Ouloto Tiédé Manuel , (Coordonateur du Projet de Promotion de la Caféiculture dans le Cavally (2PCC)
Vous avez vécu plusieurs années en France avant de faire le choix de revenir vous installer dans votre région d’origine, le Cavally. Quel a été le déclic qui vous a poussé à quitter une vie en Europe pour investir dans votre terroir ?
Effectivement, j’avais une vie bien établie en France, mais rien ne vaut une vision. Et, il est dit que « là ou se trouve ton cœur là se trouve ton trésor ». J’avais donc cette vision pour une agriculture moderne tournée vers la transformation locale. Je suis donc rentré en Côte d’Ivoire afin d’apporter mon expertise, mon savoir-faire et contribuer au développement de mon pays à travers une agriculture moderne, dynamique et durable.
À votre retour, pourquoi avoir choisi de faire de la caféiculture le cœur de votre engagement, alors que cette filière était souvent considérée comme en perte de vitesse ?
Du café et du cacao, le plus consommé est le café. Alors, lorsque je suis rentré au pays, j’ai constaté que la caféiculture, qui avait pourtant contribué à la prospérité la Côte d’Ivoire, vu que nous étions 3eme producteur de café dans le monde, traversait une période de recul. Elle avait disparu de nos activités agricoles. Plutôt que d’y voir une fatalité, j’y ai vu un potentiel de relance. Pour moi, il était important de revenir à ces fondamentaux. Mon choix s’explique aussi par ma conviction que le café demeure une culture stratégique pour notre région, et partant pour notre pays en termes de diversification et de performance.
Vous affirmez que le Cavally possède un potentiel exceptionnel pour la production de café. Quels sont, selon vous, les principaux atouts naturels, humains et économiques qui distinguent cette région des autres bassins de production ?
La région du Cavally, située à l’Ouest de la Côte d’Ivoire, réunit de nombreux atouts pour redevenir un grand bassin de production caféière en Côte d’Ivoire ; malgré les défis de redynamisation et de concurrence face au cacao qu’elle traverse. Tout d’abord, elle dispose d’un potentiel pédoclimatique fort pour la caféiculture, un environnement naturel particulièrement favorable :
- Les sols, forestiers riches et fertiles, arables propices aux cultures pérennes de l’Ouest Ivoirien ;
- Le climat tropical humide, caractérisé par une bonne pluviométrie, est favorable à la croissance des caféiers.
Ensuite, il y a le capital humain. La région (englobant Bloléquin, Guiglo, Toulepleu et Tai ) représente un bassin historique qui figure parmi les zones traditionnelles de production.
En effet, les populations du Cavally possèdent une véritable tradition agricole. De nombreuses familles ont longtemps vécu de la caféiculture et disposent encore d’un savoir-faire précieux. Ce patrimoine de connaissances mérite d’être modernisé et transmis aux jeunes générations afin de garantir la relève.
Sur le plan économique, notre région offre également des perspectives intéressantes. La proximité des pays voisins ouvre des opportunités commerciales, tandis que le développement des infrastructures et l’amélioration des chaînes de valeur peuvent faciliter la collecte, la transformation et la commercialisation du café.
En outre, les différents projets de développement amorcés par le Conseil régional du Cavally sont des signes du fort potentiel économique présent.
Quelle est votre vision de la caféiculture dans le Cavally à l’horizon 2035, et quelle contribution cette région peut-elle apporter au repositionnement de la Côte d’Ivoire parmi les grands producteurs mondiaux de café?
À l’horizon 2035, la vision pour la caféiculture s’oriente vers une transition agroécologique profonde, une traçabilité rigoureuse, et une augmentation de la transformation locale. Portée par des structures comme le Conseil du Café-Cacao, elle vise à concilier productivité durable et résilience climatique face aux exigences internationales.
En d’autres termes, je souhaite voir le Cavally redevenir une référence nationale et sous-régionale en matière de caféiculture durable, moderne et compétitive.
Le Cavally possède tous les atouts pour jouer un rôle majeur dans le repositionnement de la Côte d’Ivoire sur la scène internationale. Grâce à la qualité de ses terres, à l’expérience de ses producteurs et au dynamisme de sa jeunesse, notre région peut contribuer à accroître la production nationale tout en répondant aux exigences croissantes des marchés internationaux en matière de qualité, de traçabilité et de durabilité.
