Pendant plus d’un demi-siècle, le nord du Mali, appelé Azawad par une partie des populations touarègues et arabes, a été marqué par des révoltes, des tensions et des conflits armés. Pour comprendre cette crise, il faut revenir à l’année 1963, quelques années seulement après les indépendances africaines.
Cette année-là, le président malien Modibo Keïta reçoit à Kayes son homologue mauritanien Mokhtar Ould Daddah pour discuter des frontières entre les deux pays. Selon plusieurs récits historiques et politiques, les échanges sont très tendus. La Mauritanie, encore fragile sur le plan diplomatique et sécuritaire, finit par accepter les conditions imposées par Bamako. Une vaste zone saharienne de plusieurs milliers de kilomètres carrés, située dans l’espace aujourd’hui associé à l’Azawad, passe alors sous contrôle malien. Pour de nombreux Mauritaniens, ce territoire aurait été cédé sous forte pression politique, sans débat parlementaire ni consultation populaire. Ironie de l’histoire, cette région devenue au fil du temps l’un des principaux foyers de rébellion et d’instabilité du Mali apparaît aujourd’hui, pour certains observateurs mauritaniens, comme « un os dans la gorge » de Bamako.
À l’époque, Mokhtar Ould Daddah cherche surtout à éviter un isolement régional. Il redoute notamment un rapprochement entre le Mali et le Maroc, avec lequel la Mauritanie entretient alors des relations difficiles. Pour préserver une certaine stabilité, Nouakchott choisit donc l’apaisement.
Mais dans le nord du Mali, les conséquences sont lourdes. Les populations touarègues dénoncent rapidement leur marginalisation. Elles accusent Bamako de négliger la région et de gouverner par la force. Plusieurs témoignages de l’époque évoquent des arrestations arbitraires, des humiliations publiques et une forte présence militaire. Beaucoup de familles quittent alors les villes pour retourner vivre dans des zones désertiques plus reculées.
Au fil des années, le mécontentement grandit. En 1990, une importante rébellion éclate sous la direction de Iyad Ag Ghali. Les rebelles réclament plus de justice, une meilleure représentation politique et davantage de développement pour l’Azawad. Un accord de paix est signé avec l’aide de l’Algérie, mais les promesses faites ne seront jamais totalement appliquées.
D’autres rébellions suivent dans les années 2000. Puis en 2012, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) lance une nouvelle offensive. Le groupe proclame l’indépendance de l’Azawad après plusieurs victoires militaires. Mais la situation se complique rapidement avec l’arrivée de groupes islamistes armés, qui prennent le contrôle de plusieurs villes du nord malien.
Malgré les divisions et les échecs politiques, l’idée de l’Azawad reste vivante chez une partie des populations du Sahara. Pour beaucoup, cette longue crise est le résultat de décennies de frustrations, de promesses non tenues et de tensions historiques jamais réellement réglées.