Sonko au Parlement : le pouvoir change de centre de gravité au Sénégal

Mardi 26 Mai 2026 16:00

Quatre jours après son limogeage, Ousmane Sonko prend la tête de l’Assemblée nationale et ouvre une nouvelle séquence politique au Sénégal.


Elu président de l’Assemblée nationale, Sonko pourra influencer les réformes et peser sur les équilibres du pouvoir.
 

Quatre jours seulement après avoir été écarté de la Primature, Ousmane Sonko effectue un retour spectaculaire au sommet de l’État sénégalais. Élu mardi 26 mai 2026 président de l’Assemblée nationale avec le soutien écrasant des députés du PASTEF, il devient officiellement la deuxième personnalité du pays derrière le président Bassirou Diomaye Faye.
 

Cette élection intervient dans un climat de fortes tensions au sein même du pouvoir. Longtemps alliés politiques et figures centrales de l’alternance de 2024, Diomaye Faye et Sonko affichent désormais des divergences sur la conduite de l’État, la gestion économique et le partage du pouvoir exécutif. La nomination d’un nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, sans consultation préalable de la majorité parlementaire, a cristallisé les désaccords.
 

Devant les députés, Sonko a clairement fixé sa ligne politique : « dans toutes les démocraties, l’exécutif ne peut pas nommer un gouvernement sans se concerter avec la majorité. C’est la majorité à l’Assemblée nationale qui doit gouverner ». Une déclaration qui sonne comme un rappel de force institutionnelle adressé au chef de l’État.
 
Un pouvoir institutionnel renforcé

À la tête de l’Assemblée nationale, Sonko dispose désormais d’importants leviers politiques et institutionnels. Selon l’article 65 de la Constitution sénégalaise, le président de l’Assemblée est élu pour toute la durée de la législature. Il dirige les travaux parlementaires, supervise les commissions et contrôle l’organisation administrative de l’institution.
 

L’article 62 précise également que le règlement intérieur de l’Assemblée fixe les pouvoirs et prérogatives du président de l’institution. Celui-ci joue donc un rôle central dans l’orientation des débats, l’examen des lois et le fonctionnement des groupes parlementaires.
 

Avec 130 députés sur 165, le PASTEF contrôle largement l’hémicycle. Cette majorité offre à Sonko une capacité d’influence considérable sur l’agenda politique national. Même s’il affirme ne pas vouloir créer « le chaos institutionnel », le nouveau président de l’Assemblée a averti que le Parlement « ne sera pas une chambre d’enregistrement ».
 

En pratique, cela signifie que les projets du gouvernement pourraient désormais être examinés avec plus de rigueur politique. Sonko peut peser sur les grandes réformes, ralentir certains textes ou imposer des arbitrages internes au pouvoir.
 
Le contrôle du PASTEF au cœur du rapport de force

Au-delà des institutions, la bataille entre Sonko et Diomaye Faye devient aussi une lutte d’influence sur le PASTEF, véritable moteur de leur accession au pouvoir. Malgré son départ du gouvernement, Sonko conserve une forte autorité sur les militants, les cadres et une grande partie des députés de la majorité.
 

Son installation au perchoir lui permet donc de rester au centre du jeu politique tout en conservant une légitimité populaire importante. Le Parlement pourrait ainsi devenir le principal espace de recomposition du pouvoir sénégalais.
 

La Constitution donne également au président de la République la possibilité de dissoudre l’Assemblée nationale après consultation du président de l’Assemblée et du Conseil constitutionnel, conformément à l’article 63. Mais avec une majorité aussi solide du PASTEF, une telle option apparaîtrait politiquement risquée.
 

Désormais, le Sénégal entre dans une phase où l’équilibre du pouvoir ne se jouera plus uniquement au Palais présidentiel, mais aussi dans l’hémicycle. Entre l’exécutif dirigé par Diomaye Faye et un Parlement contrôlé par Sonko, la confrontation promet d’être avant tout politique, stratégique et institutionnelle.

 
 
Félix N'Guessan
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Félix N'Guessan