Je suis également convaincu que l’avenir de notre filière passe par une meilleure organisation des coopératives, un accès facilité au financement, le développement des infrastructures rurales et l’investissement dans la transformation locale.
Vous ambitionnez de développer 1.000 hectares de nouvelles plantations. Comment ce projet sera-t-il mis en œuvre concrètement et quels sont les principaux défis que vous devrez relever pour atteindre cet objectif ?
Cette ambition est l’objectif premier du projet 2PCC dans le Cavally. Il s’agit du Projet de Promotion de la Caféiculture dans le Cavally, une initiative du Conseil régional visant à relancer la culture du café dans la région sur trois ans et installer des unités industrielles locales. Le but visé du 2PCC est de créer une agriculture durable, génératrice de revenus et mieux adaptée aux réalités pédologiques du Cavally.
Concrètement, ce Projet se fera étape par étape, à travers trois (3) composantes, à savoir (i)l’identification des producteurs bénéficiaires, (ii) la sensibilisation des acteurs de la chaîne de valeur, et enfin (iii) la création de plantations.
En premier lieu, il entend réaliser, de 2025 à 2026, 400 hectares de pépinières de café dans les quatre départements de la région, au profit des producteurs bénéficiaires. Plusieurs sites de pépinières ont été définis à travers la région (Taï, Zagné, Goya, Toulepleu, Bougalou, Kéibly et Tinhou). Certains sites sont bien avancés et satisfaisants.
Ensuite, la sensibilisation porte sur près de 300 coopératives agricoles. Elles font l’objet d’un programme de diagnostic et de restructuration destiné à améliorer leur performance économique.
Enfin, la création de 1.000 hectares effectif de plantations de caféiers dans le bassin du Cavally sera le point culminent pour la redynamisation et la modernisation de l’agriculture locale à travers la caféiculture.
Toutefois, la stratégie régionale vise également à créer davantage de valeur ajoutée localement. Nous devons ajouter que ce projet ne saurait être complet sans la création effective d’unités industrielles de transformation locales des productions agricoles extraites de ce projet. Pour atteindre cet objectif, les principaux défis à relever concernent le foncier rural, le chômage des jeunes, certaines infrastructures encore attendues et le renforcement de la cohésion sociale.
Au-delà de la distribution de plants, quel dispositif d’accompagnement avez-vous prévu pour garantir la réussite des producteurs : formation, encadrement technique, accès aux financements, commercialisation ou transformation ?
Nous avons prévu effectivement tout un dispositif d’accompagnement pour nos bénéficiaires axé sur :
- Une phase d’information et sensibilisation sur le projet (but, perspectives et résultats), d’identification des producteurs bénéficiaires et de formation aux nouvelles techniques agricoles pour améliorer la structure, la vigueur et le rendement de leurs plantations ;
- Un encadrement technique avec le soutien de l’ANADER, et d’autres partenaires techniques ;
-Un soutien matériel par la distribution de 560.000 unités de sacherie, 40 arrosoirs, 20 atomiseurs, et deux cartons de 12 bouteilles, d’engrais bio aux bénéficiaires ;
- Une création d’unités industrielles locales de transformation des produits aux fins de l’autonomisation des producteurs et la valorisation des productions réalisées.
Pourquoi les jeunes et les femmes devraient-ils rejoindre cette initiative ? Quelles opportunités réelles de création d’emplois, de revenus et d’entrepreneuriat ce projet peut-il leur offrir?
Pour nous, ce projet 2PCC vise à long terme la création d’emplois pour les jeunes et l’autonomisation économique des femmes. Ce sont deux (2) franges de la population assez vulnérables économiquement parlant.
Il convient alors de rendre les femmes et les jeunes autonomes et financièrement indépendantes par l’adhésion à posséder des plantations à cultiver pour les femmes, la formation agricole et l’insertion professionnelle des jeunes dans les plantations du 2PCC. Les opportunités sont réelles, mais le défi sera de les faire adhérer et participer à ce programme.
