Cette désignation marque une nouvelle étape dans un processus engagé depuis plus de quarante ans. Dès 1987, la CEDEAO mettait en place le Programme de coopération monétaire afin de préparer l'intégration économique de ses États membres. Plusieurs échéances ont depuis été fixées, puis reportées, en raison de difficultés économiques, politiques et institutionnelles.
Le projet avait connu un tournant en mars 2014 à Yamoussoukro, lorsque les chefs d'État avaient abandonné le scénario d'une mise en œuvre en deux phases au profit d'une approche progressive. Quelques mois plus tard, à Accra, de nouveaux critères de convergence étaient adoptés afin d'encadrer la future union monétaire. Parmi eux figurent un déficit budgétaire limité à 3 % du PIB, une inflation maîtrisée, des réserves de change couvrant au moins trois mois d'importations ainsi qu'un niveau d'endettement public inférieur à 70 % du PIB.
À Freetown, les dirigeants ouest-africains ont demandé à la Commission de la CEDEAO d'accélérer les travaux avec l'Agence monétaire de l'Afrique de l'Ouest (AMAO) et les gouverneurs des banques centrales afin de lever les derniers obstacles avant le sommet ordinaire prévu en décembre 2026.
Mais au-delà des considérations techniques, le débat reste profondément politique. Pour Ahoua Don-Mello, vice-président de l'Alliance internationale des BRICS, les difficultés du projet ne s'expliquent pas uniquement par le non-respect des critères de convergence. Selon lui, les véritables blocages sont liés aux rapports de force géopolitiques et aux intérêts économiques qui entourent le système monétaire ouest-africain.
L'ancien ministre ivoirien estime notamment que les accords monétaires liant les pays de l'Union monétaire ouest-africaine (UMOA) à la France constituent l'un des principaux obstacles à l'avènement d'une monnaie pleinement souveraine. Il considère que la transformation du franc CFA ne doit pas aboutir à un simple changement d'appellation, mais à une véritable rupture avec les mécanismes hérités de la période coloniale.
À cette question s'ajoute une autre préoccupation majeure : le poids économique du Nigeria. Représentant près de 65 % du produit intérieur brut de l'espace CEDEAO, la première économie de la région nourrit les inquiétudes de certains partenaires qui redoutent une domination du naira dans la future architecture monétaire.
Pourtant, les fondations institutionnelles de l'ECO ont déjà été posées. Le sommet d'Abuja de juin 2019 avait retenu le nom de la future monnaie, opté pour un régime de change flexible fondé sur le ciblage de l'inflation et validé le principe d'une banque centrale fédérale. Autant de choix destinés à rompre avec le système de parité fixe garanti par la France.
Pour Ahoua Don-Mello, la réussite de l'ECO ne pourra toutefois reposer uniquement sur des décisions prises au sommet des États. Il plaide pour un vaste débat démocratique dans chacun des pays membres, pouvant aller jusqu'à l'organisation de référendums afin que les populations s'approprient pleinement ce projet historique.
Au-delà de la création d'une nouvelle monnaie, l'ECO apparaît désormais comme le symbole d'un choix stratégique pour l'Afrique de l'Ouest : renforcer son intégration économique ou maintenir les équilibres monétaires hérités du passé. En confiant à Alassane Ouattara la conduite de cette transition, les dirigeants de la CEDEAO placent le président ivoirien au cœur d'une décision qui pourrait durablement transformer le paysage économique régional.
Si le calendrier fixé pour 2027 est respecté, l'ECO pourrait devenir l'un des projets d'intégration les plus ambitieux jamais entrepris sur le continent. Sa réussite dépendra cependant autant de la volonté politique des États que de leur capacité à bâtir une véritable union économique, industrielle et financière, indispensable pour faire de cette monnaie commune un levier durable de développement et de souveraineté.





