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Armée burkinabè : la véritable révolution reste celle des mentalités

Dimanche 26 Juillet 2026 - 10:00

Nouveaux uniformes, discours souverainiste : au Burkina Faso, la réforme de l'armée ne pourra être crédible sans une profonde refondation de sa doctrine.


Au-delà des uniformes, l’armée doit renforcer sa vocation républicaine.
Au-delà des uniformes, l’armée doit renforcer sa vocation républicaine.
Le 25 juillet 2026, la sortie de la 25ᵉ promotion de l'Académie militaire Georges-Namoano a marqué une rupture symbolique. Pour la première fois, les nouveaux sous-lieutenants ont arboré des uniformes inspirés des couleurs et des traditions vestimentaires burkinabè, confectionnés localement. Le geste est fort. Il traduit une volonté d'affirmer une identité nationale et une souveraineté industrielle, dans un contexte où les autorités de transition font de la valorisation des productions locales un axe majeur de leur communication.
 

Cette évolution mérite d'être saluée. Toute nation est libre d'intégrer des éléments de son patrimoine culturel dans les symboles de son armée. La souveraineté ne s'exprime pas seulement dans les discours ; elle se manifeste aussi dans les emblèmes, les cérémonies et les productions nationales. Mais une armée ne se réforme pas uniquement par ses symboles.
 

L'histoire contemporaine du Burkina Faso montre que le principal défi de son institution militaire n'est ni esthétique ni textile. Il est doctrinal.  Depuis l'indépendance, le pays a connu une succession de coups d'État qui a profondément marqué son évolution politique. De Sangoulé Lamizana à Saye Zerbo, de Thomas Sankara à Blaise Compaoré, puis des renversements plus récents impliquant Roch Marc Christian Kaboré, Paul-Henri Sandaogo Damiba et Ibrahim Traoré, l'armée est devenue un acteur récurrent de la compétition politique. Cette fréquence exceptionnelle des interventions militaires interroge moins les hommes que la culture institutionnelle qui les produit.
 

Une armée professionnelle est pourtant fondée sur un principe simple : elle protège les institutions de la République ; elle ne s'y substitue pas. 

Dans les démocraties modernes, le soldat est soumis à une autorité civile issue du suffrage universel. Cette subordination constitue l'un des piliers de l'État de droit. Lorsque cette frontière s'efface, l'armée cesse progressivement d'être un instrument de protection nationale pour devenir un acteur politique parmi d'autres, avec les conséquences que l'on observe généralement : instabilité institutionnelle, affaiblissement de la gouvernance, ralentissement des investissements et perte de confiance des partenaires. Le Burkina Faso paie aujourd'hui le prix de cette instabilité chronique, alors même qu'il fait face à l'une des plus graves crises sécuritaires de son histoire. Dans ce contexte, la priorité stratégique devrait sans doute être ailleurs que dans la transformation des uniformes.
 

Une armée moderne repose avant tout sur la qualité de sa formation, la discipline, le professionnalisme, le renseignement, l'équipement, la logistique, le commandement et le respect de la chaîne hiérarchique. Plus encore, elle repose sur une culture profondément républicaine inculquée dès les premières années de formation des officiers.
 

Le jeune sous-lieutenant devrait apprendre qu'il est le gardien de la Constitution, non son arbitre. Son ambition politique, si elle existe, est parfaitement légitime dans une démocratie. Mais elle doit s'exprimer par les partis politiques, les élections et les urnes, jamais par la force des armes. 

Le débat sur les nouveaux uniformes soulève également une autre question : celle des standards militaires internationaux. Toutes les armées adaptent leurs tenues à leur identité nationale. Les Britanniques conservent leurs traditions, les Français leurs symboles, les Marocains ou les Jordaniens leurs spécificités culturelles. Toutefois, ces adaptations demeurent compatibles avec les exigences opérationnelles universelles : ergonomie, camouflage, résistance des matériaux, sécurité, facilité d'entretien, adaptation aux différents théâtres d'opérations et respect des normes techniques propres aux forces armées modernes.
 

Les pays du Golfe, pourtant profondément attachés à leurs vêtements traditionnels dans la vie civile, n'ont jamais remplacé les uniformes militaires par des tenues inspirées du kandoura ou du boubou. La raison est simple : la guerre obéit à des impératifs fonctionnels qui dépassent les considérations culturelles. Un uniforme militaire est avant tout un équipement opérationnel conçu pour protéger le combattant et optimiser son efficacité sur le terrain. L'identité nationale peut parfaitement coexister avec ces exigences, à condition que le symbole ne prenne pas le pas sur la fonctionnalité.
 

Au fond, le véritable enjeu n'est pas de savoir si l'uniforme est plus africain qu'hier. Il est de savoir si les futurs officiers sortiront de l'Académie avec une conception renouvelée de leur mission.
 

L'avenir de l'armée burkinabè dépendra moins de la couleur de ses tenues que de la solidité de sa doctrine républicaine. Car une armée forte ne se définit pas seulement par son courage au combat. Elle se mesure aussi à sa capacité à rester fidèle à sa mission fondamentale : défendre le territoire, protéger les populations et garantir la continuité de l'État, sans jamais prétendre exercer le pouvoir politique à la place des citoyens.
 

C'est probablement cette révolution silencieuse, celle des mentalités et de la culture institutionnelle, qui déterminera si les prochaines générations d'officiers écriront enfin une nouvelle page de l'histoire militaire du Burkina Faso, une page où l'excellence professionnelle primera durablement sur la tentation du pouvoir.
 

 
 
 
Félix N'Guessan

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