La question de la gestion des toilettes publiques mérite d'être placée au cœur des politiques d'assainissement et de santé publique. C'est la conviction défendue par Dr Koffi Konan Emmanuel lors d'une conférence de presse tenue le mardi 16 juin 2026. À cette occasion, il a présenté plusieurs propositions destinées à améliorer durablement l'entretien, l'exploitation et la préservation de ces infrastructures d'intérêt collectif.
Partant du constat que de nombreuses toilettes publiques construites à grands frais par l'État et les collectivités territoriales se dégradent rapidement, l'universitaire estime que les difficultés observées aujourd'hui sont davantage liées à l'absence d'un système efficace de gestion et au manque de civisme de certains usagers qu'à un déficit d'investissement.
« Nous construisons des toilettes publiques pour plusieurs millions de francs CFA et, malheureusement, elles deviennent parfois inutilisables en très peu de temps à cause du mauvais usage qui en est fait », a-t-il déploré. Selon lui, cette situation représente une perte importante pour les finances publiques et prive les populations d'un service essentiel.
Pour Dr Koffi Konan Emmanuel, les toilettes publiques doivent être considérées comme un véritable service public contribuant à la dignité humaine.
« Dans la rue, chacun peut se retrouver dans une situation de besoin pressant. Une société moderne doit être capable de mettre à la disposition de ses citoyens des installations sanitaires propres, accessibles et fonctionnelles », a-t-il soutenu.
L'intervenant a particulièrement insisté sur l'impact de l'hygiène publique sur la santé des populations. Selon lui, l'insalubrité des espaces sanitaires favorise la propagation de nombreuses maladies et dégrade les conditions de vie des citoyens. Il a rappelé que l'amélioration de l'hygiène constitue un investissement direct dans la santé publique, permettant de réduire les risques de contamination et de renforcer le bien-être collectif.
« L'hygiène n'est pas seulement une question de confort. Elle participe à la prévention des maladies, à la protection de l'environnement et à l'amélioration de la qualité de vie. Une population en bonne santé est une population plus productive et mieux préparée à contribuer au développement du pays », a-t-il expliqué.
S'inspirant d'expériences réussies en Asie et en Europe, mais également de modèles observés dans le secteur des transports, Dr Koffi Konan Emmanuel estime qu'une gestion professionnelle des toilettes publiques est non seulement possible, mais nécessaire. Il souligne que plusieurs pays ont réussi à maintenir des installations sanitaires propres grâce à la présence de personnels dédiés, à des contrôles réguliers et à une responsabilisation des usagers.
Dans cette perspective, il propose la création d'un nouveau métier : celui de gestionnaire d'espaces publics d'hygiène. Ces agents auraient pour mission d'assurer l'entretien, la surveillance et le bon fonctionnement des toilettes publiques. Ils veilleraient au respect des règles d'utilisation, à la disponibilité des équipements et à la sensibilisation permanente des usagers.
« Nous devons passer d'une logique de construction à une logique de gestion durable. Il faut des hommes et des femmes dont la responsabilité est clairement définie et qui rendent compte de l'état de ces infrastructures », a-t-il plaidé.
L'une des propositions majeures présentées lors de cette conférence concerne la rentabilité économique des toilettes publiques. Contrairement aux idées reçues, Dr Koffi Konan Emmanuel estime que ces infrastructures peuvent générer des ressources suffisantes pour assurer leur fonctionnement et leur entretien.
« Une gestion rigoureuse permettrait de collecter des ressources destinées à couvrir les charges d'exploitation, à contribuer au remboursement progressif des investissements réalisés par l'État et à garantir la pérennité des installations », a-t-il indiqué.
Plus encore, il suggère qu'une partie des recettes générées soit orientée vers des actions de solidarité en faveur des personnes vulnérables.
« Les fonds collectés pourraient servir à soutenir des initiatives sociales destinées aux couches les plus fragiles de notre société. Les toilettes publiques peuvent ainsi devenir un outil de développement humain et de solidarité nationale », a-t-il proposé.
L'universitaire a également appelé à une vaste campagne nationale de sensibilisation impliquant les écoles, les associations, les collectivités territoriales, les leaders communautaires et les médias. Pour lui, aucune réforme durable ne pourra produire des résultats sans un changement de comportement des usagers.
« Le respect des biens publics doit devenir un réflexe citoyen. Chaque utilisateur doit comprendre qu'il contribue à préserver un patrimoine collectif mis à la disposition de tous », a-t-il insisté.
Pour illustrer ses propos, Dr Koffi Konan Emmanuel a cité l'exemple de grands événements organisés en Côte d'Ivoire, notamment le Salon international de l'agriculture et des ressources animales (SARA), le Salon international du livre d'Abidjan (SILA) et le Marché des arts du spectacle africain (MASA), où les installations sanitaires sont généralement bien entretenues grâce à une organisation rigoureuse et à la présence d'agents dédiés.
« Ces expériences prouvent que nous savons gérer efficacement des espaces publics lorsque les responsabilités sont clairement établies. Il nous appartient désormais d'étendre ces bonnes pratiques à l'ensemble du territoire national », a-t-il conclu.
À travers cet appel, Dr Koffi Konan Emmanuel invite les pouvoirs publics à considérer les toilettes publiques non comme une simple infrastructure, mais comme un véritable levier de santé publique, de création d'emplois, de dignité humaine et de développement économique.





