Tabaski 2026 : Burkina Faso, Mali, Niger, Côte d’Ivoire… qui sera finalement le mouton du sacrifice ?

Dimanche 17 Mai 2026 06:00

Face aux restrictions sahéliennes, la Côte d’Ivoire diversifie ses fournisseurs. Elle pourrait accélérer ses investissements dans l’élevage bovin, ovin et caprin afin d’atteindre l’autosuffisance, comme ce fut le cas dans la filière avicole.


En voulant sanctionner Abidjan, qui sera finalement sacrifié.
 

Pendant des décennies, la Côte d’Ivoire a volontairement laissé une large place aux pays sahéliens dans l’approvisionnement de son marché en bétail. Ce choix n’était pas seulement économique, mais aussi politique. Dès les indépendances, Abidjan considérait que les économies ouest-africaines devaient être complémentaires afin de soutenir les États de l’hinterland, dont l’élevage constituait une ressource essentielle. Le Niger, le Burkina Faso et le Mali ont ainsi largement profité du vaste marché ivoirien pour écouler bovins, ovins et caprins.
 

Mais aujourd’hui, cet équilibre régional est fragilisé. Après le Niger, le Burkina Faso a décidé de suspendre ses exportations de bétail vers la Côte d’Ivoire à l’approche de la Tabaski. Une mesure destinée à protéger son marché intérieur, mais qui pourrait produire l’effet inverse à moyen terme. Car en voulant exercer une pression sur Abidjan, certains pays sahéliens prennent aussi le risque de perdre durablement leur principal débouché commercial.
 

La Côte d’Ivoire, confrontée à ces restrictions répétées, réagit déjà. Le pays prospecte activement de nouveaux partenaires comme le Ghana, la Mauritanie ou encore le Tchad afin de sécuriser son approvisionnement. En parallèle, les autorités ivoiriennes accélèrent le développement de la filière animale nationale avec un objectif désormais assumé : atteindre progressivement l’autosuffisance en bovins, ovins et caprins.
 

Abidjan dispose des moyens financiers, fonciers et logistiques pour réussir cette transition. L’exemple de la filière avicole ivoirienne en est la preuve. Après avoir longtemps dépendu des importations de volailles, la Côte d’Ivoire a investi massivement dans la production locale jusqu’à couvrir presque entièrement ses besoins depuis près de dix ans.
 

Si cette stratégie est reproduite dans l’élevage, les conséquences pourraient être lourdes pour certains pays sahéliens dont le bétail reste l’un des premiers produits d’exportation. À terme, ce ne serait plus la Côte d’Ivoire qui subirait la pression du marché, mais plutôt les économies sahéliennes privées d’un client historique et solvable.
 

Dans cette recomposition régionale, le Mali apparaît comme le plus pragmatique. Malgré les tensions politiques avec Abidjan, Bamako a maintenu ses échanges commerciaux avec la Côte d’Ivoire. En conservant ouverts ses corridors d’exportation, le Mali consolide discrètement sa place sur le marché ivoirien pendant que d’autres prennent le risque de voir leur influence économique reculer.

Félix N'Guessan
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Félix N'Guessan