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Sénégal–Côte d’Ivoire : 219 000 tonnes de poissons congelés en deux ans

Lundi 14 Septembre 2026 - 11:00

De Dakar à Abidjan, le poisson dessine une importante route commerciale africaine. En deux ans, près de 219 000 tonnes de poissons congelés ont été déclarées à l’exportation du Sénégal vers la Côte d’Ivoire. Un commerce Sud-Sud qui illustre la complémentarité des économies ouest-africaines.


Des pêcheurs sénégalais
Des pêcheurs sénégalais
 

Entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire, le commerce du poisson raconte une autre histoire de l’intégration africaine. Une histoire faite de bateaux, de cargaisons frigorifiques, de marchés et de consommateurs, mais surtout de complémentarités entre deux économies de la façade ouest-africaine.
 

Avec ses importantes ressources halieutiques, le Sénégal s’est imposé depuis plusieurs décennies comme un exportateur majeur de produits de la mer. La Côte d’Ivoire, malgré sa façade maritime, ne produit pas suffisamment pour couvrir l’ensemble de ses besoins. Elle s’appuie donc largement sur les importations pour approvisionner ses marchés et répondre à la demande des consommateurs.
 

Dans cette relation commerciale, le Sénégal occupe une place de premier plan. Les données du commerce international permettent de reconstituer, pour 2024, environ 102 566 tonnes de poissons congelés exportées du Sénégal vers la Côte d’Ivoire, à partir des différentes sous-catégories identifiées de la rubrique HS 0303.
 

Parmi les principaux volumes figurent notamment 51 860,3 tonnes de poissons congelés classés sous le code 030379, 26 463 tonnes de thons congelés sous le code 030349, 11 675,6 tonnes de sardines congelées et 6 789,7 tonnes de maquereaux congelés. D’autres catégories viennent compléter ces flux, notamment les poissons plats, les soles, les bonites, les thons albacore et le merlu.
 

En 2023, les données disponibles font état de 116 495 tonnes de poissons congelés exportées du Sénégal vers la Côte d’Ivoire. En rapprochant ce volume des 102 566 tonnes reconstituées pour 2024, le total atteint environ 219 061 tonnes en deux ans.
 

Ce chiffre donne une idée de l’ampleur d’une relation commerciale souvent moins visible que les grands échanges avec l’Europe ou l’Asie, mais qui participe directement à l’approvisionnement du marché ouest-africain.
 

Il convient toutefois d’apporter une précision méthodologique. Le chiffre de 102 566 tonnes pour 2024 est un total reconstitué à partir des différentes sous-catégories HS 0303 identifiées, et non un agrégat officiel publié sous une seule ligne statistique. Les déclarations du pays exportateur peuvent également différer de celles du pays importateur.
 

L’exemple du code HS 030349 est révélateur : le Sénégal déclare 26 463 tonnes de produits de cette catégorie exportés vers la Côte d’Ivoire, alors que les statistiques ivoiriennes font apparaître 17 546,3 tonnes importées du Sénégal. Ces écarts peuvent notamment s’expliquer par les méthodes et dates d’enregistrement des deux administrations douanières.
 

Un marché ivoirien stratégique pour le poisson sénégalais

Au-delà des tonnes, la relation commerciale prend toute sa dimension lorsqu’on regarde la valeur des échanges. En 2024, la Côte d’Ivoire représentait 33,8 % de la valeur des exportations sénégalaises de poissons frais de mer, selon les données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie du Sénégal. Elle figurait ainsi parmi les principaux débouchés du poisson sénégalais et constituait le premier marché pour cette catégorie.
 

Cette proportion doit cependant être interprétée avec précision : les 33,8 % concernent les poissons frais de mer en valeur et non l’ensemble des poissons congelés exportés. Il serait donc incorrect de présenter ce pourcentage comme la part de la Côte d’Ivoire dans la totalité des exportations sénégalaises de poissons.
 

Le rapprochement des données montre néanmoins le poids stratégique du marché ivoirien. Sardinelles, maquereaux, thons, sardines et autres poissons congelés alimentent régulièrement les circuits de distribution ivoiriens. Pour les consommateurs, ces produits constituent une source importante de protéines. Pour les opérateurs économiques, ils font vivre toute une chaîne allant de la pêche au commerce de détail.
 

Derrière chaque cargaison se trouvent ainsi des pêcheurs, mareyeurs, négociants, transporteurs, entrepositaires, grossistes et détaillants. Le commerce du poisson ne se résume donc pas au déplacement d’une marchandise entre Dakar et Abidjan : il génère de nombreuses activités économiques tout au long de la chaîne.
 

Cette circulation illustre surtout une forme très concrète du commerce Sud-Sud. Un produit issu des ressources naturelles d’un pays africain est exporté vers un autre pays du continent pour répondre directement aux besoins de ses consommateurs. L’intégration africaine se construit ainsi aussi dans les ports, les entrepôts frigorifiques, les marchés et les circuits de distribution.
 

Cette dynamique reste toutefois confrontée à un défi majeur : la disponibilité de la ressource. Le secteur halieutique sénégalais fait face à une pression croissante sur certaines espèces, notamment les petits pélagiques. La demande intérieure, les besoins de l’industrie de transformation et les exportations se disputent une ressource qui n’est pas inépuisable.
 

Le développement du commerce régional devra donc aller de pair avec une meilleure gestion des ressources halieutiques. Car la multiplication des échanges ne pourra être durable que si les stocks de poissons sont préservés et si les acteurs de la filière peuvent continuer à en vivre.
 

Avec environ 219 061 tonnes de poissons congelés sur les années 2023 et 2024, la relation Sénégal–Côte d’Ivoire offre finalement une illustration concrète de l’intensité du commerce alimentaire à l’intérieur de l’Afrique de l’Ouest.
 

D’un côté, le Sénégal dispose d’une ressource halieutique importante et de capacités d’exportation. De l’autre, la Côte d’Ivoire dispose d’un marché de consommation considérable et de besoins croissants. Entre les deux, une chaîne commerciale s’est installée et permet aux ressources d’un pays de répondre aux besoins de l’autre.
 

De Dakar à Abidjan, le poisson emprunte ainsi une véritable route commerciale africaine. Une route qui pourrait encore gagner en importance à mesure que les pays du continent cherchent à renforcer leurs échanges, à réduire leur dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs et à construire des chaînes de valeur davantage africaines.
 

Le commerce Sud-Sud n’est donc plus seulement une ambition. Avec le poisson sénégalais qui arrive sur les marchés ivoiriens, il est déjà une réalité.

Félix N'Guessan
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