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Côte d’Ivoire-Ghana : le pari d’une alliance pour peser sur le marché du cacao

Mercredi 17 Juin 2026 - 14:00

Réunis à Abidjan, la Côte d’Ivoire et le Ghana affichent leur ambition de renforcer leur influence sur le marché mondial du cacao.


Le chef de l’État ivoirien a coprésidé, avec son homologue ghanéen, le Sommet de haut niveau sur l’« Initiative Cacao » Côte d’Ivoire-Ghana à Abidjan.
Le chef de l’État ivoirien a coprésidé, avec son homologue ghanéen, le Sommet de haut niveau sur l’« Initiative Cacao » Côte d’Ivoire-Ghana à Abidjan.
 

Alors que le cacao traverse une période marquée par des prix historiquement élevés, des tensions sur l’offre mondiale et des défis croissants liés au changement climatique, le sommet de haut niveau de l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana, tenu à Abidjan, apparaît comme une étape décisive pour l’avenir de la filière. Au-delà des déclarations diplomatiques, cette rencontre traduit la volonté des deux principaux producteurs mondiaux de consolider leur poids économique et politique dans une industrie dont ils demeurent les acteurs centraux.
 

Avec plus de 60 % de la production mondiale de cacao, la Côte d’Ivoire et le Ghana disposent d’un levier stratégique considérable. Pourtant, pendant des décennies, la richesse créée par cette matière première a davantage profité aux industriels, aux négociants et aux marchés internationaux qu’aux producteurs africains. C’est précisément pour corriger ce déséquilibre que les deux pays ont lancé en 2018 l’Initiative Cacao, un cadre de coopération destiné à harmoniser leurs positions et à parler d’une seule voix sur le marché mondial.
 

Les attentes autour de ce sommet étaient donc nombreuses. La première concerne la question essentielle de la rémunération des producteurs. Malgré l’importance du cacao dans les économies ivoirienne et ghanéenne, une grande partie des planteurs continue de vivre dans des conditions précaires. En harmonisant leurs politiques de prix bord champ et en renforçant leur coordination, Abidjan et Accra espèrent réduire la concurrence entre les deux pays et garantir des revenus plus stables aux producteurs.
 

La seconde attente porte sur le renforcement du pouvoir de négociation collectif. Face aux multinationales du chocolat et aux grands acheteurs internationaux, une position commune de la Côte d’Ivoire et du Ghana peut contribuer à mieux défendre les intérêts africains. L’objectif est d’influencer davantage la fixation des prix, les normes de durabilité et les mécanismes de partage de la valeur ajoutée.
 

Cette rencontre intervient également dans un contexte marqué par les effets du changement climatique. Les variations des précipitations, les périodes de sécheresse et la multiplication des maladies du cacaoyer affectent directement les rendements. Les deux pays attendent de leur coopération un renforcement de la recherche scientifique, le développement de variétés plus résistantes et la mise en œuvre de pratiques agricoles durables capables de préserver la productivité des plantations.
 

Pour la Côte d’Ivoire, leader mondial du cacao, les bénéfices attendus sont multiples. Le pays pourrait consolider sa position dominante sur le marché international, améliorer les revenus de plusieurs millions de personnes dépendantes de la filière et accélérer sa stratégie de transformation locale du cacao. Une meilleure valorisation de la production nationale contribuerait également à accroître les recettes d’exportation et à soutenir la croissance économique.
 

Le Ghana, confronté ces dernières années à une baisse de production et à des difficultés économiques, voit dans cette coopération renforcée une opportunité de relance. L’harmonisation des politiques avec son voisin pourrait limiter les phénomènes de contrebande transfrontalière, stabiliser les revenus des producteurs et attirer davantage d’investissements dans la modernisation du secteur.
 

Au-delà des avantages nationaux, les deux pays ambitionnent désormais d’élargir l’Initiative Cacao à d’autres producteurs africains. Cette ouverture pourrait donner naissance à une véritable coalition continentale capable de peser davantage dans les négociations internationales. Une telle évolution renforcerait le leadership africain dans une filière où le continent assure l’essentiel de la production mondiale mais capte encore une part limitée des revenus générés par le chocolat.
 

En définitive, le sommet d’Abidjan marque une nouvelle étape dans la construction d'une stratégie commune entre les deux géants du cacao. Si les engagements annoncés se traduisent par des actions concrètes, cette alliance pourrait contribuer à transformer durablement la filière, améliorer les conditions de vie des producteurs et repositionner l’Afrique comme un acteur incontournable de la gouvernance mondiale du cacao.

Félix N'Guessan

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