Car dans moins de quatre mois, le Mexique accueillera, aux côtés des États-Unis et du Canada, la Coupe du monde de la FIFA 2026. Une compétition à laquelle plusieurs nations africaines prendront part. Or, les scènes de routes bloquées, de véhicules incendiés et d’affrontements armés dans plusieurs États du pays interrogent déjà sur le climat sécuritaire entourant l’événement.
Une violence cyclique qui dépasse les cartels
Depuis près de deux décennies, la stratégie dite du « kingpin » — neutraliser les chefs de cartels — structure la coopération entre Mexico et Washington. L’élimination d’« El Mencho » s’inscrit dans cette logique. Mais l’expérience démontre qu’à court terme, ces opérations provoquent souvent des luttes de succession, des scissions internes et des affrontements territoriaux.
L’arrestation de Joaquín Guzmán en 2016 avait déjà entraîné une recomposition violente du paysage criminel. De même, en 2024, la capture d’Ismael « El Mayo » Zambada, figure du Cartel de Sinaloa, avait déclenché des tensions entre factions rivales.
Autrement dit, éliminer un chef ne supprime ni les routes ni la demande, mais redistribue les cartes — souvent dans le sang.
Le souvenir douloureux du Togo
Pour les sélections africaines appelées à se rendre en Amérique du Nord, ces développements ne peuvent être ignorés. L’histoire récente rappelle que le football n’est jamais totalement à l’abri des convulsions sécuritaires.
En 2010, lors de la Coupe d'Afrique des nations 2010, le bus de l’Équipe du Togo de football avait essuyé des tirs d’armes lourdes dans l’enclave de Cabinda, en Angola. L’attaque avait fait plusieurs morts et profondément marqué le continent africain, conduisant au retrait du Togo de la compétition.
Ce précédent tragique demeure dans toutes les mémoires : un grand tournoi international peut se retrouver brutalement rattrapé par des réalités sécuritaires.
Mondial 2026 : vigilance maximale
Certes, la Coupe du monde ne se déroulera pas dans les zones rurales les plus disputées par les cartels, et les grandes villes hôtes bénéficient d’importants dispositifs de sécurité. Mais la multiplication récente d’actions spectaculaires — barrages enflammés, démonstrations de force armées — montre la capacité des organisations criminelles à perturber l’ordre public pour envoyer des messages politiques.
À l’approche du Mondial, la question n’est donc pas seulement celle de la lutte antidrogue. Elle est aussi celle de la stabilité, de la perception internationale et de la capacité des autorités à garantir la sécurité des délégations, des supporters et des millions de téléspectateurs attendus.
À quatre mois d’un rendez-vous planétaire où l’Afrique sera fièrement représentée, l’onde de choc provoquée par la mort d’« El Mencho » rappelle une vérité inconfortable : au Mexique, chaque victoire contre un baron peut ouvrir une nouvelle séquence d’incertitude. Et le monde entier aura bientôt les yeux tournés vers ce pays.







