Le coup de sifflet final n'avait pas encore fini de résonner que les réseaux sociaux s'enflammaient déjà. Battue 2-1 par l'Allemagne lors de son deuxième match de la Coupe du monde 2026, la Côte d'Ivoire venait de concéder une courte défaite qui la maintenait pourtant en course pour une qualification. Mais sur Internet, le débat a rapidement quitté le terrain sportif pour prendre une tournure plus préoccupante.
Au Sénégal, quelques minutes après la rencontre, la page Facebook SenePoste, parmi les médias numériques les plus influents du pays, publiait : « La Côte d'Ivoire pourrait être éliminée du Mondial 2026 en cas de défaite face à Curaçao. » Une publication qui a rapidement suscité une avalanche de réactions. Dans les commentaires, de nombreux internautes sénégalais ont multiplié les attaques contre les Éléphants et contre la Côte d'Ivoire elle-même. Certains qualifiaient les joueurs ivoiriens de « fainéants », estimant qu'ils bénéficieraient de faveurs sur le continent, tandis que d'autres allaient jusqu'à insulter ouvertement le pays et ses habitants. Une virulence qui surprend d'autant plus que le Sénégal, battu 3-1 lors de sa précédente sortie, se retrouve lui aussi dans une situation délicate dans ce Mondial.
Depuis plusieurs semaines déjà, certains activistes de la sous-région semblent avoir fait de la Côte d'Ivoire leur cible favorite. En France, une influenceuse guinéenne connue sous le nom de Bintou multiplie les vidéos hostiles à l'endroit des Ivoiriens. Dans un français parfois si approximatif que l'on pourrait dire, avec une pointe d'ironie, qu'il ferait sursauter Molière dans sa tombe, elle affiche sans détour son animosité envers la Côte d'Ivoire. Avant même la rencontre face à l'Allemagne, elle appelait publiquement de ses vœux une lourde correction des Éléphants, allant jusqu'à souhaiter un score fleuve contre la sélection ivoirienne. Des déclarations qui illustrent une hostilité dépassant largement le cadre de la simple rivalité sportive.
L'épisode le plus marquant reste sans doute celui de l'activiste camerounais Elisée Le Sniper. Dans une vidéo devenue virale, apparaissant en maillot de l'équipe nationale du Cameroun, l'activiste ne s'est pas limité à des commentaires sportifs. Il s'en est également pris à la Côte d'Ivoire, qu'il a qualifiée de « pays de merde », tout en visant le président de la République, Alassane Ouattara, présenté comme un « président vendu à la solde de la France ». Ces propos, largement relayés sur les réseaux sociaux, ont suscité l'indignation de nombreux internautes ivoiriens.
Quelques jours plus tard, dans un geste perçu par beaucoup comme une provocation assumée, Elisée Le Sniper a effectué le déplacement à Abidjan à l'occasion du match Allemagne-Côte d'Ivoire. Filmé sur le pont Alassane Ouattara, drapeau allemand à la main, il affichait ouvertement son soutien à l'adversaire des Éléphants. Pour de nombreux observateurs, cette mise en scène s'inscrivait dans la continuité de ses déclarations précédentes et dépassait largement le cadre de la rivalité sportive. Aux yeux de nombreux internautes ivoiriens, il ne s'agissait plus seulement d'un soutien à l'Allemagne, mais d'une volonté délibérée de provoquer et de narguer les Ivoiriens sur leur propre sol. Une attitude jugée risquée par certains analystes, dans un contexte où les tensions alimentées par les réseaux sociaux peuvent rapidement dégénérer et entraîner des réactions incontrôlées.
Au Burkina Faso, l'activiste Zaparo 2026 affiche lui aussi, sans complexe, son hostilité envers la Côte d'Ivoire. Dans plusieurs vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux, il apparaît dansant autour d'un maillot ivoirien qu'il traîne presque au sol, avant de se prosterner devant celui de l'Allemagne. Accompagnées de propos particulièrement virulents, ces mises en scène s'achèvent souvent par des appels à une lourde défaite des Éléphants. Des séquences qui témoignent d'une animosité dépassant manifestement les frontières du simple supportérisme.
Au Mali enfin, des témoignages relayés sur les réseaux sociaux affirment que des pétards auraient été entendus dans certains quartiers du sud de Bamako après la victoire allemande. Vraies ou amplifiées par la rumeur, ces scènes participent à renforcer le sentiment d'une réjouissance particulière face aux difficultés ivoiriennes.
Pris isolément, chacun de ces épisodes pourrait être considéré comme une simple manifestation de rivalité sportive. Ensemble, ils dessinent pourtant les contours d'un phénomène plus préoccupant. Car ce qui frappe n'est pas seulement le soutien affiché aux adversaires de la Côte d'Ivoire, mais l'intensité des réactions, la violence des propos et la récurrence des attaques dirigées contre les Ivoiriens eux-mêmes. Une réalité qui interroge et qui mérite d'être observée avec attention, tant elle semble aujourd'hui dépasser le simple cadre du football.





