Depuis le Canada où il réside, Yacouba Isaac Zida porte un regard critique sur les profondes mutations que traverse le Burkina Faso. Dans cet entretien exclusif publié par Courrier confidentiel, l’ancien chef de l’État de transition revient sur l’évolution de la situation sécuritaire et politique du pays depuis la chute de Blaise Compaoré en 2014.
Sur la lutte contre le terrorisme, le général estime qu’une victoire durable ne peut être mesurée uniquement à l’aune des opérations militaires. Pour lui, la réponse doit également s’appuyer sur une stratégie politique, économique et sociale permettant de traiter les causes profondes de l’instabilité. La reconquête militaire des territoires ne saurait, à elle seule, garantir une paix durable.
L’ancien Premier ministre analyse également la création de l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Il reconnaît la nécessité pour ces pays de renforcer leur coopération face aux défis sécuritaires et de défendre leurs intérêts communs. Mais il met en garde contre toute nouvelle forme de dépendance extérieure.
C’est précisément sur cette question que son propos se veut particulièrement tranché. À ses yeux, le départ des forces françaises et le rapprochement avec la Russie ne doivent pas conduire les pays de l’AES à substituer une dépendance à une autre. La souveraineté, estime-t-il, doit être comprise comme la capacité à disposer de ses propres moyens et à décider librement de ses orientations.
« La véritable souveraineté ne consiste pas à choisir de qui dépendre ; elle consiste précisément à se donner les moyens de ne dépendre de personne », affirme-t-il dans l’entretien.
Pour Zida, le Burkina Faso doit donc diversifier ses partenariats tout en renforçant ses capacités nationales. Une approche qui dépasse la seule question militaire et renvoie à la maîtrise des ressources, de l’économie, de la diplomatie et des choix stratégiques.
Cette sortie de l’ancien dirigeant intervient alors que le Burkina Faso poursuit sa transformation politique et sécuritaire sous l’impulsion des autorités de transition. Son témoignage apporte ainsi le regard d’un acteur majeur de la période ouverte après la chute de Blaise Compaoré.
Courrier confidentiel annonce par ailleurs une deuxième partie de l’entretien, consacrée notamment à la transition de 2014-2015, au coup d’État manqué de septembre 2015, à son exil au Canada et à la possibilité d’un éventuel retour au Burkina Faso.






