Visite présidentielle : et si Wadagni avait commencé par Abidjan ? Une tout autre histoire aurait été racontée

Mercredi 3 Juin 2026 09:00

À peine investi, Romuald Wadagni a privilégié Niamey et Ouagadougou. Un choix diplomatique fort qui rebat les cartes régionales.


Les Nigériens sont sortis massivement pour accueillir le président béninois.
 

À l'aéroport international de Cotonou, une scène apparemment banale a peut-être résumé à elle seule les enjeux diplomatiques du début de mandat de Romuald Wadagni. D'un côté, un avion d'Air Côte d'Ivoire arborant les couleurs orange-blanc-vert ; de l'autre, le jet privé affrété pour transporter le nouveau président béninois. Deux appareils, deux directions possibles, mais surtout deux lectures géopolitiques. Car dans l'Afrique de l'Ouest fracturée de ces dernières années, le choix d'une première destination présidentielle est devenu un message politique à part entière.
 

Depuis plusieurs mois, une partie des réseaux sociaux proches de l'Alliance des États du Sahel (AES) présente systématiquement les pays demeurés dans le giron de la CEDEAO comme des adversaires politiques. Le Bénin, tout comme la Côte d'Ivoire, a souvent été désigné comme un relais supposé des intérêts occidentaux dans la région. Dès l'annonce de l'élection de Romuald Wadagni, les procès d'intention se sont multipliés. Certains affirmaient déjà qu'il se rendrait à Abidjan pour recevoir une prétendue « feuille de route » de la France. D'autres annonçaient qu'il chercherait à obtenir un soutien pour une visite à Paris.
 

Mais le nouveau chef de l'État béninois a choisi une autre trajectoire. Après une première visite au Nigeria, son avion a pris la direction de Niamey avant de poursuivre vers Ouagadougou. Un itinéraire qui a pris de court les détracteurs de Cotonou et réduit au silence bien des spéculations.
 

Une question mérite cependant d'être posée : cette visite aurait-elle eu lieu si Romuald Wadagni avait commencé sa tournée régionale par la Côte d'Ivoire ? Rien n'est moins sûr. Au regard des tensions accumulées ces dernières années entre les régimes militaires du Niger, du Burkina Faso et plusieurs États côtiers, notamment le Bénin et la Côte d'Ivoire, il est probable que certains prétextes diplomatiques auraient été invoqués pour retarder ou minimiser une telle rencontre.
 

Le choix de Niamey et de Ouagadougou comme destinations prioritaires apparaît donc comme un geste politique fort. Il traduit la volonté de tourner la page d'une période marquée par les accusations mutuelles, les fermetures de frontières et les campagnes de défiance. Les échanges entre Romuald Wadagni et le général Abdourahamane Tiani ont d'ailleurs débouché sur un engagement commun en faveur de la réouverture de la frontière bénino-nigérienne et du renforcement de la coopération sécuritaire.
 

Au-delà des symboles, les intérêts économiques imposent également le dialogue. Le Niger demeure fortement dépendant du corridor béninois pour son approvisionnement, tandis que la lutte contre le terrorisme exige une coopération régionale dépassant les clivages idéologiques.
 

Cette visite ne règle pas toutes les divergences. Elle constitue néanmoins un premier pas vers une décrispation longtemps attendue. En choisissant le Sahel avant les capitales souvent présentées comme ses alliées naturelles, Romuald Wadagni a envoyé un message simple : la géographie, la sécurité et les intérêts des peuples doivent l'emporter sur les narratifs de division.
 

Dans une région fragilisée par les crises politiques et sécuritaires, ce message vaut sans doute davantage qu'un long discours.

Félix N'Guessan
Lu 3 fois
Félix N'Guessan