Cent jours après le déclenchement des hostilités entre l’Iran d’une part, et les États-Unis ainsi qu’Israël d’autre part, le paysage géopolitique du Moyen-Orient apparaît profondément transformé. Si le cessez-le-feu a permis d’éviter une escalade régionale incontrôlable, les conséquences économiques, sécuritaires et politiques continuent de secouer les monarchies du Golfe, désormais confrontées à une réalité nouvelle : celle d’une instabilité durable.
Les six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) – Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Koweït, Bahreïn et Oman – ont été touchés bien au-delà des champs de bataille. Les frappes de missiles et de drones iraniens contre plusieurs infrastructures stratégiques ont démontré la vulnérabilité d’une région longtemps considérée comme un pôle de stabilité économique. Les attaques contre l’aéroport international de Dubaï et le complexe énergétique qatari de Ras Laffan ont notamment mis en lumière les risques auxquels sont désormais exposées les ambitions de diversification économique des États du Golfe.
Le conflit a également provoqué un choc majeur sur les échanges commerciaux mondiaux. Le blocus du détroit d’Ormuz, voie de passage d’environ un cinquième du pétrole mondial, a perturbé les exportations énergétiques et entraîné une hausse spectaculaire des coûts du transport maritime et aérien. Les secteurs du tourisme et de l’aviation, piliers des économies du Golfe, ont été parmi les plus durement touchés. Des milliers de vols ont été annulés et la fréquentation touristique a fortement chuté, remettant en question l’image de « destination refuge » que les Émirats arabes unis avaient patiemment construite.
Sur le plan économique, les perspectives de croissance ont été revues à la baisse. Les investisseurs restent prudents face à une région devenue synonyme de risque géopolitique accru. Toutefois, certains États comme l’Arabie saoudite et les Émirats ont limité les dégâts grâce à des infrastructures alternatives permettant d’exporter leur pétrole sans dépendre exclusivement du détroit d’Ormuz.
Mais c’est surtout sur le terrain stratégique que les changements paraissent les plus profonds. La guerre a ébranlé deux certitudes qui structuraient depuis des décennies la politique du Golfe : la possibilité de contenir l’Iran par le dialogue économique et la garantie d’une protection américaine automatique. Face à cette nouvelle donne, les États du Golfe multiplient les partenariats sécuritaires. Les accords conclus récemment avec la France, le Canada ou encore le renforcement discret de la coopération avec Israël illustrent cette recomposition.
Parallèlement, les inquiétudes concernant les libertés publiques se renforcent. Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, des centaines d’arrestations liées aux prises de position sur le conflit ont été recensées dans la région. La guerre semble ainsi servir de justification à un durcissement sécuritaire qui pourrait survivre à la fin des combats.
Cent jours après le début de la crise, une conclusion s’impose : même si les armes se taisent durablement, le Golfe est entré dans une nouvelle phase de son histoire. La question n’est plus de savoir si l’instabilité reviendra, mais comment les États de la région apprendront à vivre avec elle.


