C’est un dossier qui traverse les décennies, mais la justice belge semble enfin vouloir affronter le passé. Etienne Davignon, 93 ans, ancien diplomate, est renvoyé en procès pour sa présumée implication dans l’assassinat de Patrice-Emery Lumumba, héros de l’indépendance congolaise, tué au Katanga en janvier 1961.
Pour la famille Lumumba, l’émotion est immense. « Entendre que ce procès s’ouvre, ça génère une émotion très forte et incontrôlable », confie Kahi Lumumba, petit-fils du leader assassiné. « C’est vrai que c’est tard, mais c’est nécessaire. Derrière ce nom, il y a une histoire réelle, une famille, un pays et un continent. »
Le chemin vers la justice a été long. La plainte initiale avait été déposée en 2011 par les enfants de Lumumba. Aujourd’hui, ce sont les petits-enfants qui reprennent le flambeau. Pour Christophe Marchand, avocat de la famille, « l’important est que ce processus aboutisse à la vérité et à la justice pour Patrice-Emery Lumumba. »
Etienne Davignon est accusé de participation à des crimes de guerre, notamment dans le transfert et la détention de Lumumba, exécuté avec le soutien de mercenaires belges. Ses avocats contestent ces accusations.
L’historien Kiangu Sindani rappelle l’importance de la vérité historique : « Toute condamnation des présumés auteurs est une mascarade tant que les faits exacts ne sont pas établis. La version officielle de la mort de Lumumba mérite d’être questionnée. »
Aux côtés de Lumumba, deux de ses proches collaborateurs, Maurice Mpolo et Joseph Okito, ont également été exécutés. Ce procès pourrait enfin éclairer certains pans restés dans l’ombre de ce crime politique.

