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Bamako–Lagos : le ciel ouvre une nouvelle voie entre le Mali et le Nigéria

Lundi 10 Août 2026 - 13:00

Avec la nouvelle liaison d’Air Peace, Bamako et Lagos renforcent leurs échanges. Une passerelle aérienne qui accompagne le rapprochement entre les deux pays.


Un appareil de Air Peace
Un appareil de Air Peace
 

Depuis le 1er août, le ciel ouest-africain compte une nouvelle passerelle entre Bamako et Lagos. Ce jour-là, un appareil de la compagnie nigériane Air Peace a quitté la capitale économique du Nigéria pour inaugurer une liaison qui relie désormais directement les deux métropoles, avant de poursuivre son trajet vers Conakry. Une nouvelle route commerciale qui vient rapprocher deux pays dont les relations continuent de se maintenir, malgré les bouleversements politiques qui traversent la région.
 

Annoncée au début du mois de juillet, la desserte Lagos–Bamako–Conakry est programmée trois fois par semaine, les mardi, jeudi et samedi. Pour les voyageurs maliens, cette connexion offre une porte d’entrée directe vers le Nigéria, sans l’obligation de transiter par un autre grand aéroport régional. Elle ouvre aussi l’accès au vaste réseau domestique d’Air Peace, avec des possibilités de correspondance vers Abuja, Kano, Port Harcourt et plusieurs autres villes nigérianes.
 

Sur le papier, il s’agit d’abord d’une opération commerciale. Mais son lancement intervient à un moment où Bamako et Abuja cherchent à donner un nouvel élan à leurs relations bilatérales. Quelques semaines avant le premier vol, les deux capitales avaient posé les bases d’une relance de leur coopération.
 

Le 14 juillet, à Abuja, la ministre nigériane des Affaires étrangères, Bianca Odumegwu-Ojukwu, et l’ambassadeur du Mali au Nigéria, Oumar Coulibaly, ont convenu de réactiver la Commission mixte de coopération entre les deux pays. Restée longtemps peu active, cette instance doit désormais servir de cadre à une coopération élargie dans plusieurs domaines : sécurité, commerce, énergie, migration irrégulière, lutte contre la traite des personnes et transport aérien.
 

Le secteur aérien occupe une place particulière dans cette nouvelle dynamique. L’accord bilatéral sur les services aériens, le BASA, figure parmi les dossiers que les deux gouvernements souhaitent remettre en mouvement. Au-delà des avions et des aéroports, Abuja considère la circulation des personnes comme un levier essentiel pour rapprocher les sociétés et stimuler les échanges économiques.
 

Cette volonté n’est pas nouvelle. En mai 2025, lors de la réception des lettres de créance du nouvel ambassadeur malien, le président nigérian Bola Ahmed Tinubu avait plaidé pour un approfondissement des relations économiques avec Bamako. Le chef de l’État nigérian avait alors affiché la volonté d’entretenir le dialogue avec le Mali, malgré les transformations profondes de l’espace ouest-africain.
 

Car derrière cette nouvelle liaison aérienne se trouve un contexte régional inédit. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont officiellement quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) le 29 janvier 2025, choisissant de renforcer leur intégration au sein de la Confédération des États du Sahel. Cette rupture avec l’organisation régionale, dont Abuja demeure l’un des principaux pôles politiques et économiques, aurait pu compliquer davantage les relations entre le Mali et le Nigéria.
 

Il n’en a rien été. Les canaux bilatéraux sont restés ouverts. La Cédéao a notamment maintenu, jusqu’à nouvel ordre, la libre circulation sans visa des ressortissants des trois pays de l’Alliance des États du Sahel, ainsi que le traitement de leurs marchandises selon le régime commercial communautaire, dans l’attente de la définition de nouvelles modalités de relations avec l’AES.
 

La liaison inaugurée par Air Peace prend ainsi une portée qui dépasse le simple transport de passagers. Elle matérialise, dans les airs, une volonté de préserver les échanges terrestres, commerciaux, diplomatiques et humains entre Bamako et Abuja.
 

Dans une Afrique de l’Ouest où les frontières institutionnelles évoluent et où les alliances se recomposent, les avions continuent, eux, de relier les capitales. Bamako et Lagos viennent d’en apporter une nouvelle illustration.

Félix N'Guessan

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