Beaucoup de jeunes pensent que leur avenir se trouve uniquement en ville ou à l’étranger. Quel message souhaitez-vous leur adresser pour leur montrer que la terre peut également être une source de réussite et de prospérité?
Je voudrais dire à la jeunesse que l’avenir ne se trouve pas uniquement en ville ou à l’étranger. Il se construit avant tout là où existent des opportunités, et notre terre en regorge.
Avec de la formation, de la détermination et une vision claire, un jeune peut réussir dans l’agriculture tout autant que dans n’importe quel autre secteur d’activité. J’encourage les jeunes à changer leur regard sur la terre. Elle ne doit plus être perçue comme un signe de difficulté ou de résignation, mais comme un véritable patrimoine, un investissement d’avenir et une source de prospérité. Ceux qui sauront innover, transformer les produits localement et créer de la valeur seront les entrepreneurs agricoles de demain. Je voudrais enfin leur adresser ce message: n’ayez pas peur de rêver grand, mais n’oubliez jamais que les plus grandes réussites naissent souvent là où l’on décide de bâtir, de créer et de servir sa communauté. Le développement de la Côte d’Ivoire passera par une jeunesse audacieuse, enracinée dans ses valeurs, ouverte sur le monde et déterminée à transformer ses richesses locales en prospérité durable.
Vous êtes également à l’origine d’Agrichoco Foot. Comment est née l’idée de rapprocher le football et la caféiculture, deux univers qui semblent pourtant éloignés ?
Le tournoi AGRICHOCO FOOT est né de la nécessité de réconcilier la jeunesse avec l’agriculture. Il a pour vocation de promouvoir le football comme un puissant levier d’éducation, de cohésion sociale et de développement communautaire, tout en valorisant l’agriculture, en particulier la filière caféière, richesse économique de la région du Cavally.
Le football constitue, en effet, un excellent levier pour transmettre aux jeunes les valeurs de discipline, de persévérance, d’esprit d’équipe et de dépassement de soi, indispensables aussi bien sur un terrain de sport que dans les plantations.
Organisée dans le cadre du Projet de Promotion de la Caféiculture dans le Cavally (2PCC), cette compétition ambitionne de sensibiliser les jeunes aux opportunités qu’offre la filière café tout en renforçant la cohésion sociale à travers le sport.
AGRICHOCO FOOT est-il simplement un tournoi de football ou constitue-t-il un véritable outil de sensibilisation et de mobilisation de la jeunesse en faveur de l’agriculture ?
AGRICHO FOOT constitue un véritable outil de sensibilisation et de mobilisation de la jeunesse en faveur de l’agriculture.
En effet, à travers ce tournoi, le Conseil régional du Cavally confirme son engagement à faire du sport un puissant outil de développement, en mobilisant la jeunesse autour d’une agriculture moderne, compétitive et durable, avec la relance de la caféiculture comme priorité stratégique pour la région.
Concrètement, comment se déroulera Agrichoco Foot ? Qui pourra y participer, quelles seront les différentes phases de la compétition et quelles retombées attendez-vous pour les participants et les communautés ?
Le tournoi réunira 24 équipes représentant les villages, quartiers et communautés de la région de Cavally (4 départements à savoir Guiglo, Bloléquin, Tai et Toulepleu). La compétition se déroulera du 11 juillet 2026 au 14 février 2027, selon un calendrier comprenant:
- Une cérémonie officielle de lancement ;
- Une phase de matchs de Poules ;
- Les Finales par Département ;
- Les demi-finales ;
- Le match de Classement ;
- La grande finale suivie de la cérémonie de remise des trophées.
Tout au long de la compétition, des activités de sensibilisation sur l’agriculture caféière, l’environnement et l’entrepreneuriat seront organisées au profit des participants et du public. Des animations culturelles et artistiques, ainsi que des espaces gastronomiques et ludiques seront installés pour les phases finales.
En associant le football à la promotion de la filière caféière, le tournoi contribue à renforcer l’attractivité du territoire, à créer des opportunités économiques et à valoriser les initiatives locales. Il ambitionne de devenir, au fil des éditions, un rendez-vous incontournable de la jeunesse et un modèle de partenariat entre sport, agriculture et développement durable dans la région du Cavally.
