Le Sénégal a franchi un nouveau cap dans la répression de l’homosexualité. Le président Bassirou Diomaye Faye a promulgué, le 30 mars 2026, une loi qui double les peines encourues pour les relations entre personnes de même sexe. Désormais, celles-ci sont passibles de cinq à dix ans de prison, assortis d’amendes pouvant atteindre dix millions de francs CFA. Des circonstances aggravantes sont prévues, notamment lorsque les faits impliquent des mineurs.
Le texte introduit également des sanctions visant la « promotion » ou le financement de l’homosexualité, une notion dont les contours restent flous et qui suscite de vives inquiétudes parmi les organisations de défense des droits humains.
Dans un pays majoritairement musulman et profondément attaché aux valeurs religieuses, cette réforme intervient dans un climat déjà tendu. Ces dernières semaines, plusieurs arrestations de personnes présumées homosexuelles ont été signalées, accompagnées d’une recrudescence des discours haineux, notamment sur les réseaux sociaux.
Une loi dénoncée au niveau international
Plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer cette législation. La FIDH a exprimé sa « profonde inquiétude » face à ce qu’elle considère comme une atteinte grave aux libertés fondamentales. Pour Alice Bordaçarre, responsable du bureau droits des femmes et égalité de genre de l’organisation, cette loi va à l’encontre des engagements internationaux du Sénégal.
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a également critiqué un texte qui « bafoue » les droits humains. De son côté, le programme des Nations unies de lutte contre le VIH/sida a alerté sur les risques pour la santé publique, craignant que cette criminalisation accrue ne complique l’accès aux soins et à la prévention.
Malgré ces critiques, les réactions internationales restent relativement limitées, comparées à celles suscitées par des lois similaires dans d’autres pays africains ces dernières années.
Entre pressions sociales et enjeux politiques
Cette évolution législative s’inscrit dans un contexte de fortes pressions internes. Depuis plusieurs années, des organisations religieuses influentes réclament un durcissement de la législation contre l’homosexualité. Le Premier ministre Ousmane Sonko a défendu le maintien de la qualification de « délit », estimant qu’elle permet déjà d’atteindre les objectifs recherchés.
Toutefois, ce positionnement est critiqué par certains acteurs politiques et militants, qui reprochent aux autorités de ne pas être allées jusqu’à criminaliser pleinement l’homosexualité, comme promis durant la campagne.
Une société civile sous pression
Au-delà du durcissement des sanctions, les ONG redoutent un impact direct sur la liberté d’expression et d’association. La notion de «promotion de l’homosexualité » pourrait, selon elles, servir à restreindre les activités des organisations de défense des droits humains.
Alice Bordaçarre alerte notamment sur le risque de voir muselée une société civile déjà fragilisée, dans un contexte où les violences et discriminations envers les personnes LGBTQ+ semblent s’intensifier.
Elle rappelle également que l’hostilité envers l’homosexualité en Afrique trouve en partie ses racines dans l’histoire coloniale. Selon plusieurs études, certaines législations répressives actuelles s’inspirent de normes juridiques introduites durant la colonisation, contribuant à ancrer durablement des formes d’homophobie dans les sociétés contemporaines.
Dans ce contexte, la nouvelle loi sénégalaise apparaît, pour ses détracteurs, comme un recul significatif en matière de droits humains et de libertés fondamentales.