Menu

Interview | Valorisation des déchets en Côte d’Ivoire : Mamisoa Sabrinah Andrianiaina : « Lorsqu’un déchet a de la valeur, les mentalités changent »

Jeudi 18 Juin 2026 - 08:18

Fondatrice de Graine de Valeur, Sabrinah Andrianiaina revient sur son parcours, sa vision du développement durable et son projet de recyclage et de valorisation des déchets en Afrique. Elle envisage notamment de s’installer en Côte d’Ivoire afin d’y apporter son expertise dans la gestion des déchets solides à travers ce projet d’économie circulaire.


Madame Mamisoa Sabrinah, Fondatrice de Graine de Valeur.
Madame Mamisoa Sabrinah, Fondatrice de Graine de Valeur.

Pouvez-vous vous présenter et revenir sur la genèse de Graine de Valeur ?

Avant de parler de Graine de Valeur, je pense qu'il faut parler de son origine. Je suis originaire de Madagascar et issue d'une famille d'agriculteurs. Les graines, les plantations et le travail de la terre ont toujours fait partie de ma vie. C'est d'ailleurs de là que vient le nom Graine de Valeur.
 

J'ai étudié l'environnement à Madagascar avant d'arriver en France pendant la période du Covid avec un projet professionnel dans la gestion des déchets au sein d'une collectivité en Nouvelle-Aquitaine. Par la suite, souhaitant poursuivre dans la recherche scientifique auprès de l'INRAE, j'ai découvert que mes diplômes n'étaient pas reconnus comme je l'espérais. J'ai donc repris mes études en France en agronomie et production végétale en alternance, tout en travaillant dans une ferme biologique produisant pour les cantines scolaires dans le cadre de la loi Égalim.
 

C'est de ce parcours qu'est née Graine de Valeur.

Aujourd'hui, nous accompagnons des projets dans le commerce international, le développement de marques, les solutions énergétiques, l'environnement, le recyclage et la valorisation des déchets.
 

Nous avons aussi développé des solutions autour des panneaux solaires intelligents. Mais nous sommes également conscients que l'importation et l'exportation ont un impact environnemental. C'est pourquoi nous travaillons aussi sur les circuits courts, la valorisation des déchets et la plantation d'arbres.
 

Ce qui différencie Graine de Valeur, c'est notre volonté de partager les opportunités. Nous recherchons constamment de nouveaux collaborateurs et partenaires. Sur notre site Graine de Valeur, nous avons mis en place un système autour des graines afin que chacun puisse participer à cette dynamique. Et pour que ces graines deviennent réelles, nous travaillons déjà avec plusieurs pépinières dans différents pays sur des projets de plantation d'arbres.
 

Pour nous, une graine représente une idée, un projet ou une opportunité. Lorsqu'on la plante et qu'on lui donne les bonnes conditions, elle peut devenir quelque chose de grand. C'est exactement la philosophie de Graine de Valeur.
 

Quelle est votre vision à travers cette structure et quels projets accompagnez-vous en Afrique ?

Ma vision est de transmettre des savoir-faire avant même de vendre des produits.

En Afrique, nous avons plusieurs projets qui se mettent en place progressivement. Ce qui m'intéresse particulièrement, ce sont les formations professionnelles. J'aimerais que davantage de jeunes Africains apprennent à créer leur activité, développer une marque, négocier avec des fournisseurs et travailler à l'international.
 

C'est exactement ce que je fais aujourd'hui et je pense que beaucoup de jeunes peuvent suivre cette voie, voire aller beaucoup plus loin que moi.
 

Nous accompagnons également des projets de développement de marques dans le textile, les produits de consommation et d'autres secteurs selon les besoins des porteurs de projets.
 

En quoi consiste le recyclage des déchets solides et pourquoi est-ce stratégique aujourd'hui ?

Ayant étudié l'environnement, je considère que le recyclage n'est plus une option mais une nécessité. Le recyclage consiste à récupérer, trier et transformer les déchets pour leur donner une nouvelle vie. Au lieu de voir un déchet comme quelque chose à jeter, on le considère comme une ressource.
 

Aujourd'hui, les villes africaines grandissent très vite. Si rien n'est fait, les déchets deviennent un problème sanitaire, environnemental et économique. À l'inverse, lorsqu'ils sont bien gérés, ils peuvent créer de l'emploi, générer des revenus et améliorer considérablement le cadre de vie des populations.
 

Pourquoi vous intéressez-vous au marché ivoirien et qu'est-ce qui a motivé le choix de la Côte d'Ivoire pour ce projet plutôt qu'un autre pays africain ?

