Au cœur de l’Afrique de l’Ouest, la décision du gouvernement du Burkina Faso de suspendre jusqu’à nouvel ordre l’exportation de bétail continue de faire débat. Officiellement, l’objectif est de renforcer l’offre locale de viande et de stabiliser les prix sur les marchés intérieurs. Mais sur le terrain, les négociants parlent d’un choc brutal pour une filière déjà fragile.
Depuis l’entrée en vigueur de la mesure, les flux vers les pays voisins comme le Ghana et la Côte d’Ivoire se sont quasiment interrompus. « Chaque année, nous exportions des centaines de moutons. Aujourd’hui, rien ne sort », confie un commerçant, intérrogé par le confrère Africa News, qui dit voir ses revenus divisés par deux. Les animaux achetés à prix élevé dans les zones rurales sont désormais bradés sur les marchés locaux, faute de débouchés extérieurs.
Pour les exportateurs, le manque à gagner est considérable. Certains, habitués aux circuits transfrontaliers, redoutent de perdre définitivement leurs clients au Ghana, où les moutons Djallonké restent très demandés. « Nous comprenons la décision, mais elle nous met en difficulté », résume un autre opérateur du secteur au micro du confrère, qui espère une levée de l’interdiction après les fêtes religieuses.
Du côté des consommateurs, le discours est tout autre. À Ouagadougou, plusieurs habitants constatent une légère baisse du prix du kilo de viande, oscillant désormais entre 3 000 et 5 000 francs CFA. Pour eux, la mesure représente un soulagement temporaire dans un contexte de vie chère persistante.
À long terme, les autorités burkinabè misent sur la transformation locale et l’exportation de viande conditionnée plutôt que d’animaux vivants. Une stratégie qui pourrait rapporter davantage de valeur ajoutée, mais qui nécessite des infrastructures encore limitées.
En attendant, le secteur du bétail traverse une période d’ajustement difficile, entre ambitions économiques nationales et survie des acteurs traditionnels du commerce transfrontalier.


