Côte d’Ivoire demeure pour de nombreux Burkinabè un chemin d’espoir, parfois emprunté dans des conditions qui interrogent.


À Bouaké, 14 voyageurs burkinabè avaient été découverts en juin 2020, dissimulés parmi des moutons dans un camion de bétail.
À Bouaké, 14 voyageurs burkinabè avaient été découverts en juin 2020, dissimulés parmi des moutons dans un camion de bétail.

Sur la route qui relie le Burkina Faso à la Côte d’Ivoire, l’espoir côtoie parfois le danger. Des milliers de voyageurs continuent de franchir la frontière à la recherche de travail, de sécurité ou de meilleures conditions de vie, certains au péril de leur existence.
 

2008, à Boromo, la plus grande tragédie sur la route Burkina-Côte d’Ivoire

Le 15 novembre 2008, la route de la Côte d’Ivoire s’est transformée en tombeau. Parti de Koudougou à destination de San Pedro, un autocar surchargé est entré en collision avec un camion près de Boromo. Prévu pour transporter environ 60 personnes, le car en avait embarqué près de 90. L’incendie qui a suivi a provoqué un bilan effroyable. Les premières sources burkinabè avaient fait état de 66 morts, tandis que des documents et bilans ultérieurs retiennent 72 victimes.
 

Le ministère burkinabè des Transports avait notamment relevé plusieurs facteurs ayant contribué à la gravité du drame : surcharge du véhicule, absence de liste des voyageurs, transport simultané de personnes et de marchandises, ainsi que fatigue des conducteurs.
 

La destination n’était ni Ouagadougou, ni Bobo-Dioulasso, ni une autre ville burkinabè. C’était San Pedro, en Côte d’Ivoire. La plupart des victimes étaient originaires de localités proches de Koudougou et espéraient rejoindre le pays voisin pour travailler, commercer ou retrouver des proches.
 

Dix-huit ans plus tard, le drame de Boromo conserve ainsi une dimension particulière. Il rappelle aussi la force de l’attraction exercée depuis des décennies par la Côte d’Ivoire sur les populations burkinabè.
 

Une migration qui raconte aussi les difficultés du Burkina

2008, à Boromo, la plus grande tragédie sur la route Burkina-Côte d’Ivoire

Le 15 novembre 2008, la route de la Côte d’Ivoire s’est transformée en tombeau. Parti de Koudougou à destination de San Pedro, un autocar surchargé est entré en collision avec un camion près de Boromo. Prévu pour transporter environ 60 personnes, le car en avait embarqué près de 90. L’incendie qui a suivi a provoqué un bilan effroyable. Les premières sources burkinabè avaient fait état de 66 morts, tandis que des documents et bilans ultérieurs retiennent 72 victimes.

Le ministère burkinabè des Transports avait notamment relevé plusieurs facteurs ayant contribué à la gravité du drame : surcharge du véhicule, absence de liste des voyageurs, transport simultané de personnes et de marchandises, ainsi que fatigue des conducteurs.

La destination n’était ni Ouagadougou, ni Bobo-Dioulasso, ni une autre ville burkinabè. C’était San Pedro, en Côte d’Ivoire. La plupart des victimes étaient originaires de localités proches de Koudougou et espéraient rejoindre le pays voisin pour travailler, commercer ou retrouver des proches.

Dix-huit ans plus tard, le drame de Boromo conserve ainsi une dimension particulière. Il rappelle aussi la force de l’attraction exercée depuis des décennies par la Côte d’Ivoire sur les populations burkinabè.
 

Quand la route de l’espoir devient un voyage à haut risque

La réalité migratoire actuelle est évidemment plus complexe qu’un simple mouvement de personnes à la recherche d’un emploi. La Côte d’Ivoire accueille depuis longtemps une importante communauté burkinabè. Le recensement ivoirien de 2021 dénombrait 4,056 millions de ressortissants burkinabè, soit 62,8 % des étrangers recensés dans le pays.

