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Le 14 Juillet des anciens combattants africains, une mémoire qui s'efface

Mardi 14 Juillet 2026 - 13:38

Longtemps célébré dans les anciennes colonies françaises, le 14 Juillet symbolisait la mémoire des Tirailleurs africains, avant de tomber peu à peu dans l'oubli.


Aujourd'hui, le 14 Juillet ne suscite guère d'émotion dans les anciennes colonies françaises. Pour les jeunes générations africaines, cette date évoque tout au plus la fête nationale de la France. Pourtant, il fut un temps où elle était célébrée avec autant de solennité que la fête nationale des États nouvellement indépendants. Derrière cette tradition aujourd'hui disparue se cache l'histoire de centaines de milliers d'Africains qui ont combattu sous le drapeau français lors des deux guerres mondiales.
 

Entre 1914 et 1918, plus de 200 000 Africains furent mobilisés dans les rangs des Tirailleurs sénégalais. Lors de la Seconde Guerre mondiale, ils furent plus de 140 000 à être envoyés sur les différents fronts. Beaucoup furent recrutés de force, quittant leurs villages sans véritable choix. D'autres répondirent à l'appel de l'administration coloniale, convaincus de défendre ce que l'on appelait alors « la mère patrie ». Des milliers d'entre eux ne revinrent jamais. Ceux qui survécurent rentrèrent avec des décorations, des souvenirs de guerre et une profonde fierté d'avoir participé à la libération de la France.
 

Cette histoire a longtemps façonné le rapport des anciens combattants africains au 14 Juillet. Dans de nombreux villages de Côte d'Ivoire, du Sénégal, du Mali ou encore du Burkina Faso, cette journée était célébrée avec une ferveur particulière. Les vétérans revêtaient leurs anciens uniformes, arboraient leurs médailles militaires et rendaient les honneurs au drapeau français au son d'une Marseillaise souvent jouée par des fanfares improvisées.
 

À Ouatti, dans le département de Prikro, cette tradition est restée vivace jusque dans les années 1970 et 1980. Le Sergent Angaman Kouamalan, ancien fusilier-commando enrôlé de 1941 à 1945, en était la figure emblématique. Toute sa vie, il rappela avec fierté ses « quatre ans, trois semaines et cinq jours de combat » au sein de l'armée française.
 

Chaque 14 juillet, dès l'aube, le trompettiste Kouadjo Koffi faisait retentir les premières notes de clairon dans le village. Vers neuf heures, la population convergait vers la place publique où un mât de fortune avait été dressé pour la cérémonie des couleurs. Alignés au garde-à-vous, les anciens combattants venus des villages voisins, vêtus de leurs tuniques rouges et coiffés de leurs képis, saluaient le drapeau français devant le chef du village, lui-même ancien combattant. La Marseillaise, interprétée tant bien que mal par la trompette du village, accompagnait la montée des couleurs.
 

Après cette cérémonie protocolaire, un défilé parcourait les rues de Ouatti. Les femmes, réquisitionnées pour l'occasion, préparaient les repas tandis que le vin de palme coulait à flot. Aux environs de quatorze heures, un grand déjeuner rassemblait toute la communauté avant de laisser place, à la tombée de la nuit, au traditionnel bal poussière. À cette époque, dans ce village comme dans bien d'autres, le 14 Juillet avait pratiquement la même importance que le 7 décembre, alors fête nationale de la Côte d'Ivoire.
 

Avec la disparition progressive des anciens combattants, ces cérémonies se sont éteintes. Les jeunes générations, éloignées de cette mémoire coloniale et militaire, n'ont pas repris le flambeau. Le 14 Juillet est ainsi devenu une date presque ordinaire dans les anciennes colonies françaises, ne survivant que dans les livres d'histoire ou les récits des derniers vétérans.
 

Consciente de cette dette historique, la France a souhaité marquer un tournant en 2010, à l'occasion du cinquantenaire des indépendances des quatorze pays francophones d'Afrique. Le président Nicolas Sarkozy invita des détachements militaires de ces États à ouvrir le traditionnel défilé du 14 Juillet sur les Champs-Élysées. Le geste se voulait un hommage aux générations de Tirailleurs africains qui, pendant plus d'un siècle, avaient servi la France sur tous les théâtres d'opérations.
 

Cette reconnaissance s'inscrivait dans le cadre du programme « Force Noire – Tirailleurs 2010 », lancé par le secrétariat d'État français aux Anciens Combattants dirigé par Hubert Falco. Outre le défilé, cette initiative comprenait des expositions, des publications et des actions pédagogiques destinées à mieux faire connaître l'histoire des soldats africains.
 

« Pendant cent ans, depuis la création des premiers corps de Tirailleurs sénégalais en 1857 jusqu'aux années 1960, ils ont servi la France avec loyauté, courage et abnégation », déclarait alors Hubert Falco. Le défilé des contingents africains devant leurs aînés, anciens combattants de l'armée française, devait constituer l'image forte de cette année mémorielle.
 

Seize ans plus tard, la plupart de ces vétérans ont disparu. Avec eux s'efface une mémoire longtemps entretenue dans les villages africains où le 14 Juillet résonnait comme un hommage aux camarades tombés au combat. Les clairons se sont tus, les défilés ont disparu et les drapeaux français ne sont plus hissés sur les places publiques. Mais l'histoire des Tirailleurs africains demeure l'une des pages les plus importantes des relations entre la France et l'Afrique. Elle rappelle que, bien avant les indépendances, des centaines de milliers d'Africains ont versé leur sang sur les champs de bataille européens, faisant du 14 Juillet, pendant plusieurs décennies, une fête qui appartenait aussi à leur histoire.
 

Félix N'Guessan
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Félix N'Guessan

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