Les États de l’Alliance des États du Sahel (AES) — Mali, Burkina Faso et Niger — affichent un discours politique axé sur la souveraineté économique et la réduction de la dépendance aux financements extérieurs. Pourtant, les faits budgétaires et les pratiques de financement racontent une réalité plus nuancée : celle d’un recours continu aux emprunts, notamment sur le marché financier régional de l’UEMOA et auprès des institutions de développement.
Au Mali, la récente validation d’un prêt de 15 milliards de FCFA accordé par la BOAD pour le financement partiel de la centrale hydroélectrique de Kourouba illustre cette logique. Le projet, stratégique pour l’amélioration de l’accès à l’électricité, dépend en partie de financements extérieurs, confirmant que les infrastructures structurantes reposent encore largement sur des ressources empruntées.
Cette dynamique n’est pas isolée. Dans l’ensemble de l’espace AES, les investissements publics demeurent fortement adossés à des mécanismes d’endettement, qu’ils soient concessionnels ou levés sur les marchés régionaux. La faiblesse de l’épargne intérieure, les contraintes fiscales et les besoins massifs en infrastructures rendent difficile toute stratégie d’autofinancement intégral.
Au Burkina Faso, la dette publique atteint plus de 8 311 milliards de FCFA à fin juin 2025, dont près de 60 % de dette intérieure, largement constituée de titres émis sur le marché régional. Le pays continue de mobiliser régulièrement des ressources via des bons et obligations du Trésor pour financer son budget et ses investissements, confirmant le rôle central du marché de l’UEMOA dans sa stratégie de financement.
Le Niger suit une trajectoire similaire, avec une dette publique estimée à près de 5 880 milliards de FCFA à fin septembre 2025. Là encore, la dette intérieure progresse, alimentée par les émissions de titres publics et les mécanismes de financement bancaire à court terme, dans un contexte de tensions de trésorerie et de besoins budgétaires élevés.
Dans les deux cas, la dépendance au financement régional s’inscrit dans une logique structurelle plutôt que conjoncturelle. Les États continuent de recourir aux marchés pour couvrir leurs déficits, financer les infrastructures et absorber les chocs sécuritaires et climatiques.
Dès lors, le discours de rupture et d’autonomie financière se heurte à une réalité commune à de nombreuses économies en développement : la croissance et l’investissement public reposent encore sur un équilibre entre ressources internes limitées et endettement maîtrisé. Au Sahel, plus qu’une sortie de la dette, c’est sa gestion et son orientation qui s’imposent comme le véritable enjeu économique.