Si votre projet atteint ses objectifs, à quoi ressemblera le Cavally dans dix ans ? Quel impact imaginez-vous sur l’économie régionale, l’emploi des jeunes et l’attractivité du territoire ?
Dans 10 ans, comme je l’ai dit, et si tous les projets sont correctement réalisés, suivis et encadrés, le Cavally aura achevé sa transition agroécologique profonde, avec une traçabilité rigoureuse, et une augmentation de la production et de la transformation locale.
Elle deviendra le vivier par excellence et un modèle de réussite dans le pays et la sous-région, en termes de compétences agricoles, productivité caféière durable, moderne et compétitive face aux exigences internationales. Au niveau des jeunes, le taux d’employabilité aura atteint un excellent taux avec des jeunes propriétaires de plantations et producteurs formés aux nouvelles techniques agricoles.
Le modèle que vous développez dans le Cavally a-t-il vocation à être reproduit dans d’autres régions de Côte d’Ivoire, voire dans d’autres pays africains ?
Pour le moment, nous nous axons sur la mise en œuvre totale du projet, son adhésion par la population et surtout sa pérennisation dans cette zone forestière. Par la suite, nous verrons si ce modèle est apte à être déployé dans d’autres zones de la Côte d’Ivoire, voire dans d’autres pays africains.
Enfin, avec le recul, considérez-vous votre retour de France comme le plus grand pari de votre vie ? Quel héritage souhaitez-vous laisser aux générations futures à travers votre engagement en faveur de la caféiculture et du développement du Cavally ?
Avec le recul, non, je ne dirai pas comme le plus grand pari de ma vie, mais plutôt comme la plus grande réussite de ma vie. En poursuivant ma vision, je suis justement en train de laisser un héritage aux générations futures, d’engagement, de conviction, de résilience et de développement durable en faveur de son pays. Je l’ai dit plus haut: « là où se trouve ton cœur se trouve ton trésor ». Il n’y a pas de plus grand bonheur que d’accomplir sa mission sur cette terre. La mienne, je l’ai trouvé, celle de participer au développement de mon pays, de ma région en y apportant tout mon expertise afin de valoriser nos produits par une agriculture moderne, tournée vers les exigences des normes internationales afin d’avoir une production de qualité et permettre aux producteurs d’avoir une meilleure rentabilité et qualité de vie.
Effectivement, j’avais une vie bien établie en France, mais rien ne vaut une vision. Et, il est dit que « là ou se trouve ton cœur là se trouve ton trésor ». J’avais donc cette vision pour une agriculture moderne tournée vers la transformation locale. Je suis donc rentré en Côte d’Ivoire afin d’apporter mon expertise, mon savoir-faire et contribuer au développement de mon pays à travers une agriculture moderne, dynamique et durable.
À votre retour, pourquoi avoir choisi de faire de la caféiculture le cœur de votre engagement, alors que cette filière était souvent considérée comme en perte de vitesse ?
Du café et du cacao, le plus consommé est le café. Alors, lorsque je suis rentré au pays, j’ai constaté que la caféiculture, qui avait pourtant contribué à la prospérité la Côte d’Ivoire, vu que nous étions 3eme producteur de café dans le monde, traversait une période de recul. Elle avait disparu de nos activités agricoles. Plutôt que d’y voir une fatalité, j’y ai vu un potentiel de relance. Pour moi, il était important de revenir à ces fondamentaux. Mon choix s’explique aussi par ma conviction que le café demeure une culture stratégique pour notre région, et partant pour notre pays en termes de diversification et de performance.
Vous affirmez que le Cavally possède un potentiel exceptionnel pour la production de café. Quels sont, selon vous, les principaux atouts naturels, humains et économiques qui distinguent cette région des autres bassins de production ?
La région du Cavally, située à l’Ouest de la Côte d’Ivoire, réunit de nombreux atouts pour redevenir un grand bassin de production caféière en Côte d’Ivoire ; malgré les défis de redynamisation et de concurrence face au cacao qu’elle traverse. Tout d’abord, elle dispose d’un potentiel pédoclimatique fort pour la caféiculture, un environnement naturel particulièrement favorable :
- Les sols, forestiers riches et fertiles, arables propices aux cultures pérennes de l’Ouest Ivoirien ;
- Le climat tropical humide, caractérisé par une bonne pluviométrie, est favorable à la croissance des caféiers.
