Le football offre parfois des fins qui ressemblent à des victoires. Celle d'Emerse Faé appartient à cette catégorie. En décidant de ne pas renouveler le contrat du sélectionneur national arrivé à son terme, la Fédération ivoirienne de football (FIF) tourne une page importante de son histoire. Mais contrairement à bien des séparations souvent marquées par les tensions, les échecs ou les désillusions, celle-ci laisse derrière elle un sentiment de fierté collective.
Emerse Faé ne quitte pas les Éléphants dans la polémique. Il s'en va avec les honneurs, le respect de ses joueurs, la reconnaissance des supporters et surtout un palmarès qui restera gravé dans la mémoire du football ivoirien. Lorsqu'il est appelé à succéder en urgence à Jean-Louis Gasset, en pleine CAN 2023, rares sont ceux qui imaginent un tel scénario. La Côte d'Ivoire vient d'encaisser un humiliant 4-0 face à la Guinée équatoriale. Les Éléphants ne doivent leur qualification qu'à un concours de circonstances et le moral est au plus bas. Faé hérite alors d'une équipe en crise, sous une immense pression populaire.
La suite appartient désormais à l'histoire. En quelques jours, le jeune technicien transforme une sélection au bord de l'élimination en une équipe conquérante. Le Sénégal, le Mali, la RDC puis le Nigeria tombent successivement. Le 11 février 2024, la Côte d'Ivoire soulève sa troisième Coupe d'Afrique des nations devant son public, offrant au pays l'une des plus grandes émotions sportives de son histoire. Ce triomphe dépasse largement le simple cadre d'un trophée. Il réconcilie tout un peuple avec son équipe nationale, redonne confiance au football ivoirien et fait entrer Emerse Faé dans le cercle très fermé des entraîneurs qui ont marqué durablement leur époque.
Mais son œuvre ne s'arrête pas là. Après avoir été confirmé à son poste, Emerse Faé poursuit la reconstruction des Éléphants. Il qualifie la Côte d'Ivoire pour la CAN 2025, puis surtout pour la Coupe du monde 2026, mettant fin à douze années d'absence sur la scène mondiale. Au Mondial, les Éléphants franchissent même le premier tour avant de tomber avec les honneurs en huitième de finale face à la Norvège. En deux ans, le bilan parle de lui-même : 36 rencontres dirigées, 25 victoires, quatre matches nuls, seulement sept défaites, une CAN remportée et un retour historique à la Coupe du monde. Ces chiffres traduisent bien plus qu'une réussite sportive. Ils illustrent la naissance d'une nouvelle génération d'entraîneurs africains capables de rivaliser avec les plus grands techniciens internationaux. Longtemps, les sélections africaines ont privilégié les entraîneurs étrangers lors des grandes compétitions. Emerse Faé a démontré qu'un entraîneur local pouvait non seulement gagner, mais aussi bâtir un projet ambitieux et durable. Son départ intervient ainsi au meilleur moment. En quittant la sélection sur une note aussi positive, il préserve intacte son image. Il échappe à cette usure du pouvoir qui finit souvent par fragiliser les plus beaux parcours. L'histoire retiendra un sélectionneur qui est arrivé dans la tempête et qui est reparti sous les applaudissements.
Cette sortie par la grande porte ouvre désormais de nouvelles perspectives. Avec un tel palmarès, Emerse Faé devient naturellement l'un des entraîneurs africains les plus attractifs du moment. Son nom figurera sans aucun doute sur les tablettes de plusieurs fédérations, mais aussi de clubs ambitieux, en Afrique comme ailleurs. La CAN remportée à domicile, la qualification au Mondial et son excellente gestion d'un groupe sous pression constituent des références que peu de techniciens de sa génération peuvent revendiquer.
Les dirigeants qui souhaiteront s'attacher ses services savent désormais qu'ils ne recruteront plus un jeune entraîneur prometteur, mais un technicien confirmé, champion d'Afrique et capable de conduire une équipe vers les plus hauts sommets. Cette nouvelle dimension fera inévitablement monter sa valeur sur le marché.
Pour les Ivoiriens, toutefois, le souvenir restera avant tout émotionnel. Emerse Faé aura offert au pays des moments de communion rares, des nuits de liesse populaire et une fierté retrouvée. Son nom restera associé à cette CAN 2023 qui semblait perdue avant de devenir le plus beau conte du football africain.
Toutes les histoires ont une fin. Celle d'Emerse Faé avec les Éléphants s'achève sans amertume. Elle laisse l'image d'un homme qui aura rendu à la Côte d'Ivoire le sourire, la confiance et une place parmi les grandes nations du football mondial. Il part dans la gloire. Et c'est sans doute la plus belle des récompenses.