Mais, à côté des voies régulières, certaines personnes tentent encore de rejoindre clandestinement la Côte d’Ivoire dans des conditions extrêmement dangereuses. En juin 2020, 14 voyageurs burkinabè avaient notamment été découverts dissimulés parmi des moutons dans un camion de transport de bétail à Bouaké. D’autres cas ont également été signalés, avec des passagers embarqués dans des camions de marchandises ou de bétail.
 

Ces pratiques rappellent une réalité ancienne de la sous-région : lorsque les voies normales deviennent difficiles ou coûteuses, certains voyageurs prennent des risques considérables pour rejoindre la Côte d’Ivoire. Autrefois, le train à bétail pouvait symboliser ces déplacements précaires. Aujourd’hui, ce sont parfois les camions de marchandises et de bétail qui servent de moyens de passage clandestin.
 

Derrière ces voyages se trouvent des hommes, des femmes et des jeunes qui cherchent du travail, veulent retrouver leurs proches ou espèrent simplement améliorer leurs conditions de vie. Pour certains, le voyage commence par un car surchargé, une traversée clandestine ou un transport improvisé. Dans ces conditions, la frontière devient moins une ligne géographique qu’une étape supplémentaire sur une longue route de survie ou d’espoir.
 

Une migration qui raconte aussi les difficultés du Burkina

À cette migration ancienne s’ajoutent désormais les déplacements forcés provoqués par l’insécurité. Selon le HCR, plus de 150 000 personnes ayant fui le Burkina Faso ont demandé protection dans les pays côtiers depuis 2021. En Côte d’Ivoire, les statistiques disponibles faisaient état de 71 469 réfugiés burkinabè au 31 mai 2026.
 

Le phénomène interpelle d’autant plus que les autorités burkinabè mettent régulièrement en avant les progrès accomplis et la capacité du pays à faire face à ses difficultés. Sans établir de lien automatique entre ces discours et les mouvements migratoires, la persistance de ces départs constitue néanmoins un indicateur social qui mérite d’être observé. Pourquoi des hommes, des femmes et des jeunes continuent-ils à prendre de tels risques pour rejoindre la Côte d’Ivoire ?

La question mérite d’être posée sans stigmatiser les Burkinabè. La Côte d’Ivoire n’est pas seulement une destination migratoire : elle demeure un espace économique régional majeur, qui accueille depuis des générations des ressortissants du Burkina Faso.

Le phénomène de l’orpaillage clandestin ajoute une autre dimension à cette mobilité. Les opérations ivoiriennes menées récemment ont conduit à l’interpellation de ressortissants burkinabè parmi les personnes arrêtées sur certains sites illégaux. Le 19 août 2026, par exemple, quatre Burkinabè figuraient parmi les sept personnes interpellées lors d’opérations menées dans plusieurs régions ivoiriennes. À Kokoumbo, le 12 septembre, quatre autres ressortissants burkinabè figuraient parmi les sept personnes arrêtées. Ces chiffres ne permettent évidemment pas de généraliser à l’ensemble de la communauté burkinabè.

De Boromo aux frontières actuelles, une même réalité demeure : pour beaucoup, la route vers la Côte d’Ivoire reste celle de l’espoir. Mais lorsque cette route impose la surcharge, la clandestinité ou des conditions inhumaines, elle rappelle surtout qu’une migration importante peut aussi être le reflet de difficultés économiques, sécuritaires et sociales qui poussent certaines populations à chercher ailleurs de meilleures conditions de vie.
Le 15 novembre 2008, 72 personnes sont mortes sur cette route. Leur mémoire rappelle une évidence : il ne faut jamais banaliser les conditions dans lesquelles des hommes et des femmes prennent la route à la recherche d’une vie meilleure.

Félix N'Guessan

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Félix N'Guessan

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