Des mesures économiques à l'effet immédiat
Dès son arrivée au pouvoir, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) a mis en œuvre plusieurs décisions destinées à alléger le coût de la vie. Les autorités ont notamment réduit les prix des hydrocarbures, du ciment, de certaines céréales et de plusieurs prestations de santé.
Ces mesures ont trouvé un écho favorable auprès d'une partie de la population, en particulier des ménages aux revenus modestes. Pour certains observateurs, elles ont contribué à améliorer temporairement le pouvoir d'achat dans un contexte marqué par les sanctions régionales et les perturbations des circuits d'approvisionnement.
Le Fonds monétaire international (FMI) relève également que l'inflation a fortement reculé en 2025, même si une remontée progressive des prix est attendue en 2026.
Une réalité quotidienne plus difficile
Ces résultats macroéconomiques ne reflètent toutefois pas entièrement les difficultés vécues par les Nigériens. Le pays continue de subir des coupures récurrentes d'électricité, des pénuries de carburant et des difficultés d'approvisionnement en eau potable dans plusieurs localités.
Malgré la baisse des prix de certains produits, de nombreux ménages peinent toujours à satisfaire leurs besoins essentiels, faute de revenus suffisants. Les prix de certains produits alimentaires, notamment la viande et les légumes, restent élevés, limitant les effets des mesures gouvernementales.
Pour les mouvements favorables au retour à l'ordre constitutionnel, ces difficultés démontrent que les promesses économiques du CNSP n'ont pas produit les résultats attendus.
Une lutte contre la corruption encore inachevée
La création, en septembre 2023, de la Commission de lutte contre la délinquance économique, financière et fiscale (Coldeff) constitue l'une des principales réformes institutionnelles engagées par les militaires.
L'organisme affirme avoir récupéré plus de 57 milliards de FCFA après sa première année d'activité. Toutefois, les critiques soulignent que peu de grandes affaires ont donné lieu à des poursuites judiciaires emblématiques, laissant planer des interrogations sur l'efficacité globale de la lutte contre l'impunité.
Le classement 2026 de Transparency International situe d'ailleurs le Niger au 124ᵉ rang mondial en matière de perception de la corruption, un niveau qui traduit les défis persistants en matière de gouvernance.
La sécurité reste le principal défi
C'est sur le terrain sécuritaire que le bilan demeure le plus sensible. Le putsch avait été présenté comme une réponse à la recrudescence des attaques djihadistes. Trois ans plus tard, malgré une nouvelle coopération militaire avec les partenaires de l'Alliance des États du Sahel (AES), les groupes armés restent actifs dans plusieurs régions du pays.
Le gouvernement met en avant une reprise en main progressive de certaines zones et un renforcement de la souveraineté nationale, tandis que ses détracteurs estiment que l'insécurité continue de peser lourdement sur les populations.
Une popularité qui divise
Le général Tiani conserve le soutien d'une partie de la société civile et des mouvements souverainistes, qui saluent la rupture avec l'influence occidentale et la volonté affichée de défendre les intérêts nationaux.
À l'inverse, les organisations favorables au retour à l'ordre constitutionnel dénoncent la prolongation de la transition, les restrictions des libertés publiques et l'absence d'un calendrier clair pour un retour à un pouvoir civil.
Un bilan contrasté
Trois ans après le renversement de Mohamed Bazoum, le bilan du général Abdourahamane Tiani reste donc partagé. Les autorités peuvent revendiquer certaines mesures ayant contribué à réduire le coût de plusieurs produits de première nécessité et à renforcer leur discours de souveraineté.
Cependant, les difficultés d'accès à l'électricité, à l'eau, au carburant, le faible pouvoir d'achat d'une partie de la population ainsi que les défis sécuritaires montrent que les problèmes structurels qui avaient servi de justification au coup d'État demeurent, pour beaucoup, loin d'être résolus. Ce contraste continue d'alimenter un débat profond sur la capacité du régime militaire à transformer durablement les conditions de vie des Nigériens.