Le processus législatif engagé au Zimbabwe franchit une étape décisive. Le Sénat a adopté à une large majorité des amendements constitutionnels qui pourraient permettre au président Emmerson Mnangagwa de prolonger son influence politique jusqu’en 2030. Une décision qui intervient après l’approbation déjà acquise à l’Assemblée nationale, dominée par le parti au pouvoir, le ZANU-PF.
Selon les résultats annoncés, 75 sénateurs ont voté pour et seulement quatre contre, confirmant la mainmise parlementaire du pouvoir en place. Les textes doivent désormais être promulgués par le chef de l’État pour entrer en vigueur.
Au cœur de la réforme, deux changements majeurs cristallisent les critiques : l’allongement des mandats présidentiel et parlementaire de cinq à sept ans, et surtout la modification du mode d’élection du président. Le Parlement pourrait désormais être habilité à désigner le chef de l’État, mettant fin au suffrage universel direct instauré dans les années 1980.
Pour l’opposition, déjà fragilisée par des années de répression et de divisions internes, ces amendements constituent une dérive autoritaire. Plusieurs voix dénoncent un « coup d’État constitutionnel », estimant que ces réformes verrouillent davantage le système politique au profit du pouvoir en place.
Des organisations de défense des droits humains affirment que les tensions ont déjà dégénéré sur le terrain. Arrestations, intimidations et violences contre des militants opposés aux réformes ont été signalées ces derniers mois, dans un climat politique jugé de plus en plus fermé.
Arrivé au pouvoir en 2017 à la suite d’un coup de force militaire ayant mis fin au long règne de Robert Mugabe, Emmerson Mnangagwa a depuis été réélu à deux reprises. Ses partisans justifient les réformes par la nécessité de garantir la stabilité et la continuité des politiques publiques.
Mais pour ses détracteurs, le Zimbabwe s’enfonce dans une reconfiguration institutionnelle qui risque d’affaiblir durablement les contre-pouvoirs et de prolonger la domination du système politique en place, dans un pays riche en ressources mais marqué par de fortes tensions démocratiques.