Depuis la mort du président Idriss Déby Itno en avril 2021, le Tchad est entré dans une phase sécuritaire instable marquée par une recrudescence des attaques jihadistes, principalement dans la région du lac Tchad. En l’espace de quelques années, le pays a connu une succession d’assauts violents visant les positions militaires, révélant la persistance et l’évolution d’une menace régionale enracinée.
Les principales offensives sont attribuées à Boko Haram et à sa faction dissidente ISWAP, issues de la radicalisation progressive du mouvement né au Nigeria au début des années 2000. Après la répression de 2009, Boko Haram s’est militarisé, avant de se fragmenter en 2016, donnant naissance à ISWAP, plus structuré et mieux implanté dans les zones insulaires du bassin du lac Tchad.
Ce territoire, partagé entre le Tchad, le Nigeria, le Niger et le Cameroun, constitue aujourd’hui un théâtre central de la violence. Les îles, les marécages et la porosité des frontières offrent aux groupes armés des zones de repli difficiles d’accès, facilitant les incursions rapides contre les positions militaires.
Depuis 2022, les attaques se sont multipliées. En octobre 2024, l’assaut contre la base de Barkaram a causé la mort d’environ 40 soldats, marquant l’un des épisodes les plus meurtriers pour l’armée tchadienne. Cette dynamique s’est poursuivie avec l’attaque du 4 mai 2026 contre la base de Barka Tolorom, qui a fait entre 24 et 25 morts et de nombreux blessés parmi les soldats. Cet épisode confirme la capacité opérationnelle persistante des groupes armés malgré les offensives militaires.
Face à cette situation, les autorités ont intensifié leur réponse. Le président de transition, Mahamat Idriss Déby Itno, a lancé plusieurs opérations militaires d’envergure, dont l’opération Haskanite, visant à neutraliser les sanctuaires jihadistes dans la région du lac Tchad. L’État affirme avoir détruit plusieurs bases, mais les attaques récurrentes montrent les limites de ces offensives.
Parallèlement, le Tchad a connu des tensions dans sa coopération régionale au sein de la Force Multinationale Mixte, chargée de lutter contre Boko Haram et ISWAP. N’Djamena a exprimé à plusieurs reprises son mécontentement face à un soutien jugé insuffisant de ses partenaires, fragilisant un dispositif pourtant essentiel à la sécurité régionale.
Au-delà du lac Tchad, la situation sécuritaire est également influencée par la frontière nord avec la Libye. Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, ce pays est devenu un espace fragmenté, marqué par la présence de milices et de réseaux armés. Cette instabilité favorise la circulation d’armes et de combattants vers le Sahel, affectant directement la sécurité du nord du Tchad, notamment dans la région du Tibesti.
Ainsi, la menace à laquelle fait face le Tchad est multidimensionnelle et régionale. Entre la pression constante dans le bassin du lac Tchad et les risques liés à la porosité de la frontière libyenne, le pays évolue dans un environnement sécuritaire instable, où les groupes armés continuent de s’adapter et de frapper malgré les opérations militaires répétées.