Ensuite, il y a le capital humain. La région (englobant Bloléquin, Guiglo, Toulepleu et Tai ) représente un bassin historique qui figure parmi les zones traditionnelles de production.
En effet, les populations du Cavally possèdent une véritable tradition agricole. De nombreuses familles ont longtemps vécu de la caféiculture et disposent encore d’un savoir-faire précieux. Ce patrimoine de connaissances mérite d’être modernisé et transmis aux jeunes générations afin de garantir la relève.
Sur le plan économique, notre région offre également des perspectives intéressantes. La proximité des pays voisins ouvre des opportunités commerciales, tandis que le développement des infrastructures et l’amélioration des chaînes de valeur peuvent faciliter la collecte, la transformation et la commercialisation du café.
En outre, les différents projets de développement amorcés par le Conseil régional du Cavally sont des signes du fort potentiel économique présent.
Quelle est votre vision de la caféiculture dans le Cavally à l’horizon 2035, et quelle contribution cette région peut-elle apporter au repositionnement de la Côte d’Ivoire parmi les grands producteurs mondiaux de café?
À l’horizon 2035, la vision pour la caféiculture s’oriente vers une transition agroécologique profonde, une traçabilité rigoureuse, et une augmentation de la transformation locale. Portée par des structures comme le Conseil du Café-Cacao, elle vise à concilier productivité durable et résilience climatique face aux exigences internationales.
En d’autres termes, je souhaite voir le Cavally redevenir une référence nationale et sous-régionale en matière de caféiculture durable, moderne et compétitive.
Le Cavally possède tous les atouts pour jouer un rôle majeur dans le repositionnement de la Côte d’Ivoire sur la scène internationale. Grâce à la qualité de ses terres, à l’expérience de ses producteurs et au dynamisme de sa jeunesse, notre région peut contribuer à accroître la production nationale tout en répondant aux exigences croissantes des marchés internationaux en matière de qualité, de traçabilité et de durabilité.
Je suis également convaincu que l’avenir de notre filière passe par une meilleure organisation des coopératives, un accès facilité au financement, le développement des infrastructures rurales et l’investissement dans la transformation locale.
Vous ambitionnez de développer 1.000 hectares de nouvelles plantations. Comment ce projet sera-t-il mis en œuvre concrètement et quels sont les principaux défis que vous devrez relever pour atteindre cet objectif ?
Cette ambition est l’objectif premier du projet 2PCC dans le Cavally. Il s’agit du Projet de Promotion de la Caféiculture dans le Cavally, une initiative du Conseil régional visant à relancer la culture du café dans la région sur trois ans et installer des unités industrielles locales. Le but visé du 2PCC est de créer une agriculture durable, génératrice de revenus et mieux adaptée aux réalités pédologiques du Cavally.
Concrètement, ce Projet se fera étape par étape, à travers trois (3) composantes, à savoir (i)l’identification des producteurs bénéficiaires, (ii) la sensibilisation des acteurs de la chaîne de valeur, et enfin (iii) la création de plantations.
En premier lieu, il entend réaliser, de 2025 à 2026, 400 hectares de pépinières de café dans les quatre départements de la région, au profit des producteurs bénéficiaires. Plusieurs sites de pépinières ont été définis à travers la région (Taï, Zagné, Goya, Toulepleu, Bougalou, Kéibly et Tinhou). Certains sites sont bien avancés et satisfaisants.
Ensuite, la sensibilisation porte sur près de 300 coopératives agricoles. Elles font l’objet d’un programme de diagnostic et de restructuration destiné à améliorer leur performance économique.
Enfin, la création de 1.000 hectares effectif de plantations de caféiers dans le bassin du Cavally sera le point culminent pour la redynamisation et la modernisation de l’agriculture locale à travers la caféiculture.
Toutefois, la stratégie régionale vise également à créer davantage de valeur ajoutée localement. Nous devons ajouter que ce projet ne saurait être complet sans la création effective d’unités industrielles de transformation locales des productions agricoles extraites de ce projet. Pour atteindre cet objectif, les principaux défis à relever concernent le foncier rural, le chômage des jeunes, certaines infrastructures encore attendues et le renforcement de la cohésion sociale.