La Côte d'Ivoire est un pays dynamique qui avance rapidement et qui possède un fort potentiel économique. Ce qui m'intéresse particulièrement, c'est qu'elle est en pleine évolution avec une réelle volonté de développer des solutions modernes, surtout dans le domaine de l'environnement.
 

Je pense que notre expérience dans le commerce international, les équipements industriels, les panneaux solaires et la valorisation des déchets peut apporter quelque chose de concret au marché ivoirien.
 

Le choix de la Côte d'Ivoire s'explique aussi par les rencontres que nous avons faites avec les bons acteurs au bon moment. Nous avons notamment échangé avec plusieurs structures locales, dont Zero Déchet Côte d'Ivoire, ce qui nous a permis de mieux comprendre les besoins du terrain.
 

Pour moi, un projet se construit avant tout avec des personnes. La Côte d'Ivoire a montré un réel intérêt pour ce type d'initiative, et c'est ce qui a naturellement motivé notre choix.
 

Comment évaluez-vous le potentiel de la Côte d'Ivoire en matière d'économie circulaire ?

Le potentiel est énorme. Une grande partie des déchets peut encore être mieux valorisée et cela représente une opportunité économique considérable.

La Côte d'Ivoire dispose d'une jeunesse dynamique, d'entrepreneurs motivés et d'un marché en pleine croissance. Avec les bons investissements et les bonnes formations, le pays peut devenir une référence régionale dans ce domaine.
 

Comment votre projet peut-il améliorer la salubrité à Abidjan ?

L'objectif est simple : moins de déchets abandonnés et plus de déchets valorisés. Nous souhaitons développer la sensibilisation, le tri, la collecte et surtout la transformation des déchets en ressources réutilisables.

Si un déchet a de la valeur, les gens commencent naturellement à le considérer autrement. C'est là que les choses changent.
 

Ce secteur peut-il créer des emplois pour les jeunes ?

Oui, sans aucun doute. Le recyclage peut créer des emplois dans la collecte, le tri, la transformation, la maintenance, la logistique ou encore la sensibilisation.

Je pense même que les métiers liés à l'environnement feront partie des secteurs d'avenir pour la jeunesse africaine.
 

À quel stade se trouve votre projet aujourd'hui ?

Le projet est déjà lancé. Une grande partie du travail de préparation a été réalisée en amont. Aujourd'hui, la prochaine étape consiste surtout à être davantage sur le terrain afin d'étudier les besoins locaux et de préparer l'implantation opérationnelle. Nous avons préféré préparer sérieusement le projet avant de communiquer dessus.
 

Quelles difficultés rencontrez-vous pour accéder au marché ivoirien ?

Comme partout, il existe des défis administratifs, financiers et logistiques. Mais je pense qu'il y a aussi un autre sujet dont il faut parler franchement : les mentalités. En Afrique, nous avons parfois tendance à nous freiner nous-mêmes à travers les jalousies, les rivalités ou les divisions.

Pourtant, nous avons tout ce qu'il faut. Nos terres sont riches, nos ressources sont recherchées dans le monde entier et beaucoup de matières premières viennent de chez nous.

Si nous apprenons davantage à travailler ensemble, à partager les compétences et à construire sur le long terme, je suis convaincue que l'Afrique peut devenir l'une des plus grandes puissances économiques du monde.
 

Votre mot de fin ?

Pour terminer, je voudrais remercier la Côte d'Ivoire pour son accueil et toutes les personnes qui croient en ce projet.

Merci également à toutes nos équipes, à Madagascar, en France, en Chine, en Côte d'Ivoire et ailleurs, qui contribuent chaque jour au développement de Graine de Valeur.

Merci pour cette interview et pour l'intérêt porté à notre vision.

N'hésitez pas à créer votre compte sur www.grainedevaleur.com. De nouvelles opportunités, collaborations et offres d'emploi seront progressivement mises en place selon les pays.

Nous travaillons également sur l'application Graine de Valeur, qui permettra de suivre en temps réel l'évolution de différents projets environnementaux.

Une graine paraît toujours petite au départ, mais lorsqu'on la plante et qu'on en prend soin, elle peut devenir quelque chose de grand.

Merci à tous.


Interview réalisée via WhatsApp.

Félix N'Guessan

Lu 81 fois

Actualités | Le Pouls Politique | Femmes d'Afrique | Afrique Focus | Voix d'Afrique | Faci | Concours fonction publique | CEPE | BEPC | BAC | BTS





Dans la boutique
Magazine Nouvelle Afrique

Magazine Nouvelle Afrique (2)

Magazine Nouvelle Afrique version PDF


Recherche

Inscription à la newsletter

Les News

Partager ce site

Flux RSS
Liste de liens