Au-delà de la distribution de plants, quel dispositif d’accompagnement avez-vous prévu pour garantir la réussite des producteurs : formation, encadrement technique, accès aux financements, commercialisation ou transformation ?
Nous avons prévu effectivement tout un dispositif d’accompagnement pour nos bénéficiaires axé sur :
- Une phase d’information et sensibilisation sur le projet (but, perspectives et résultats), d’identification des producteurs bénéficiaires et de formation aux nouvelles techniques agricoles pour améliorer la structure, la vigueur et le rendement de leurs plantations ;
- Un encadrement technique avec le soutien de l’ANADER, et d’autres partenaires techniques ;
-Un soutien matériel par la distribution de 560.000 unités de sacherie, 40 arrosoirs, 20 atomiseurs, et deux cartons de 12 bouteilles, d’engrais bio aux bénéficiaires ;
- Une création d’unités industrielles locales de transformation des produits aux fins de l’autonomisation des producteurs et la valorisation des productions réalisées.
Pourquoi les jeunes et les femmes devraient-ils rejoindre cette initiative ? Quelles opportunités réelles de création d’emplois, de revenus et d’entrepreneuriat ce projet peut-il leur offrir?
Pour nous, ce projet 2PCC vise à long terme la création d’emplois pour les jeunes et l’autonomisation économique des femmes. Ce sont deux (2) franges de la population assez vulnérables économiquement parlant.
Il convient alors de rendre les femmes et les jeunes autonomes et financièrement indépendantes par l’adhésion à posséder des plantations à cultiver pour les femmes, la formation agricole et l’insertion professionnelle des jeunes dans les plantations du 2PCC. Les opportunités sont réelles, mais le défi sera de les faire adhérer et participer à ce programme.
Beaucoup de jeunes pensent que leur avenir se trouve uniquement en ville ou à l’étranger. Quel message souhaitez-vous leur adresser pour leur montrer que la terre peut également être une source de réussite et de prospérité?
Je voudrais dire à la jeunesse que l’avenir ne se trouve pas uniquement en ville ou à l’étranger. Il se construit avant tout là où existent des opportunités, et notre terre en regorge.
Avec de la formation, de la détermination et une vision claire, un jeune peut réussir dans l’agriculture tout autant que dans n’importe quel autre secteur d’activité. J’encourage les jeunes à changer leur regard sur la terre. Elle ne doit plus être perçue comme un signe de difficulté ou de résignation, mais comme un véritable patrimoine, un investissement d’avenir et une source de prospérité. Ceux qui sauront innover, transformer les produits localement et créer de la valeur seront les entrepreneurs agricoles de demain. Je voudrais enfin leur adresser ce message: n’ayez pas peur de rêver grand, mais n’oubliez jamais que les plus grandes réussites naissent souvent là où l’on décide de bâtir, de créer et de servir sa communauté. Le développement de la Côte d’Ivoire passera par une jeunesse audacieuse, enracinée dans ses valeurs, ouverte sur le monde et déterminée à transformer ses richesses locales en prospérité durable.
Vous êtes également à l’origine d’Agrichoco Foot. Comment est née l’idée de rapprocher le football et la caféiculture, deux univers qui semblent pourtant éloignés ?
Le tournoi AGRICHOCO FOOT est né de la nécessité de réconcilier la jeunesse avec l’agriculture. Il a pour vocation de promouvoir le football comme un puissant levier d’éducation, de cohésion sociale et de développement communautaire, tout en valorisant l’agriculture, en particulier la filière caféière, richesse économique de la région du Cavally.
Le football constitue, en effet, un excellent levier pour transmettre aux jeunes les valeurs de discipline, de persévérance, d’esprit d’équipe et de dépassement de soi, indispensables aussi bien sur un terrain de sport que dans les plantations.
Organisée dans le cadre du Projet de Promotion de la Caféiculture dans le Cavally (2PCC), cette compétition ambitionne de sensibiliser les jeunes aux opportunités qu’offre la filière café tout en renforçant la cohésion sociale à travers le sport.
AGRICHOCO FOOT est-il simplement un tournoi de football ou constitue-t-il un véritable outil de sensibilisation et de mobilisation de la jeunesse en faveur de l’agriculture ?
AGRICHO FOOT constitue un véritable outil de sensibilisation et de mobilisation de la jeunesse en faveur de l’agriculture.
En effet, à travers ce tournoi, le Conseil régional du Cavally confirme son engagement à faire du sport un puissant outil de développement, en mobilisant la jeunesse autour d’une agriculture moderne, compétitive et durable, avec la relance de la caféiculture comme priorité stratégique pour la région.
Concrètement, comment se déroulera Agrichoco Foot ? Qui pourra y participer, quelles seront les différentes phases de la compétition et quelles retombées attendez-vous pour les participants et les communautés ?
Le tournoi réunira 24 équipes représentant les villages, quartiers et communautés de la région de Cavally (4 départements à savoir Guiglo, Bloléquin, Tai et Toulepleu). La compétition se déroulera du 11 juillet 2026 au 14 février 2027, selon un calendrier comprenant:
- Une cérémonie officielle de lancement ;
- Une phase de matchs de Poules ;
- Les Finales par Département ;
- Les demi-finales ;
- Le match de Classement ;
- La grande finale suivie de la cérémonie de remise des trophées.
Tout au long de la compétition, des activités de sensibilisation sur l’agriculture caféière, l’environnement et l’entrepreneuriat seront organisées au profit des participants et du public. Des animations culturelles et artistiques, ainsi que des espaces gastronomiques et ludiques seront installés pour les phases finales.
En associant le football à la promotion de la filière caféière, le tournoi contribue à renforcer l’attractivité du territoire, à créer des opportunités économiques et à valoriser les initiatives locales. Il ambitionne de devenir, au fil des éditions, un rendez-vous incontournable de la jeunesse et un modèle de partenariat entre sport, agriculture et développement durable dans la région du Cavally.
Si votre projet atteint ses objectifs, à quoi ressemblera le Cavally dans dix ans ? Quel impact imaginez-vous sur l’économie régionale, l’emploi des jeunes et l’attractivité du territoire ?
Dans 10 ans, comme je l’ai dit, et si tous les projets sont correctement réalisés, suivis et encadrés, le Cavally aura achevé sa transition agroécologique profonde, avec une traçabilité rigoureuse, et une augmentation de la production et de la transformation locale.
Elle deviendra le vivier par excellence et un modèle de réussite dans le pays et la sous-région, en termes de compétences agricoles, productivité caféière durable, moderne et compétitive face aux exigences internationales. Au niveau des jeunes, le taux d’employabilité aura atteint un excellent taux avec des jeunes propriétaires de plantations et producteurs formés aux nouvelles techniques agricoles.
Le modèle que vous développez dans le Cavally a-t-il vocation à être reproduit dans d’autres régions de Côte d’Ivoire, voire dans d’autres pays africains ?
Pour le moment, nous nous axons sur la mise en œuvre totale du projet, son adhésion par la population et surtout sa pérennisation dans cette zone forestière. Par la suite, nous verrons si ce modèle est apte à être déployé dans d’autres zones de la Côte d’Ivoire, voire dans d’autres pays africains.
Enfin, avec le recul, considérez-vous votre retour de France comme le plus grand pari de votre vie ? Quel héritage souhaitez-vous laisser aux générations futures à travers votre engagement en faveur de la caféiculture et du développement du Cavally ?
Avec le recul, non, je ne dirai pas comme le plus grand pari de ma vie, mais plutôt comme la plus grande réussite de ma vie. En poursuivant ma vision, je suis justement en train de laisser un héritage aux générations futures, d’engagement, de conviction, de résilience et de développement durable en faveur de son pays. Je l’ai dit plus haut: « là où se trouve ton cœur se trouve ton trésor ». Il n’y a pas de plus grand bonheur que d’accomplir sa mission sur cette terre. La mienne, je l’ai trouvé, celle de participer au développement de mon pays, de ma région en y apportant tout mon expertise afin de valoriser nos produits par une agriculture moderne, tournée vers les exigences des normes internationales afin d’avoir une production de qualité et permettre aux producteurs d’avoir une meilleure rentabilité et qualité de vie.





